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Julien Offray de La Mettrie: L’Homme Machine
Der Mensch eine Maschine

L’Homme Machine


Est-ce là ce Raion de l’Essence suprème,
 Que l’on nous peint si lumineux ?
Est-ce là cet Esprît survivant à nous même ?
Il naît avec nos sens, croit, s’affoiblit comme eux.
 Hélas ! il périra de même.
  — Voltaire.

Avertissement de l’imprimeur

 

On sera peut-être surpris que j’aie osé mettre mon nom à un livre aussi hardi que celui-ci. Je ne l’aurois certainement pas fait, si je n’avois cru la Religion à l’abri de toutes les tentatives qu’on fait pour la renverser ; & si j’eusse pu me persuader, qu’un autre Imprimeur n’eût pas fait très volontiers ce que j’aurois refusé par principe de conscience. Je sai que la Prudence veut qu’on ne donne pas occasion aux Esprits foibles d’être séduits. Mais en les supposant tels, j’ai vu à la première lecture qu’il n’y avoit rien à craindre pour eux. Pourquoi être si attentif, & si alerte à supprimer les Argumens contraires aux Idées de la Divinité & de la Religion ? Cela ne peut-il pas faire croire au Peuple qu’on le leure ? & dès qu’il commence à douter, adieu la conviction, & par conséquent la Religion ! Quel moien, quelle espérance, de confondre jamais les Irréligionnaires, si on semble les redouter ? Comment les ramener, si en leur défendant de se servir de leur raison, on se contente de déclamer contre leurs mœurs, à tout hazard, sans s’informer si elles méritent la même censure que leur façon de penser.

Une telle conduite donne gain de cause aux Incrédules ; ils se moquent d’une Religion, que notre ignorance voudroit ne pouvoir être conciliée avec la Philosophie : ils chantent victoire dans leurs retranchemens, que notre manière de combattre leur fait croire invincibles. Si la Religion n’est pas victorieuse, c’est la faute des mauvais Auteurs qui la défendent. Que les bons prennent la plume ; qu’ils se montrent bien armés ; & la Théologie l’emportera de haute lutte sur une aussi foible Rivale. Je compare les Athées à ces Géans qui voulurent escalader les Cieux : ils auront toujours le même sort.

Voilà ce que j’ai cru devoir mettre à la tête de cette petite Brochure, pour prévenir toute inquiétude. Il ne me convient pas de réfuter ce que j’imprime ; ni même de dire mon sentiment sur les raisonnemens qu’on trouvera dans cet écrit. Les connoisseurs verront aisément que se ne sont que des difficultés qui se présentent toutes les fois qu’on veut expliquer l’union de l’Ame avec le Corps. Si les conséquences, que l’Auteur en tire, sont dangereuses, qu’on se souvienne qu’elles n’ont qu’une Hypothèse pour fondement. En faut-il davantage pour les détruire ? Mais, s’il m’est permis de supposer ce que je ne crois pas ; quand même ces conséquences seroient difficiles à renverser, on n’en auroit qu’une plus belle occasion de briller. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

L’Auteur, que je connois point, m’a envoïé son ouvrage de Berlin, en me priant seulement d’en anvoier six exemplaires à l’adresse de M. le Marquis d’Argens. Assurément on ne peut mieux s’y prendre pour garder l’incognito ; car je suis persuadé que cette adresse même n’est qu’un persiflage.

 

Monsieur Haller, Professeur en médecine à Gottingue
Herrn Haller, Prof. der Medizin in Göttingen

 

Ce n’est point ici une Dédicace ; vous êtes fort au-dessus de tous les Éloges que je pourrois vous donner ; & je ne connois rien de si inutile, ni de si fade, si ce n’est un Discours Académique. Ce n’est point une Exposition de la nouvelle Méthode que j’ai suivie pour relever un sujet usé & rebattu. Vous lui trouverez du moins ce mérite ; & vous jugerez au reste si votre Disciple & votre ami a bien rempli sa carrière. C’est le plaisir que j’ai eu à composer cet ouvrage, dont je veux parler ; c’est moi-même, & non mon livre que je vous adresse, pour m’éclairer sur la nature de cette sublime Volupté de l’Étude. Tel est le sujet de ce Discours. Je ne serois pas le premier Écrivain, qui, n’aiant rien à dire, pour réparer la stérilité de son Imagination, auroit pris un texte, où il n’y en eut jamais. Dites-moi donc, Double Enfant d’Apollon, suisse Illustre, Fracastor Moderne, vous qui savez tout à la fois connoître, mesurer la Nature, qui plus est la sentir, qui plus est encore l’exprimer : savant Médecin, encore plus grand Poëte, dites-moi par quels charmes l’Étude peut changer les Heures en momens ; quelle est la Nature de ces plaisirs de l’Esprit, sdifférens des plaisirs vulgaires… Mais la lecture de vos charmantes Poësies m’en a trop pénétré moi-même, pour que je n’essaie pas de dire ce qu’elles m’ont inspiré. L’Homme, consideré dans ce point de vue, n’a rien d’étranger à mon sujet.

La Volupté des sens, quelque aimable & chérie qu’elle soit, quelques éloges que lui ait donnés la plume apparemment reconnoissante d’un jeune Medecin françois, n’a qu’une seule jouïssance qui est son tombeau. Si le plaisir parfait ne la tüe point sans retour, il lui faut un certain tems pour ressusciter. Que les ressources des plaisirs de l’esprit sont différentes ! plus on s’approche de la Vérité, plus on la trouve charmante. Non seulement sa jouisance augmente les desirs ; mais on joüit ici, dès qu’on cherche à joüir. On joüit long-tems, & cependant plus vîte que l’éclair ne parcourt. Faut-il s’étonner si la Volupté de l’Esprit est aussi supérieure à celle des sens, que l’Esprit est au-dessus du Corps ? L’Esprit n’est-il pas le premier des sens, & comme le rendez-vous de toutes les sensations ? N’y aboutissent-elles pas toutes, comme autant de raions, à un Centre qui les produit ? Ne cherchons donc plus par quels invincibles charmes, un cœur que l’Amour de la Vérité enflame, se trouve tout-à-coup transporté, pour ainsi dire, dans un monde plus beau, où il goute des plaisirs dignes des Dieux. De toutes les Attractions de la Nature, la plus forte, du moins pour moi, comme pour vous, cher Haller, est celle de la Philosophie. Quelle gloire plus belle, que d’être conduit à son Temple par la raison & la sagesse ! quelle conquête plus flateuse que de se soumettre tous les Esprits !

Passons en revue tous les objets de ces plaisirs inconnus aux Ames Vulgaires. De quelle beauté, de quelle étendue ne sont-ils pas ? Le tems, l’espace, l’infini, la terre, la mer, le firmament, tous les Élemens, toutes les sciences, tous les arts, tout entre dans ce genre de Volupté. Trop resserrée dans les bornes du monde, elle en imagine un million. La nature entière est son aliment, & l’imagination son triomphe. Entrons dans quelque détail.

Tantôt c’est la Poësie ou la Peinture ; tantôt c’est la Musique ou l’Architecture, le Chant, la Danse &c. qui font gouter aux connoisseurs des plaisirs ravissans. Voiez la Delbar (femme de Piron) dans une loge d’Opéra ; pâle & rouge tour-à-tour, elle bat la mesure avec Rebel, s’attendrit avec Iphigénie, entre en fureur avec Roland &c. Toutes les impressions de l’Orchestre passent sur son visage, comme sur une toile. Ses yeux s’adoucissent, se pâment, rient, ou s’arment d’un courage guerrier. On la prend pour une folle. Elle ne l’est point, à moins qu’il n’y ait de la folie à sentir le plaisir. Elle n’est que pénétrée de mille beautés qui m’échapent.

Voltaire ne peut refuser des pleurs à sa Mérope ; c’est qu’il sent le prix, & de l’ouvrage, & de l’Actrice. Vous avez lu ses écrits ; & malheureusement pour lui, il n’est point en état de lire les vôtres. Dans les mains, dans la mémoire de qui ne sont-ils pas ? & quel cœur assez dur pour ne point en être attendri ! Comment tous ses goûts ne se communiqueroient-ils pas ? Il en parle avec transport.

Qu’un grand Peintre, je l’ai vu avec plaisir en lisant ces jours passés la Préface de Richardon, parle de la Peinture, quels éloges ne lui donne-t-il pas ? Il adore son Art, il le met au-dessus de tout, il doute presque qu’on puisse être heureux sans être Peintre. Tant il est enchanté de sa profession !

Qui n’a pas senti les mêmes transports que scaliger, ou le Père Mallebranche, en lisant, ou quelques belles Tirades des Poëtes Tragiques, Grecs, Anglois, François ; ou certains Ouvrages Philosophiques ? Jamais Mme. Dacier n’eût compté sur ce que son Mari lui promettoit ; & elle trouva cent fois plus. Si l’on éprouve une sorte d’Enthousiasme à traduire & développer les pensées d’autrui, qu’est-ce donc si l’on pense soi-mê-me ? Qu’est-ce que cette génération, cet enfantement d’Idées, que produit le goût de la Nature & la recherche du Vrai ? Comment peindre cet Acte de la Volonté, ou de la Mémoire, par lequel l’Ame se reproduit en quelque sorte, en joignant une idée à une autre trace semblable, pour que de leur ressemblance & comme de leur union, il en naisse une troisième ; car admirez les productions de la Nature. Telle est son uniformité, qu’elles se font presque toutes de la même manière.

Les plaisirs des sens mal réglés, perdent toute leur vivacité & ne sont plus des plaisirs. Ceux de l’Esprit leur ressemblent jusqu’à un certain point. Il faut les suspendre pour les aiguiser. Enfin l’Étude a ses Extases, comme l’Amour. S’il m’est permis de le dire, c’est une Catalepsie, ou immobilité de l’Esprit, si délicieusement enivré de l’objet qui le fixe & l’enchante, qu’il semble détaché par abstraction de son propre corps & de tout ce qui l’environne, pour être tout entier à ce qu’il poursuit. Il ne sent rien, à force de sentir. Tel est le plaisir qu’on goute, & en cherchant, & en trouvant la Vérité. Jugez de la puissance de ses charmes par l’Extase d’Archimède ; vous savez qu’elle lui couta la vie.

Que les autres hommes se jettent dans la foule, pour ne pas se connoître, ou plutôt se haïr ; le sage fuit le grand monde & cherche la solitude. Pourquoi ne se plait-il qu’avec lui même, ou avec ses semblables ? C’est que son Ame est un miroir fidèle, dans lequel son juste amour propre trouve son compte à se regarder. Qui est vertueux, n’a rien à craindre de sa propre connoissance, si ce n’est l’agréable danger de s’aimer.

Comme aux yeux d’un Homme qui regarderoit la terre du haut des Cieux, toute la grandeur des autres Hommes s’évanouïroit, les plus superbes Palais se changeroient en Cabanes, & les plus nombreuses Armées ressembleroient à une troupe de fourmis, combattant pour un grain avec la plus ridicule furie ; ainsi paroissent les choses à un sage, tel que vous. Il rit des vaines agitations des Hommes, quand leur multitude embarrasse la Terre & se pousse pour un rien, dont il est juste qu’aucun d’eux ne soit content.

Que Pope débute d’une manière sublime dans son Essai sur l’Homme ! Que les Grands & les Rois sont petits devant lui ! Ô vous, moins mon Maître, que mon Ami, qui aviez reçu de la Nature la même force de génie que lui, dont vous avez abusé ; Ingrat, qui ne méritiez pas d’exceller dans les sciences ; vous m’avez appris à rire, comme ce grand Poëte, ou plutôt à gémir des joüets & des bagatelles, qui occupent sérieusement les Monarques. C’est à vous que je dois tout mon bonheur. Non, la conquête du Monde entier ne vaut pas le plaisir qu’un Philosophe goute dans son cabinet, entouré d’Amis müets, qui lui disent cependant tout ce qu’il désire d’entendre. Que Dieu ne m’ôte point le nécessaire & la santé, c’est tout ce que je lui demande. Avec la santé, mon cœur sans dégout aimera la vie. Avec le nécessaire, mon Esprit content cultivera toujours la sagesse.

Oui, l’Étude est un plaisir de tous les âges, de tous les lieux, de toutes les saisons & de tous les momens. À qui Ciceron n’a-t-il pas donné envie d’en faire l’heureuse expérience ? Amusement dans la jeunesse, dont il tempère les passions fougueuses ; pour le bien goûter, j’ai quelquefois été forcé de me livrer à l’Amour. L’Amour ne fait point de peur à un sage : il sait tout allier & tout faire valoir l’un par l’autre. Les nuages qui offusquent son entendement, ne le rendent point paresseux ; ils ne lui indiquent que le remède qui doit les dissiper. Il est vrai que le soleil n’écarte pas plus vite ceux de l’Atmosphère.

Dans la vieillesse, âge glacé, où on n’est plus propre, ni à donner, ni à recevoir d’ autres plaisirs, quelle plus grande ressource que la lecture & la méditation ! Quel plaisir de voir tous les jours, sous ses yeux & par ses mains, croître & se former un Ouvrage qui charmera les siècles à venir, & même ses contemporains ! Je voudrois, me disoit un jour un Homme dont la vanité commençoit à sentir le plaisir d’être Auteur, passer ma vie à aller de chez moi chez l’Imprimeur. Avoit-il tort ? Et lorsqu’on est applaudi, quelle Mère tendre fut jamais plus charmée d’avoir fait un enfant aimable ?

Pourquoi tant vanter les plaisirs de l’Étude ? Qui ignore que c’est un bien qui n’apporte point le dégout ou les inquiétudes des autres biens ? un trésor inépuisable, le plus sûr contrepoison du cruel ennui ; qui se promène & voyage avec nous, & en un mot nous suit partout ? Heureux qui a brisé la chaine de tous ses préjugés ! Celui-là seul goûtera ce plaisir dans toute sa pureté ! Celui-là seul joüira de cette douce tranquillité d’Esprit, de ce parfait contentement d’une ame forte & sans ambition, qui est le Père du bonheur, s’il n’est le bonheur même.

Arrêtons nous un moment à jetter des fleurs sur les pas de ces grands Hommes que Minerve a, comme vous, couronnés d’un Lierre immortel. Ici c’est Flore qui vous invite avec Linaeus, à monter par de nouveaux sentiers sur le sommet glacé des Alpes, pour y admirer sous une autre Montagne de Neige un Jardin planté par les mains de la Nature : Jardin qui fut jadis tout l’héritage du célébre Professeur suédois. De là vous descendez dans ces prairies, dont les fleurs l’attendent pour se ranger dans un ordre, qu’elles sembloient avoir jusqu’alors dédaigné.

Là je vois Maupertuis, l’honneur de la Nation Françoise, dont une autre a merité de joüir. Il sort de la table d’un ami, qui est le plus grand des rois. Où va-t-il ? dans le Conseil de la Nature, où l’attend Newton.

Que dirois-je du Chymiste, du Geomètre, du Physicien, du Mécanicien, de l’Anatomiste & Celui-ci a presqu’autant de plaisir à examiner l’Homme mort, qu’on en a eu à lui donner la vie.

Mais tout cède au grand Art de guérir. Le Médecin est le seul Philosophe qui mérite de sa Patrie ; il paroit comme les frères d’Helène dans les tempêtes de la vie. Quelle Magie, quel Enchantement ! sa seule vüe calme le sang, rend la paix à une ame agitée & fait renaître la douce esperance au cœur des malheureux mortels. Il annonce la vie & la mort comme un Astronome prédit une Éclipse. Chacun a son flambeau qui l’éclaire. Mais si l’Esprit a eu du plaisir à trouver les règlés qui le guident, quel triomphe, vous en faites tous les jours l’heureuse expérience ; quel triomphe, quand l’évènement en a justifié la hardiesse !

La première utilité des sciences est donc de les cultiver ; c’est déjà un bien réel & solide. Heureux qui a du goût pour l’étude ! plus heureux qui réüssit à délivrer par elle son esprit de ses illusions, & son cœur de sa vanité ; but désirable, où vous avez été conduit dans un âge encore tendre par les mains de la sagesse ; tandis que tant de Pédans, après un demi-siècle de veilles & de travaux, plus courbés sous le faix des préjugés, que sous celui du tems, semblent avoir tout appris, excepté à penser. Science rare à la vérité, surtout dans les savans ; & qui cependant devroit être du moins le fruit de toutes les autres. C’est à cette seule science que je me suis appliqué dès l’enfance. Jugez Mr. Si j’ai réüssi : & que cet Hommage de mon Amitié soit éternellement chéri de la vôtre.

Es ist keine Zueignungsschrift, die ich hier an Sie richte; Sie sind über alles Lob erhaben, das ich Ihnen ertheilen könnte, und ich weiß nichts Unnützeres und Faderes als eine sogenannte akademische Rede. Auch will ich keine Auseinandersetzung der neuen Methode bringen, die ich befolgt habe, um einen oft wiederholten und erschöpften Gegenstand wieder aufzunehmen. Sie werden dieses Verdienst wenigstens selbst herausfinden und im Übrigen beurtheilen, ob Ihr Schüler und Freund seine Lehrzeit wohl verwendet hat. Nur von dem Vergnügen will ich reden, das ich bei Abfassung dieses Werkes empfunden, mich selbst, nicht mein Buch Ihnen weihen, um mich über die Beschaffenheit jenes erhabenen Wohlgefühls aufzuklären, welches die Forschung gewährt. Dies ist der Gegenstand meines Vorworts. Ich wäre nicht der erste Schriftsteller, der, weil er nichts zu sagen weiß und der Unfruchtbarkeit seiner Phantasie zu Hilfe kommen möchte, ein Thema wählt, bei dem es niemals derselben bedurft hat. Sagen Sie mir also, Apollo’s zwiefacher Sohn, berühmter Schweizer und moderner Zertrümmerer, die Sie Alles zugleich verstehn: die Natur zu messen und, was noch mehr ist, sie zu empfinden, ja sogar sie auszudrücken; sagen Sie mir, gelehrter Arzt und noch größerer Dichter, durch welchen Zauber das Studium Stunden in Augenblicke verwandeln kann: erklären Sie mir das Wesen dieser Geistesvergnügungen, die sich von den gewöhnlichen so sehr unterscheiden ... Aber die Lectüre Ihrer eigenen reizenden Dichtungen hat mich selbst damit zu sehr erfüllt, als daß ich nicht versuchen sollte zu sagen, was sie mir eingeflößt haben. Der Mensch hat, unter einem solchen Gesichtspunkt betrachtet, nichts meinem Gegenstände Fremdartiges.

Die Wollust der Sinne, so lieblich und begehrt sie sein mag, so viel Lob ihr auch die offenbar ebenso dankbare als feine Feder eines jungen französischen Arztes ertheilt hat, gewährt nur einen einzigen Genuß, der zugleich ihr Grab ist. Wenn ihn das völlige Vergnügen nicht ganz und gar tödtet, so bedarf er doch einer gewissen Zeit, um wiederzuerwachen. Wie ganz anders die Quellen der geistigen Vergnügungen! Je näher man der Wahrheit kommt, desto reizender findet man sie. Ihr Genuß vermehrt nicht nur das Verlangen, sondern man genießt schon, sobald man zu gemessen strebt. Man genießt lange und doch rascher als der Blitz vorüberfährt. Darf man sich auch wundern, daß das Vergnügen des Geistes dem der Sinne in gleichem Masse überlegen ist, als der Geist dem Körper? Ist nicht der Geist der oberste Sinn, der Sammelplatz aller Wahrnehmungen? Münden sie nicht alle in ihn, wie Strahlen in einen Mittelpunkt, der sie hervorbringt? Suchen wir also nicht länger den unwiderstehlichen Zauber, durch welchen ein Herz, welches die Liebe zur Wahrheit entflammt, sich plötzlich gleichsam in eine schönere Welt versetzt fühlt, wo es Götterfreuden schmeckt. Von allen Anziehungen der Natur ist die stärkste, wenigstens für uns beide, mein lieber Haller, die der Philosophie. Welch schönem Ruhm giebt es, als in ihren Tempel durch die Vernunft und die Weisheit geführt zu werden! Welche ehrenvollere Eroberung, als sieh alle Geister zu unterwerfen!

Lassen wir an uns vorüberziehn alle Gegenstände jener Freuden, die den gemeinen Seelen unbekannt sind. Wie schön und umfassend sind sie! Zeit, Raum und Unendlichkeit, Erde, Meer und Firmament, alle Künste und Wissenschaften geben ihren Beitrag zu dieser Art von Genuß. Ihm genügt nicht die enge Schranke dieser Welt, er ersinnt sich Millionen andere. Die ganze Natur ist seine Nahrung und die Phantasie sein Triumph. Betrachten wir Einzelnes.

Bald ist es die Dichtkunst oder die Malerei, bald die Musik oder die Baukunst, der Gesang, der Tanz u.s.w., welche dem Kenner entzückende Freuden bereiten. Siehe dort die Delbar (Piron’s Frau) in einer Opernloge; abwechselnd bleich und roth schlägt sie mit Rebel den Takt, geräth mit Roland in Wuth und wird gerührt mit Iphigenien. Alle Eindrücke des Orchesters zeichnen sich auf ihrem Antlitze, wie auf Leinwand. Ihre Augen besänftigen sich und ersterben, lachen und bewaffnen sich mit kriegerischem Muthe. Man hält sie für närrisch. Aber sie ist es nicht, man müßte denn Empfinden des Vergnügens Narrheit nennen. Sie ist nur von tausend Schönheiten durchdrungen, die mir entgehn.

Voltaire vermag sich bei seiner Merope der Thränen nicht zu enthalten; weil er sowohl des Werkes als der Künstlerin Werth zu ermessen weiß. Sie haben seine Schriften gelesen, während er zu seinem Unglück die Ihrigen nicht zu lesen im Stande ist. In wessen Händen und Gedächtniß findet sie sich nicht? Wessen Herz wäre so hart, von ihnen nicht gerührt zu werden, und wie sollte sich sein Geschmack nicht Anderen mittheilen? Er spricht mit Entzücken hiervon.

Wenn ein großer Maler – ich habe es erst jüngst mit Vergnügen bemerkt, als ich die Vorrede zum Richardson las – von der Malerei spricht, wie großes Lob ertheilt er ihr nicht! Er betet seine Kunst an, er setzt sie über Alles und zweifelt beinahe, daß man glücklich sein könne ohne Maler zu sein. So sehr ist er von seiner Kunst bezaubert.

Wer hat nicht eine ähnliche Empfindung des Glückes wie Skaliger oder der ältere Malebranche verspürt, wenn er schöne Stellen aus griechischen, englischen oder französischen Tragikern oder gewisse philosophische Werke las? Die Dacier hatte nie auf das gerechnet, was ihr Gatte ihr versprach, und sie fand hundertmal mehr. Wenn man schon eine Art Begeisterung beim Übersetzen und Entwickeln der Gedanken Anderer empfindet, was dann erst, wenn man selbst denkt? Was bietet dann jenes Hervorbringen und Erzeugen von Ideen, welche durch den Geschmack an der Natur und durch das Forschen nach Wahrheit erweckt werden? Wie soll man jenen Akt des Willens oder des Gedächtnisses beschreiben, durch welchen die Seele sich gewissermaaßen auf’s Neue schafft, indem sie eine Idee mit der Spur einer ähnlichen verbindet, damit aus ihrer Übereinstimmung und Verknüpfung eine dritte sich bilde? Denn wunderbar ist die Schöpfungsweise der Natur. Sie ist so gleichförmig, daß ihre Gebilde fast alle auf dieselbe Art entstehen.

Die Vergnügungen der Sinne verlieren, wenn sie ohne Zucht bleiben, ihre ganze Lebendigkeit und sind dann keine Vergnügungen mehr. Hierin gleichen ihnen die Freuden des Geistes bis auf einen gewissen Grad. Auch sie muß man zeitweise aussetzen, um sie zu kräftigen. Mit einem Wort: die wissenschaftliche Forschung hat ihre Höhepunkte wie die Liebe. Auch den Geist ergreift in solchen Augenblicken, wenn ich mich so ausdrücken darf, eine Starrheit und Regungslosigkeit, bei welcher ihn der Gegenstand, der ihn erfaßt und entzückt, so wonnetrunken macht, daß er in Gedanken von seinem eignen Körper und von Allem, was ihn umgibt, losgelöst scheint, um ganz und gar dem anzugehören, was er verfolgt. Durch vieles Empfinden empfindet er nichts. So groß ist das Vergnügen, welches man hat, wenn man die Wahrheit sucht oder findet. Von der Macht ihrer Reize gibt uns die Extase des Archimedes ein Beispiel; bekanntlich kostete sie ihm das Leben.

Mögen die andern Menschen sich in das Gewühl stürzen, um sich nicht kennen zu lernen oder um sich gar zu hassen: der Weise flieht die große Welt und sucht die Einsamkeit. Warum gefällt er sich nur, wenn er mit sich oder mit seines Gleichen allein ist? Weil er in seiner Seele einen treuen Spiegel besitzt, in welchem seine gerechte Selbstliebe ihre Rechnung durch Selbstbetrachtung findet. Wer tugendhaft ist, hat von seiner Selbsterkenntniß keine andere Gefahr zu fürchten, als die angenehme, daß er sich lieben lernt.

Wie in den Augen eines Menschen, der die Erde von der Höhe des Himmels aus betrachtet, alle Größe der übrigen Menschen verschwinden, die stolzesten Paläste sich in Hütten wandeln und die stärksten Armeen einem Ameisenhaufen gleichen würden, der sich mit der lächerlichsten Wuth im Kampfe um ein Getreidekörnchen befindet, so erscheinen die Dinge einem Weisen, wie Sie es sind. Er lacht über die eiteln Bemühungen der Menschen, wenn sie durch ihre Menge die Erde versperren und sich um ein Nichts, das mit Recht keinen von ihnen befriedigt, drängen und stoßen.

Wie erhaben tritt Pope in seinem Versuche über den Menschen auf. Wie klein erscheinen vor ihm die Grossen, die Könige. Sie, mein Lehrer und noch mehr mein Freund, der von der Natur dieselbe Kraft des Geistes erhalten aber nicht gebraucht hat und ob seiner Undankbarkeit nicht verdiente, einen so hohen Rang in der Wissenschaft einzunehmen, Sie lehrten mich, gleich jenem großen Dichter zu lachen oder zu seufzen über das Spielwerk und die Kleinigkeiten, welche die Monarchen so ernstlich beschäftigen. Ihnen allein verdanke ich all mein Glück. Nein, die Eroberung der ganzen Welt wiegt das Vergnügen nicht auf, welches der Philosoph in seinem Cabinet empfindet, wenn er von seinen stummen Freunden umgeben ist, die ihm Alles sagen, was er zu hören wünscht. Möge mir Gott nur das Unentbehrliche und die Gesundheit lassen, das ist Alles, was ich von ihm verlange. Mit der Gesundheit wird mein Herz ohne Widerwillen das Leben lieben; mit dem Unentbehrlichen wird mein Geist stets zufrieden die Weisheit pflegen.

Ja, das Studium ist ein Vergnügen jedes Alters, jedes Ortes, jeder Jahreszeit und jedes Augenblickes. In wem hat Cicero nicht die Lust nach solch beglückender Erfahrung angefacht? Eine Unterhaltung in der Jugend, mäßigt es die aufbrausenden Leidenschaften, und um es recht zu genießen, sah ich mich manchmal veranlaßt, der Liebe zu opfern. Denn die Liebe flößt dem Weisen keine Furcht ein: sie weiß Alles zu verbinden und eins durch das andere zur Geltung zu bringen. Die Wolken, welche seinen Verstand umnebeln, machen ihn nicht träge, weisen ihn nur auf jenes Mittel hin, sie zu zerstreuen – und wahrlich, nicht schneller kann die Sonne die Wolken der Luft entfernen.

Im Alter, in jener Zeit der Erstarrung, wo man andere Vergnügungen weder zu bieten noch zu empfangen vermag, welch reiche Quelle ist dann die Lectüre und das Nachdenken! Welcher Genuß, alltäglich unter seinen Augen und Händen ein Werk heranwachsen und sich bilden zu sehen, welches einst künftige Jahrhunderte und noch die eigenen Zeitgenossen entzücken wird! „Ich wollte, so bemerkte einst Jemand, dessen Ehrgeiz sich auf die schriftstellerische Laufbahn zu werfen begann, ich wollte gern mein Leben damit zubringen, daß ich von meinem Hause zum Drucker hin und her ginge.“ Hatte er Unrecht? Und erwirbt man Lob, – welche zärtliche Mutter kann denn mehr Freude darüber empfinden, daß sie ein liebliches Kind geboren?

Aber wozu noch die Genüsse des Studiums preisen? Weiß doch Jeder, daß es ein Gut ist, welches den Widerwillen oder die Unruhe anderer Besitzthümer nicht in seinem Gefolge hat, daß es ein unerschöpflicher Schatz ist, der das sicherste Gegengift der grausamen Langeweile bildet, der mit uns geht und mit uns in die Ferne zieht, mit einem Worte uns überallhin folgt. Glücklich, wer die Kette aller Vorurtheile zerbrochen hat; denn er allein wird dieses Vergnügen in seiner ganzen Reinheit kosten. Er allein wird die süße Ruhe des Geistes, jene volle Zufriedenheit einer starken Seele, die ohne Ehrgeiz ist, genießen, die das Glück erzeugt oder vielmehr das wahre Glück selbst ist.

Verweilen wir einen Augenblick, um Blumen zu streuen auf die Spuren jener großen Männer, welche Minerva gleich Ihnen mit unsterblichem Lorber bekränzt hat. Hier steht Flora, welche uns einladet mit Linné auf neuen Pfaden die Eisgipfel der Alpen zu besteigen, um hier am Fuße eines anderen Schneegebirges einen Garten zu bewundern, den die Hände der Natur gepflanzt haben und der einst das ganze Erbe des berühmten schwedischen Professors war. Von da steigen wir in jene Auen, deren Blumen ihn erwarten, um sich in eine Ordnung zu reihen, die sie bis dahin verschmäht zu haben schienen.

Dort sehe ich Maupertuis, den Ruhm der französischen Nation, den eine andre zu genießen das Verdienst hat. Er erhebt sich vom Mahle eines Freundes, welcher der größte unter den Königen ist. Wohin geht er? Vom Rathe des Königs in den der Naturforscher, wo ihn Newton erwartet.

Was soll ich vom Chemiker, vom Geometer, vom Physiker und Mechaniker, vom Anatomen u.s.w. Sagen? Der letztere hat fast so viel Vergnügen beim Untersuchen des Todten, als der Erzeuger beim Verleihen des Lebens.

Aber alles tritt zurück vor der großen Heilkunst. Der Arzt ist der einzige Philosoph, der sich um sein Vaterland verdient macht, wie man längst vor mir gesagt hat: er erscheint wie Hellenen’s Brüder im Sturm des Lebens. Welcher Zauber, welch Entzücken! Schon sein Anblick beruhigt das Blut, giebt der erregten Seele den Frieden wieder und läßt aufs Neue die süße Hoffnung im Herzen der unglücklichen Sterblichen erblühn. Er verkündet Leben und Tod, wie der Sternkundige die Sonnenfinsterniß. Jeder hat seine Lebensfackel, die ihn erhellt. Aber wenn der Geist das Vergnügen genießt, die Regeln aufzufinden, die ihn lenken, welcher Triumph für ihn – wie Sie dies alltäglich zu erfahren so glücklich sind – wenn die Thatsache seine Kühnheit bestätigt.

Der erste Nutzen der Wissenschaften besteht daher in ihrer Pflege selbst; sie ist allein schon ein reelles und solides Gut. Glücklich, wer Geschmack findet am Studium; glücklicher, wem es gelingt, durch dasselbe seinen Geist von Täuschungen und sein Herz von Eitelkeit zu befreien. Sie sind zu diesem wünschenswerthen Ziele in einem noch zarten Alter von den Händen der Weisheit geführt worden, während so viele Pedanten nach einem halben Jahrhundert von Nachtwachen und Arbeiten, gebeugter unter der Bürde der Vorurtheile als unter derjenigen der Zeit, Alles, nur nicht das Denken, gelernt zu haben scheinen. Das ist führwahr eine seltene Kenntniß, besonders unter den Gelehrten, während sie doch wenigstens die Frucht aller übrigen Kenntnisse sein sollte. Ihrer allein habe ich mich seit meiner Kindheit befleißigt. Mögen Sie, mein Herr, beurtheilen, ob es mir gelungen, und mögen Sie dieses Zeugniß meiner Freundschaft stets der Ihrigen werth erachten.

 

L’Homme Machine · Der Mensch eine Maschine

 

Il ne suffit pas à un sage d’étudier la Nature & la Vérité ; il doit oser la dire en faveur du petit nombre de ceux qui veulent & peuvent penser ; car pour les autres, qui sont volontairement Esclaves des Préjugés, il ne leur est pas plus possible d’atteindre la Vérité, qu’aux Grénouilles de voler.

Je réduis à deux, les systêmes des Philosophes sur l’ame de l’Homme. Le premier, & le plus ancien, est le systême du Matérialisme ; le second est celui du spiritualisme.

Les Métaphisiciens, qui ont insinué que la Matière pourroit bien avoir la faculté de penser, n’ont pas deshonoré leur Raison. Pourquoi? C’est qu’ils ont un avantage (car ici c’en est un), de s’être mal exprimés. En effet, demander si la Matière peut penser, sans la considérer autrement qu’en elle-même, c’est demander si la Matière peut marquer les heures. On voit d’avance que nous éviterons cet écueil, où Mr. Locke a eu le malheur d’échouer.

Les Leibnitiens, avec leurs Monades, ont élevé une hypothèse inintelligible. Ils ont plutôt spiritualisé la Matière, que matérialisé l’Ame. Comment peut-on définir un Etre, dont la nature nous est absolument inconnüe?

Descartes, & tous les Cartésiens, parmi lesquels il y a long-tems qu’on a compté les Mallebranchistes, ont fait la même faute. Ils ont admis deux substances distinctes dans l’Homme, comme s’ils les avoient vües & bien comptées.

Les plus sages ont dit que l’Ame ne pouvoit se connoître, que par les seules lumières de la Foi: cependant en qualité d’Etres raisonnables, ils ont cru pouvoir se réserver le droit d’examiner ce que l’Ecriture a voulu dire par le mot Esprit, dont elle se sert, en parlant de l’Ame humaine; & dans leurs recherches, s’ils ne sont pas d’accord sur ce point avec les Théologiens, ceux-ci le sont-ils davantage entr’eux sur tous les autres?

Voici en peu de mots le résultat de toutes leurs réfléxions.

S’il y a un Dieu, il est Auteur de la Nature, comme de la Révélation; il nous a donné l’une, pour expliquer l’autre; & la Raison, pour les accorder ensemble.

Se défier des connoissances qu’on peut puiser dans les Corps animés, c’est regarder la Nature & la Révélation, comme deux contraires qui se détruisent; & par conséquent, c’est oser soutenir cette absurdité: que Dieu se contredit dans ses divers ouvrages, & nous trompe.

S’il y a une Révélation, elle ne peut donc démentir la Nature. Par la Nature seule, on peut découvrir le sens des paroles de l’Evangile, dont l’expérience seule est la véritable Interprète. En effet, les autres Commentateurs jusqu’ici n’ont fait qu’embrouiller la Vérité. Nous allons en juger par l’Auteur du spectacle de la Nature. « Il est étonnant, dit-il (au sujet de Mr. Locke), qu’un Homme, qui dégrade notre Ame jusqu’à la croire une Ame de boüe, ose établir la Raison pour juge & souveraine Arbitre des Mystères de la Foi; car, ajoute-t-il, quelle idée étonnante auroit-on du Christianisme, si l’on vouloit suivre la Raison? »

Outre que ces réfléxions n’éclaircissent rien par rapport à la Foi, elles forment de si frivoles objections contre la Méthode de ceux qui croient pouvoir interpreter les Livres saints, que j’ai presque honte de perdre le tems à les réfuter.

1º. L’excellence de la Raison ne dépend pas d’un grand mot vuide de sens (l’immaterialité); mais de sa force, de son étendüe, ou de sa Clair-voyance. Ainsi une Ame de boüe, qui découvriroit, comme d’un coup d’œil, les rapports & les suites d’une infinité d’idées, difficiles à saisir, seroit évidemment préferable à une Ame sote & stupide, qui seroit faite des Elémens les plus précieux. Ce n’est pas être Philosophe, que de rougir avec Pline, de la misère de notre origine. Ce qui paroit vil, est ici la chose la plus précieuse, & pour laquelle la Nature semble avoir mis le plus d’art & le plus d’appareil. Mais comme l’Homme, quand même il viendroit d’une source encore plus vile en apparence, n’en seroit pas moins le plus parfait de tous les Etres; quelle que soit l’origine de son Ame, si elle est pure, noble, sublime, c’est une belle Ame, qui rend respectable quiconque en est doué.

La seconde manière de raisonner de Mr. Pluche, me paroit vicieuse, même dans son systême, qui tient un peu du Fanatisme; car si nous avons une idée de la Foi, qui soit contraire aux Principes les plus clairs, aux Vérités les plus incontestables, il faut croire, pour l’honneur de la Révélation & de son Auteur, que cette idée est fausse; & que nous ne connoissons point encore le sens des paroles de l’Evangile.

De deux choses l’une; ou tout est illusion, tant la Nature même, que la Révélation; ou l’expérience seule peut rendre raison de la Foi. Mais quel plus grand ridicule que celui de notre Auteur? Je m’imagine entendre un Péripatéticien, qui diroit: « Il ne faut pas croire l’expérience de Toricelli: car si nous la croyions, si nous allions bannir l’horreur du vuide, quelle étonnante Philosophie aurions-nous? »

J’ai fait voir combien le raisonnement de Mr. Pluche est vicieux 1) Il péche evidemment par une pétition de Principe., afin de prouver premièrement, que s’il y a une Révélation, elle n’est point suffisamment démontrée par la seule autorité de l’Eglise, & sans aucun examen de la Raison, comme le prétendent tous ceux qui la craignent. Secondement, pour mettre à l’abri de toute attaque la Méthode de ceux qui voudroient suivre la voit que je leur ouvre, d’interpreter les choses surnaturelles, incomprehensibles en soi, par les lumières que chacun a reçües de la Nature.

L’expérience & l’observation doivent donc seules nous guider ici. Elles se trouvent sans nombre dans les Fastes des Médecins, qui ont été Philosophes, & non dans les Philosophes, qui n’ont pas été Médecins. Ceux-ci ont parcouru, ont éclairé le Labyrinthe de l’Homme; ils nous ont seuls dévoilé ces ressorts cachés sous des evelopes, qui dérobent à nos yeux tant de merveilles. Eux seuls, contemplant tranquillement notre Ame, l’ont mille fois surprise, & dans sa misère, & dans sa grandeur, sans plus la mépriser dans l’un de ces états, que l’admirer dans l’autre. Encore une fois, voilà les seuls Physiciens qui aient droit de parler ici. Que nous diroient les autres, & sur-tout les Théologiens? N’est-il pas ridicule de les entendre décider sans pudeur, sur un sujet qu’ils n’ont point été à portée de connoître, dont ils ont été au contraire entièrement détournés par des Etudes obscures, qui les ont conduits à mille préjugés, & pour tout dire en un mot, au Fanatisme, qui ajoute encore à leur ignorance dans le Mécanisme des Corps?

Mais quoique nous aïons choisi les meilleurs Guides, nous trouverons encore beaucoup d’épines & d’obstacles dans cette carrière.

L’Homme est une Machine si composée, qu’il est impossible de s’en faire d’abord une idée claire, & conséquemment de la définir.

C’est pourquoi toutes les recherches que les plus grands Philosophes ont faites à priori, c’est à dire, en voulant se servir en quelque sorte des aîles de l’Esprit, ont été vaines. Ainsi ce n’est qu’à posteriori, ou en cherchant à demêler l’Ame, comme au travers des Organes du corps, qu’on peut, je ne dis pas, découvrir avec évidence la nature même de l’Homme, mais atteindre le plus grand degré de probabilité possible sur ce sujet.

Prenons donc le bâton de l’expérience, & laissons là l’Histoire de toutes les vaines opinions des Philosophes. Etre Aveugle, & croire pouvoir se passer de ce bâton, c’est le comble de l’aveuglement. Qu’un Moderne a bien raison de dire qu’il n’y a que la vanité seule, qui ne tire pas des causes secondes, le même parti que des premières! On peut & on doit même admirer tous ces beaux Génies dans leurs travaux les plus inutiles:; les Descartes, les Mallebranches, les Leibniz, les Wolfs, &c. mais quel fruit, je vous prie, a-t-on retiré de leurs profondes Méditations & de tous leurs Ouvrages? Commençons donc, & voions, non ce qu’on a pensé, mais ce qu’il faut penser pour le repos de la vie.

Autant de tempéramens, autant d’esprits, de caractères & de mœurs différentes. Galien même a connu cette vérité, que Descartes, & non Hippocrate, comme le dit l’Auteur de l’histoire de l’Ame, a poussée loin, jusqu’à dire que la Médecine seule pouvoit changer les Esprits & les mœurs avec le Corps. Il est vrai que la Mélancolie, la Bile, le Phlegme, le sang, &c. Suivant la nature, l’abondance & la diverse combinaison de ces humeurs, de chaque Homme font un Homme différent.

Dans les maladies, tantôt l’Ame s’éclipse & ne montre aucun signe d’elle-même; tantôt on diroit qu’elle est double, tant la fureur la transporte; tantôt l’imbécillité se dissipe: & la convalescence, d’un sot fait un Homme d’esprit. Tantôt le plus beau Génie devenu stupide, ne se reconnoit plus. Adieu toutes ces belles connoissances acquises à si grands frais, & avec tant de peine!

Ici c’est un Paralitique, qui demande si sa jambe est dans son lit: Là c’est un soldat qui croit avoir le bras qu’on lui a coupé. La mémoire de ses anciennes sensations, & du lieu, où son Ame les rapportoit, fait son illusion, & son espece de délire. Il suffit de lui parler de cette partie qui lui manque, pour lui en rappeller & faire sentir tous les mouvemens; ce qui se fait avec je ne sai quel déplaisir d’imagination qu’on ne peut exprimer.

Celui-ci pleure, comme un Enfant, aux approches de la Mort, que celui-là badine. Que falloit-il à Canus Julius, à séneque, à Pétrone, pour changer leur intrépidité, en pusillanimité, ou en poltronnerie? Une obstruction dans la rate, dans le foie, un embarras dans la veine porte. Pourquoi? Parce que l’imagination se bouche avec les viscères; & de là naissent tous ces singuliers Phénomènes de l’affection hystérique & hypocondriàque. Que dirois-je de nouveau sur ceux qui s’imaginent être transformés en Loups-garoux, en Coqs, en Vampires, qui croient que les Morts les sucent? Pourquoi m’arrêterois-je à ceux qui croient leur nez, ou autres membres de verre, & à quil il faut conseiller de coucher sur la paille, de peur qu’ils ne se cassent; afin qu’ils en retrouvent l’usage & la véritable chair, lorsque mettant le feu à la paille, on leur fait craindre d’être brûlés: frayeur qui a quelquefois guéri la Paralysie? Je dois légèrement passer sur des choses connues de tout le Monde.

Je ne serai pas plus long sur le détail des effets du sommeil. Voiez ce soldat fatigué! Il ronfle dans la tranchée, au bruit de cent pièces de canon! son Ame n’entend rien, son sommeil est une parfaite Apoplexie. Une Bombe va l’écraser; il sentira peut-être moins ce coup qu’un Insecte qui se trouve sous le pié.

D’un autre côté, cet Homme que la Jalousie, la Haine, l’Avarice, ou l’Ambition dévore, ne peut trouver aucun repos. Le lieu le plus tranquille, les boissons les plus fraîches & les plus calmantes, tout est inutile à qui n’a pas délivré son cœur du tourment des Passions.

L’Ame & le Corps s’endorment ensemble. A mesure que le mouvement du sang se calme, un doux sentiment de paix & de tranquillité se répand dans toute la Machine; l’Ame se sent mollement s’ appésantir avec les paupières & s’affaisser avec les fibres du cerveau: elle devient ainsi peu à peu comme paralitique, avec tous les muscles du corps. Ceux-ci ne peuvent plus porter le poids de la tête; celle-là ne peut plus soutenir le fardeau de la pensée; elle est dans le sommeil, comme n’étant point.

La circulation se fait-elle avec trop de vitesse? l’Ame ne peut dormir. L’Ame est-elle trop agitée? le sang ne peut se calmer; il galope dans les veines avec un bruit qu’on entend: telles sont les deux causes réciproques de l’insomnie. Une seule fraieur dans les songes fait battre le cœur à coups redoublés, & nous arrache à la nécessité, ou à la douceur du repos, comme feroient une vive douleur, ou des besoins urgens. Enfin, comme la seule cessation des fonctions de l’Ame procure le sommeil, il est, même pendant la veille (qui n’est alors qu’une demie veille) des sortes de petits sommeils d’Ame très fréquens, des Rêves à la suisse, qui prouvent que l’Ame n’attend pas toujours le corps pour dormir; car si elle ne dort pas tout-à-fait, combien peu s’en faut-il! puisqu’il lui est impossible d’assinger un seul objet auquel elle ait prêté quelque attention, parmi cette foule inombrable d’idées confuses, qui comme autant de nuages, remplissent, pour ainsi dire, l’Atmosphère de notre cerveau.

L’Opium a trop de rapport avec le sommeil qu’il procure, pour ne pas le plaver ici. Ce remede enivre, ainsi que le vin, le caffé &c. chacun à sa manière, & suivant sa dose. Il rend l’Homme heureux dans un état qui sembleroit devoir être le tombeau du sentiment, comme il est l’image de la Mort. Quelle douce Léthargie! L’Ame n’en voudroit jamais sortir. Elle étoit en proie aux plus grandes douleurs; elle ne sent plus que le seul plaisir de ne plus souffrir, & de joüir de la plus charmante tranquillité. L’Opium change jusqu’à la volonté; il force l’Ame qui vouloit veiller & se divertir, d’aller se mettre au Lit malgré elle. Je passe sous silence l’Histoire des Poisons.

C’est en fouëttant l’imagination, que le Caffé, cet Antidote du Vin, dissipe nos maux de tête & nos chagrins, sans nous en ménager, comme cette Liqueur, pour le lendemain.

Contemplons l’Ame dans ses autres besoins.

Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts; vivante image du mouvement perpetuel. Les alimens entretiennent ce que la fièvre excite. Sans eux l’Ame languit, entre en fureur, & meurt abattüe. C’est une bougie dont la lùmière se ranime, au moment de s’éteindre. Mais nourrissez le corps, versez dans ses tuiaux des sucs vigoureux, des liqueurs fortes; alors l’Ame, généreuse comme elles, s’arme d’un fier courage, & le soldat que l’eau eût fait fuir, devenu féroce, court gaiement à la mort au bruit des tambours. C’est ainsi que l’eau chaude agite un sang, que l’eau froide eût calmé.

Quelle puissance d’un Repas! La joie renaît dans un cœur triste; elle passe dans l’Ame des Convives qui l’expriment par d’aimables chansons, où le François excelle. Le Mélancolique seul est accablé, & l’Hornme d’étude n’y est plus propre.

La viande crue rend les animaux féroces; les hommes le deviendroient par la même nourriture. Cette férocité produit dans l’Ame l’orgueil, la haine, le mépris des autres Nations, l’indocilité & autres sentimens, qui dépravent le caractère, comme des alimens grossiers font un esprit lourd, épais, dont la paresse & l’indolence sont les attributs favoris.

Mr. Pope a bien connu tout l’empire de la gourmandise, lorsqu’il dit: « Le grave Catius parle toujours de vertu, & croit que, qui souffre les Vicieux, est vicieux lui-même. Ces beaux sentimens durent jusqu’à l’heure du diner; alors il préfère un scélerat, qui a une table délicate, à un saint frugal. »

« Considerez, dit-il ailleurs, le même Homme en santé, ou en maladie; possedant une belle charge, ou l’aiant perdue; vous le verrez chérir la vie, ou la détester, Fou à la chasse, Ivrogne dans une Assemblée de Province, Poli au bal, bon Ami en Ville, sans foi à la Cour. »

On a vû en suisse un Baillif, nommé Mr. Steiguer de Wittighofen; il étoit à jeun le plus intègre, & même le plus indulgent des juges; mais malheur au miserable qui se trouvoit sur la sellette, lorsqu’il avoit fait un grand dîner! Il étoit homme à faire pendre l’innocent, comme le coupable.

Nous pensons, & même nous ne sommes honnêtes Gens, que comme nous sommes gais, ou braves; tout dépend de la manière dont notre Machine est montée. On diroit en certains momens que l’Ame habite dans l’estomac, & que Van Helmont en mettant son siége dans le pylore, ne se seroit trompé, qu’en prenant la partie pour le tout.

A quels excès la faim cruelle peut nous porter! Plus de respect pour les entrailles auxquelles on doit, ou on a donné la vie; on les déchire à belles dents, on s’en fait d’horribles festins; & dans la fureur, dont on est transporté, le plus foible est toujours la proie du plus fort.

La grossesse, cette Emule desirée des pâles couleurs, ne se contente pas d’amener le plus souvent à sa suite les goûts dépravés qui accompagnet ces deux états: elle a quelquefois fait éxécuter à l’Ame les plus affreux complots; effets d’une manie subite, qui étouffe jusqu’à la Loi naturelle. C’est ainsi que le cerveau, cette Matrice de l’esprit, se pervertit à sa manière, avec celle du corps.

Quelle autre fureur d’Homme, ou de Femme, dans ceux que la continence & la santé poursuivent! C’est peu pour cette Fille timide & modeste d’avoir perdu toute honte & toute pudeur; elle ne regarde plus l’Inceste, que comme une femme galante regarde l’Adultère. Si ses besoins ne trouvent pas de promts soulagemens, ils ne se borneront point aux simples accidens d’une passion Utérine, à la Manie, &c. cette malheureuse mourra d’un mal, dont il y a tant de Médecins.

Il ne faut que des yeux pour voir l’Influence nécessaire de l’âge sur la Raison. L’Ame suit les progrès du corps, comme ceux de l’Education. Dans le beau sexe, l’Ame suit encore la délicatesse du tempérament: de là cette tendresse, cette affection, ces sentimens vifs, plutôt fondés sur la passion, que sur la raison; ces préjugés, ces superstitions, dont la forte empreinte peut à peine s’effacer &c. L’Homme, au contraire, dont le cerveau & les nerfs participent de la fermeté de tous les solides, a l’esprit, ainsi que les traits du visage, plus nerveux: l’Education, dont manquent les femmes, ajoute encore de nouveaux degrés de force à son ame. Avec de tels secours de la Nature & de l’art, comment ne seroit-il pas plus reconnoissant, plus généreux, plus constant en amitié, plus ferme dans l’adversité? &c. Mais, suivant à peu près la pensée de l’Auteur des Lettres sur les Physionomies; Qui joint les graces de l’Esprit & du Corps à presque tous les sentimens du cœur les plus tendres & les plus délicats, ne doit point nous envier une double force, qui ne semble avoir été donnée à l’Homme; l’une, que pour se mieux pénétrer des attraits de la beauté; l’autre, que pour mieux servir à ses plaisirs.

Il n’est pas plus nécessaire d’ être aussi grand Physionomiste, que cet Auteur, pour deviner la qualité de l’esprit, par la figure, ou la forme des traits, lorsqu’ils sont marqués jusqu’à un certain point; qu’il ne l’est d’être grand Medecin, pour connoitre un mal accompagné de tous ses symptomes évidens. Examinez les Portraits de Locke, de steele, de Boerhaave, de Maupertuis, &c. vous ne serez point surpris de leur trouver des Physionomies fortes, des yeux d’Aigle. Parcourez-en une infinité d’autres, vous distinguerez toujours le beau du grand Génie, & même souvent l’honnête Homme du Fripon. 2) On a remarqué, par exemple, qu’un Poete célebre réunit (dans son Portrait) l’air d’un Filou, avec le feu de Prométhée.

L’Histoire nous offre un mémorable exemple de la puissance de l’air. Le fameux Duc de Guise étoit si fort convaincu que Henri III. qui l’avoit eu tant de fois en son pouvoir, n’oseroit jamais l’assassiner, qu’il partit pour Blois. Le Chancelier Chiverni apprenant son départ, s’écria: voila an Homme perdu. Lorsque sa fatale prédiction fut justifiée par l’évènement, on lui en demanda la raison. Il y a vingt ans, dit-il, que je connois le Roi; il est naturellement bon & même foible; mais j’ai observé qu’un rien l’impatiente & le met en fureur, lorsqu’il fait froid.

Tel Peuple a l’esprit lourd & stupide; tel autre l’a vif, léger, pénétrant. D’où cela vient-il? si ce n’est en partie, & de la nourriture qu’il prend, & de la semence de ses Pères 3) L’Histoire des Animaux et des Hommes prouve l’Empire de la semence des Pères sur l’Esprit et le corps des Enfans., & de ce Cahos de divers élémens qui nagent dans l’immensité de l’air? L’esprit a comme le corps, ses maladies épidémiques & son scorbut.

Tel est l’empire du Climat, qu’un Homme qui en change, se ressent malgré lui de ce changement. C’est une Plante ambulante, qui s’est elle-même transplantée; si le Climat n’est plus le même, il est juste qu’elle dégénère, ou s’améliore.

On prend tout encore de ceux avec qui l’on vit, leurs gestes, leurs accens &c. comme la paupière se baisse à la menace du coup dont on est prévenu, ou par la même raison que le corps du spectateur imite machinalement, & malgré lui, tous les mouvemens d’un bon Pantomime.

Ce que je viens de dire prouve que la meilleure Compagnie pour un Homme d’esprit, est la sienne, s’il n’en trouve une semblable. L’Esprit se rouïlle avec ceux qui n’en ont point, faute d’être exercé: à la paume, on renvoit mal la bale, à qui la sert mal. J’aimerois mieux un Homme intelligent, qui n’auroit eu aucune éducation, que s’il en eût eu une mauvaise, pourvû qu’il fût encore assez jeune. Un Esprit mal conduit, est un Acteur que la Province a gâté.

Les divers Etats de l’Ame sont donc toujours corrélatifs à ceux du corps. Mais pour mieux démontrer toute cette dépendance, & ses causes, servons-nous ici de l’Anatomie comparée; Ouvrons les entrailles de l’Homme & des Animaux. Le moien de connoître la Nature humaine, si l’on n’est éclairé par une juste parallèle de la structure des uns & des autres!

En général la forme & la composition du cerveau des Quadrupèdes est à peu près la même, que dans l’Homme. Même figure, même disposition partout; avec cette difference essentielle, que l’Homme est de tous les Animaux, celui qui a le plus de cerveau, & le cerveau le plus tortueux, en raison de la masse de son corps: Ensuite le singe, le Castor, l’Eléphant, le Chien, le Renard, le Chat &c. voilà les Animaux qui ressemblent le plus à l’Homme; car on remarque aussi chez eux la même Analogie graduée, par rapport au corps calleux, dans lequel Lancisi avoit établi le siége de l’Ame, avant feu M. de la Peyronie, que cependant a illustré cette opinion par une foule d’expériences.

Après tous les Quadrupèdes, ce sont les Oiseaux qui ont le plus de cerveau. Les Poissons ont la tête grosse; mais elle est vuide de sens, comme celle de bien des Hommes. Ils n’ont point de corps calleux, & fort peu de cerveau, lequel manquent aux Insectes.

Je ne me répandrai point en un plus long détail des variétés de la Nature, ni en conjectures, car les unes & les autres sont infinies; comme on en peut juger, en lisant les seuls Traités de Willis De Cerebro & de Anima Brutorum.

Je concluerai seulement ce qui s’ensuit clairement de ces incontestables Observations, 1º. que plus les Animaux sont farouches, moins ils ont de cerveau; 2º. que ce viscère semble s’agrandir en quelque sorte, à proportion de leur docilité; 3º. qu’il y a ici une singulière condition imposée éternellement par la Nature, qui est que, plus on gagnera du côté de l’Esprit, plus on perdra du côté de l’instinct. Lequel l’emporte de la perte; ou du gain?

Ne croiez pas au reste que je veuille prétendre par là que le seul volume du cerveau suffise pour faire juger du degré de docilité des Animaux; il faut que la qualité réponde encore à la quantité, & que les solides & les fluides soient dans cet équilibre convenable qui fait la santé.

Si l’imbécile ne manque pas de cerveau, comme on le remarque ordinairement, ce viscère péchera par une mauvaise consistance, par trop de molesse, par exemple. Il en est de même des Fous; les vices de leur cerveau ne se dérobent pas toujours à nos recherches; mais si les causes de l’imbécillité, de la folie &c. ne sont pas sensibles, où aller chercher celles de la variété de tous les Esprits? Elles échaperoient aux yeux des Linx & des Argus. Un rien, une petite fibre, quelque chose que la plus subtile Anatomie ne peut découvrir, eût fait deux sots, d’Erasme, & de Fontenelle, qui le remarque lui-même dans un de ses meilleurs Dialogues.

Qutre la molesse de la moëlle du cerveau, dans les Enfans, dans les petits Chiens & dans les Oiseaux, Willis a remarqué que les Corps canelés sont effacés, & comme décolorés, dans tous ces Animaux; & que leurs stries sont aussi imparfaitement formés que dans les Paralytiques. Il ajoute, ce qui est vrai, que l’Homme a la protubérance annulaire fort grosse; & ensuite toujours diminutivement par degrés, le singe & les autres Animaux nommés cidevant, tandis que le Veau, le Bœuf, le Loup, la Brebis, le Cochon, &c. qui ont cette partie d’un très petit volume, ont les Nates & Testes fort gros.

On a beau être discret & réservé sur les conséquences qu’on peut tirer de ces Observations, & de tant d’autres, sur l’espèce d’inconstance des vaisseaux & des nerfs &c.: tant de variétés ne peuvent être des jeux gratuits de la Nature. Elles prouvent du moins la nécessité d’une bonne & abondante organisation, puisque dans tout le Régne Animal l’Ame se raffermissant avec le corps, acquiert de la sagacité, à mesure qu’il prend des forces.

Arrêtons-nous à contempler la différente docilité des Animaux. Sans doute l’Analogie la mieux entendüe conduit l’Esprit à croire que les causes dont nous avons fait mention, produisent toute la diversité qui se trouve entr’eux & nous, quoiqu’il faille avoüer que notre foible entendement, borné aux observations les plus grossières, ne puisse voir les liens qui régnent entre la cause & les effets. C’est une espèce d’harmonie que les Philosophes ne connoîtront jamais.

Parmi les Animaux, les uns apprennent à parler & à chanter; ils retiennent des airs, & prennent tous les tons, aussi exactement qu’un Musicien. Les autres, qui montrent cependant plus d’esprit, tels que le singe, n’en peuvent venir à bout. Pourquoi cela, si ce n’est par un vice des organes de la parole?

Mais ce vice est-il tellement de conformation, qu’on n’y puisse apporter aucun remède? En un mot seroit-il absolument impossible d’apprendre une Langue à cet Animal? Je ne le croi pas.

Je prendrois le grand singe préférablement à tout autre, jusqu’à ce que le hazard nous eût fait découvrir quelqu’autre espèce plus semblable à la nôtre, car rien ne répugne qu’il y en ait dans des Régions qui nous sont inconnües. Cet Animal nous ressemble si fort, que les Naturalistes l’ont apellé Homme sauvage, ou Homme des bois. Je le prendrois aux mêmes conditions des Ecoliers d’Amman; c’est-à-dire, que je voudrois qu’il ne fût ni trop jeune, ni trop vieux; car ceux qu’on nous apporte en Europe, sont communément trop âgés. Je choisirois celui qui auroit la physionomie la plus spirituelle, & qui tiendroit le mieux dans mille petites opérations, ce qu’elle m’auroit promis. Enfin, ne me trouvant pas digne d’être son Gouverneur, je le mettrois à l’Ecole de l’excellent Maître que je viens de nommer, ou d’un autre aussi habile, s’il en est.

Vous savez par le Livre d’Amman, & par tous ceux 4) L’Auteur de l’Histoire naturelle de l’Ame etc. qui ont traduit sa Méthode, tous les prodiges qu’il a sû opérer sur les sourds de naissance, dans les yeux desquels il a, comme il le fait entendre lui-même, trouvé des oreilles, & en combien peu de tems enfin il leur a appris à entendre, parler, lire, & écrire. Je veux que les yeux d’un sourd voient plus clair & soient plus intelligens que s’il ne l’étoit pas, par la raison que la perte d’un membre, ou d’un sens, peut augmenter la force, ou la pénétration d’un autre: mais le singe voit & entend; il comprend ce qu’il entend & ce qu’il voit. Il conçoit si parfaitement les signes qu’on lui fait, qu’à tout autre jeu, ou tout autre exercice, je ne doute point qu’il ne l’emportât sur les disciples d’Amman. Pourquoi donc l’éducation des singes seroit-elle impossible? Pourquoi ne pourroit-il enfin, à force de soins, imiter, à l’exemple des sourds, les mouvemens nécessaires pour prononcer? Je n’ose décider si les organes de la parole du singe ne peuvent, quoi qu’on fasse, rien articuler; mais cette impossibilité absolüe me surprendroit, à cause de la grande Analogie du singe & de l’Homme, & qu’il n’est point d’Animal connu jusqu’à présent, dont le dedans & le dehors lui ressemblent d’une manière si frappante. Mr. Locke, qui certainement n’a jamais été suspect de crédulité, n’a pas fait difficulté de croire l’Histoire que le Chevalier Temple fait dans ses Mémoires, d’un Perroquet, qui répondoit à propos & avoit appris, comme nous, à avoir une espèce de conversation suivie. Je sai qu’on s’est moqué 5) L’Auteur de l’Hist. d’Ame. de ce grand Métaphisicien; mais qui auroit annoncé à l’Univers qu’il y a des générations qui se font sans œufs & sans Femmes, auroit-il trouvé beaucoup de Partisans? Cependant Mr. Trembley en a découvert, qui se font sans accouplement, & par la seule section. Amman n’eût-il pas aussi passé pour un Fou, s’il se fût vanté, avant que d’en faire l’heureuse expérience, d’instruire, & en aussi peu de tems, des Ecoliers, tels que les siens? Cependant ses succès ont étonné l’Univers, & comme l’Auteur de l’Histoire des Polypes, il a passé de plein vol à l’immortalité. Qui doit à son génie les miracles qu’il opère, l’emporte à mon gré, sur qui doit les siens au hazard. Qui a trouvé l’art d’embellir le plus beau des Règnes, & de lui donner des perfections qu’il n’avoit pas, doit être mis au-déssus d’un Faiseur oisif de systèmes frivoles, ou d’un Auteur laborieux de stériles découvertes. Celles d’Amman sont bien d’un autre prix; il a tiré les Hommes, de l’Instinct auquel ils sembloient condamnés; il leur a donné des idées, de l’Esprit, une Ame en un mot, qu’ils n’eussent jamais eüe. Quel plus grand pouvoir!

Ne bornons point les ressources de la Nature; elles sont infinies, surtout aidées d’un grand Art.

La même Mécanique, qui ouvre le Canal d’Eustachi dans les sourds, ne pourroit-elle le déboucher dans les singes? Une heureuse envie d’imiter la prononciation du Maître, ne pourroit-elle mettre en liberté les organes de la parole, dans des Animaux, qui imitent tant d’autres signes, avec tant d’adresse & d’intelligence? Non seulement je défie qu’on me cite aucune expérience vraiment concluante, qui décide mon projet impossible & ridicule; mais la similitude de la structure & des opérations du singe est telle, que je ne doute presque point, si on exerçoit parfaitement cet Animal, qu’on ne vînt enfin à bout de lui apprendre à prononcer, & par conséquent à savoir une langue. Alors ce ne seroit plus ni un Homme sauvage, ni un Homme manqué: ce seroit un Homme parfait, un petit Homme de Ville, avec autant d’étoffe ou de muscles que nous-mêmes, pour penser & profiter de son éducation.

Des Animaux à l’Homme, la transition n’est pas violente; les vrais Philosophes en conviendront. Qu’étoit l’Homme, avant l’invention des Mots & la connoissance des Langues? Un Animal de son espèce, qui avec beaucoup moins d’instinct naturel, que les autres, dont alors il ne se croioit pas Roi, n’étoit distingué du singe & des autres Animaux, que comme le singe l’est lui-même; je veux dire, par une physionomie qui annonçoit plus de discernement. Réduit à la seule connoissance intuitive des Leibnitiens, il ne voioit que des Figures & des Couleurs, sans pouvoir rien distinguer entr’elles; vieux, comme jeune, Enfant à tout âge, il bégaioit ses sensations & ses besoins, comme un chien affamé, ou ennuié du repos, demande à manger, ou à se promener.

Les Mots, les Langues, les Loix, les sciences, les Beaux Arts sont venus; & par eux enfin le Diamant brut de notre esprit a été poli. On a dressé un Homme, comme un Animal; on est devenu Auteur, comme Porte-faix. Un Geomètre a appris à faire les Démonstrations & les Calculs les plus difficiles, comme un singe à ôter, ou mettre son petit chapeau, & à monter sur son chien docile. Tout s’est fait par des signes; chaque espèce a compris ce qu’elle a pu comprendre; & c’est de cette manière que les Hommes ont acquis la connoissance symbolique, ainsi nommée encore par nos Philosophes d’Allemagne.

Rien de si simple, comme on voit, que la Mécanique de notre Education! Tout se réduit à des sons, ou à des mots, qui de la bouche de l’un, passent par l’oreille de l’autre, dans le cerveau, qui reçoit en même tems par les yeux la figure des corps, dont ces mots sont les signes arbitraires.

Mais qui a parlé le premier? Qui a été le premier Précepteur du Genre humain? Qui a inventé les moiens de mettre à profit la docilité de notre organisation? Je n’en sai rien; le nom de ces heureux & premiers Génies a été perdu dans la nuit des tems. Mais l’Art est le fils de la Nature; elle a dû long-tems le précéder.

On doit croire que les Hommes les mieux organisés, ceux pour qui la Nature aura épuisé ses bienfaits, auront instruit les autres. Ils n’auront pû entendre un bruit nouveau, par exemple, éprouver de nouvelles sensations, être frappés de tous ces beaux objets divers qui forment le ravissant spectacle de la Nature, sans se trouver dans le cas de ce sourd de Chartres, dont Fontenelle nous a le premier donné l’Histoire, lorsqu’il entendit pour la première fois à quarante ans le bruit étonnant des cloches.

De là seroit-il absurde de croire que ces premiers Mortels essaièrent, à la manière de ce sourd, ou à celle des Animaux & des Müets (autre Espece d’Animaux), d’exprimer leurs nouveaux sentimens, par des mouvemens dépendans de l’Economie de leur imagination, & conséquemment ensuite par des sons spontanés propres à chaque Animal; expression naturelle de leur surprise, de leur joie, de leurs transports, ou de leurs besoins? Car sans doute ceux que la Nature a doüés d’un sentiment plus exquis, ont eu aussi plus de facilité pour l’exprimer.

Voilà comme je conçois que les Hommes ont emploié leur sentiment, ou leur instinct, pour avoir de l’esprit, & enfin leur esprit, pour avoir des connoissances. Voilà par quels moiens, autant que je peux les saisir, on s’est rempli le cerveau des idées, pour la reception desquelles la Nature l’avoit formé. On s’est aidé l’un par l’autre; & les plus petits commencemens s’agrandissant peu à peu, toutes les choses de l’Univers ont été aussi facilement distinguées, qu’un Cercle.

Comme une corde de Violon, ou une touche de Clavecin, frémit & rend un son, les cordes du cerveau frappées par les raions sonores, ont été excitées à rendre, ou à redire les mots qui les touchoient. Mais comme telle est la construction de ce viscère, que dès qu’une fois les yeux bien formés pour l’Optique, ont reçu la peinture des objets, le cerveau ne peut pas ne pas voir leurs images & leurs différences; de même, lorsque les signes de ces différences ont été marqués, ou gravés dans le cerveau, l’Ame en a nécessairement examiné les rapports; examen qui lui étoit impossible, sans la découverte des signes, ou l’invention des Langues. Dans ces tems, où l’Univers étoit presque müet, l’Ame étoit à l’égard de tous les objets, comme un Homme, qui, sans avoir aucune idée des proportions, regarderoit un tableau, ou une pièce de sculpture; il n’y pourroit rien distinguer; ou comme un petit Enfant (car alors l’Ame étoit dans son Enfance) qui tenant dans sa main un certain nombre de petits brins de paille, ou de bois, les voit en général d’une vüe vague & superficielle, sans pouvoir les compter, ni les distinguer. Mais qu’on mette une espèce de Pavillon, ou d’Etendart à cette pièce de bois, par exemple, qu’on appelle Mât: qu’on en mette un autre à un autre pareil corps; que le premier venu se nombre par le signe I. & le second par le signe, ou chiffre 2; alors cet Enfant pourra les compter, & ainsi de suite il apprendra toute l’Arithmetique. Dès qu’une Figure lui paroîtra égale à une autre par son signe numératif, il conclura sans peine que ce sont deux Corps différens; que 1. & 1. font deux, que 2. & 2. font 4. 6) Il y a encore aujourd’hui des Peuples, qui faute d’un plus grand nombre de Signes, ne peuvent compter que jusqu’à 20. &c.

C’est cette similitude réelle, ou apparente des Figures, qui est la Base fondamentale de toutes les vérités & de toutes nos connoissances, parmi lesquelles il est évident que celles dont les signes sont moins simples & moins sensibles, sont plus difficiles à apprendre que les autres; en ce qu’elles demandent plus de Génie pour embrasser & combiner cette immense quantité de mots, par lesquels les sciences dont je parle expriment les vérités de leur ressort: tandis que les sciences, qui s’annoncent par des chiffres, ou autres petits signes, s’apprennent facilement; & c’est sans doute cette facilité qui a fait la fortune des Calculs Algébriques, plus encore que leur évidence.

Tout ce savoir dont le vent enfle le Balon du cerveau de nos Pédans orgueilleux, n’est donc qu’un vaste amas de Mots & de Figures, qui forment dans la tête toutes les traces, par lesquelles nous distinguons & nous nous rapellons les objets. Toutes nos idées se réveillent, comme un Jardinier qui connoîe les Plantes, se souvient de toutes leurs phrases à leur aspect. Ces Mots & ces Figures qui sont désignées par eux, sont tellement liés ensemble dans le cerveau, qu’il est assez rare qu’on imagine une chose, sans le nom, ou le signe qui lui est attaché.

Je me sers toujours du mot imaginer, parce que je crois que tout s’imagine, & que toutes les parties de l’Ame peuvent être justement réduites à la seule imagination, qui les forme toutes; & qu’ainsi le jugement, le raisonnement, la mémoire ne sont que des parties de l’Ame nullement absolües, mais de véritables modifications de cette espèce de toile médullaire, sur laquelle les objets peints dans l’œil, sont renvoiés, comme d’une Lanterne magique.

Mais si tel est ce merveilleux & incompréhensible résultat de l’Organisation du Cerveau; si tout se conçoit par l’imagination, si tout s’explique par elle; pourquoi diviser le Principe sensitif qui pense dans l’Homme? N’est-ce pas une contradiction manifeste dans les Partisans de la simplicité de l’esprit? Car une chose qu’on divise, ne peut plus être sans absurdité, regardée comme indivisible. Voilà où conduit l’abus des Langues, & l’usage de ces grands Mots, spiritualité, immatérialité &c. placés à tout hasard, sans être entendus, même par des gens d’Esprit.

Rien du plus facile que de prouver un système, fondé comme celui-ci, sur le sentiment intime & l’expérience propre de chaque individu. L’imagination, ou cette partie fantastique du cerveau, dont la nature nous est aussi inconnue, que sa manière d’agir, est-elle naturellement petite, ou foible? Elle aura à peine la force de comparer l’Analogie, ou la ressemblance de ses idées; elle ne pourra voir que ce qui sera vis-à-vis d’elle, ou ce qui l’affectera le plus vivement; & encore de quelle manière! Mais toujours est-il vrai que l’imagination seule aperçoit; que c’est elle qui se représente tous les objets, avec les mots & les figures qui les caractérisent; & qu’ainsi c’est elle encore une fois qui est l’Ame, puisqu’elle en fait tous les Rôles. Par elle, par son pinceau flateur, le froid squélette de la Raison prend des chairs vives & vermeilles; par elle les sciences fleurissent, les Arts s’embellissent, les Bois parlent, les Echos soupirent, les Rochers pleurent, le Marbre respire, tout prend vie parmi les corps inanimés. C’est elle encore qui ajoute à la tendresse d’un cœur amoureux, le piquant attrait de la volupté. Elle la fait germer dans le Cabinet du Philosophe, & du Pédant poudreux; elle forme enfin les savans, comme les Orateurs & les Poëtes. Sotement décriée par les uns, vainement distinguée par les autres, qui tous l’ont mal connüe, elle ne marche pas seulement à la suite des Graces & des beaux Arts, elle ne peint pas seulement la Nature, elle peut aussi la mesurer. Elle raisonne, juge, pénètre, compare, approfondit. Pourroit-elle si bien sentir les beautés des tableaux qui lui sont tracés, sans en découvrir les rapports? Non; comme elle ne peut se replier sur les plaisirs des sens, sans en goûter toute la perfection, ou la volupté, elle ne peut réfléchir sur ce qu’elle a mécaniquement conçû, sans être alors le jugement même.

Plus on exerce l’imagination, ou le plus maigre Génie, plus il prend, pour ainsi dire, d’embonpoint; plus il s’agrandit, devient nerveux, robuste, vaste & capable de penser. La meilleure Organisation a besoin de cet exercice.

L’Organisation est le premier mérite de l’Homme; c’est en vain que tous les Auteurs de Morale ne mettent point au rang des qualités estimables, celles qu’on tient de la Nature, mais seulement les talens qui s’acquièrent à force de réflexions & d’industrie: car d’où nous vient, je vous prie, l’habileté, la science & la vertu, si ce n’est d’une disposition qui nous rend propres à devenir habiles, savans & vertueux? Et d’où nous vient encore cette disposition, si ce n’est de la Nature? Nous n’avons de qualités estimables que par elle; nous lui devons tout ce que nous sommes. Pourquoi donc n’estimerois-je pas autant ceux qui ont des qualités naturelles, que ceux qui brillent par des vertus acquises, & comme d’emprunt? Quel que soit le mérite, de quelque endroit qu’il naisse, il est digne d’estime; il ne s’agit que de savoir la mesurer. L’Esprit, la Beauté, les Richesses, la Noblesse, quoiqu’Enfans du Hazard, ont tous leur prix, comme l’Adresse, le savoir, la Vertu &c. Ceux que la Nature a comblés de ses dons les plus précieux, doivent plaindre ceux à qui ils ont été refusés; mais ils peuvent sentir leur supériorité sans orgueil, & en connoisseurs. Une belle Femme seroit aussi ridicule de se trouver laide, qu’un Homme d’Esprit, de se croire un sot. Une modestie outrée (défaut rare à la vérité) est une sorte d’ingratitude envers la Nature. Une honnête fierté au contraire est la marque d’une Ame belle & grande, que décelent des traits mâles, moulés comme par le sentiment.

Si l’organisation est un mérite, & le premier mérite, & la source de tous les autres, l’instruction est le second. Le cerveau le mieux construit, sans elle, le seroit en pure perte; comme sans l’usage du monde, l’Homme le mieux fait ne seroit qu’un paysan grossier. Mais aussi quel seroit le fruit de la plus excellente Ecole, sans une Matrice parfaitement ouverte à l’entrée, ou à la conception des idées? Il est aussi impossible de donner une seule idée à un Homme, privé de tous les sens, que de faire un Enfant à une Femme, à laquelle la Nature auroit poussé la distraction jusqu’à oublier de faire une Vulve, comme je l’ai vû dans une, qui n’avoit ni Fente, ni Vagin, ni Matrice, & qui pour cette raison fut démariée après dix ans de mariage.

Mais si le cerveau est à la fois bien organisé & bien instruit, c’est une terre féconde parfaitement ensemencée, qui produit le centuple de ce qu’elle a reçu; ou, (pour quitter le stile figuré, souvent nécessaire pour mieux exprimer ce qu’on sent & donner des graces à la Vérité même,) l’imagination élevée par l’art, à la belle & rare dignité de Génie; saisit exactement tous les rapports des idées qu’elle a conçües, embrasse avec facilité une foule étonnante d’objets, pour en tirer enfin une longue chaîne de conséquences, lesquelles ne sont encore que de nouveaux rapports, enfantés par la comparaison des premiers, auxquels l’Ame trouve une parfaite ressemblance. Telle est, selon moi, la génération de l’Esprit. Je dis trouve, comme j’ai donné ci-devant l’Epithète d’Apparente, à la similitude des objets: Non que je pense que nos sens soient toujours trompeurs, comme l’a prétendu le Père Mallebranche, ou que nos yeux naturellement un peu ivres ne voient pas les objets, tels qu’ils sont en eux-mêmes, quoique les Microscopes nous le prouvent tous les jours; mais pour n’avoir aucune dispure avec les Pyrrhoniens, parmi lesquels Bayle s’est distingué.

Je dis de la Vérité en général ce que Mr. de Fontenelle dit de certaines en particulier, qu’il faut la sacrifier aux agrémens de la société. Il est de la douceur de mon caractère, d’obvier à toute dispute, lorsqu’il ne s’agit pas d’aiguiser la conversation. Les Cartésiens viendroient ici vainement à la charge avec leurs idées innées; je ne me donnerois certainement pas le quart de la peine qu’a prise Mr. Locke pour attaquer de telles chimères. Quelle utilité en effet de faire un gros Livre, pour prouver une doctrine qui étoit érigée en axiome, il y a trois mille ans?

Suivant les Principes que nous avons posés & que nous croions vrais, celui qui a le plus d’imagination doit être regardé, comme aiant le plus d’esprit, ou de génie, car tous ces mots sont synonimes; & encore une fois c’est par un abus honteux qu’on croit dire des choses différentes, lorsqu’on ne dit que différens mots ou différens sons, auxquels on n’a attaché aucune idée, ou distinction réelle.

La plus belle, la plus grande, ou la plus forte imagination, est donc la plus propre aux sciences, comme aux Arts. Je ne décide point s’il faut plus d’esprit pour exceller dans l’Art des Aristotes, ou des Descartes, que dans celui des Euripides, ou des sophocles; & si la Nature s’est mise en plus grands frais, pour faire Newton, que pour former Corneille, (ce dont je doute fort;) mais il est certain que c’est la seule imagination diversement appliquée, qui a fait leur différent triomphe & leur gloire immortelle.

Si quelqu’un passe pour avoir peu de jugement, avec beaucoup d’imagination; cela veut dire que l’imagination trop abandonnée à elle-même, presque toujours comme occupée à se regarder dans le miroir de ses sensations, n’a pas assez contracté l’habitude de les examiner elles-mêmes avec attention; plus profondément pénetrée des traces, ou des images, que de leur vérité ou de leur ressemblance.

Il est vrai que telle est la vivacité des ressorts de l’imagination, que si l’attention, cette clé ou mère des sciences, ne s’en mêle, il ne lui est guères permis que de parcourir & d’effleurer les objets.

Voiez cet Oiseau sur la branche, il semble toujours prêt à s’envoler; l’imagination est de même. Toujours emportée par le tourbillon du sang & des Esprits; une onde fait une trace, effacée par celle qui suit; l’Ame court après, souvent en vain: Il faut qu’elle s’attende à regretter ce qu’elle n’a pas assez vîte saisi & fixé: & c’est ainsi que l’imagination, véritable Image du tems, se détruit & se renouvelle sans cesse.

Tel est le cahos & la succession continuelle & rapide de nos idées; elles se chassent, comme un flot pousse l’autre; de sorte que si l’imagination n’emploie, pour ainsi dire, une partie de ses muscles, pour être comme en équilibre sur les cordes du cerveau, pour se soutenir quelque tems sur un objet qui va fuir, & s’empêcher de tomber sur un autre, qu’il n’est pas encore tems de contempler; jamais elle ne sera digne du beau nom de jugement. Elle exprimera vivement ce qu’elle aura senti de même; elle formera les Orateurs, les Musiciens, les Peintres, les Poëtes, & jamais un seul Philosophe. Au contraire si dès l’enfance on acoutume l’imagination à se brider elle-même; à ne point se laisser emporter à sa propre impétuosité, qui ne fait que de brillans Entousiastes; à arrêter, contenir ses idées, à les retourner dans tous les sens, pour voir toutes les faces d’un objet: alors l’imagination prompte à juger, embrassera par le raisonnement, la plus grande sphère d’objets, & sa vivacité, toujours de si bon augure dans les Enfans, & qu’il ne s’agit que de regler par l’étude & l’exercice, ne sera plus qu’une pénétration clairvoiante, sans laquelle on fait peu de progrès dans les sciences.

Tels sont les simples fondemens sur lesquels a été bâti l’édifice de la Logique. La Nature les avoit jettés pour tout le Genre Humain; mais les uns en ont profité, les autres en ont abusé.

Malgré toutes ces prérogatives de l’Homme sur les Animaux, c’est lui faire honneur que de le ranger dans la même classe. Il est vrai que jusqu’à un certain age, il est plus animal qu’eux, parce qu’il apporte moins d’instinct en naissant.

Quel est l’Animal qui mourroit de faim au milieu d’une Rivière de Lait? L’Homme seul. Semblable à ce vieux Enfant dont un Moderne parle d’après Arnobe; il ne connoit ni les alimens qui lui sont propres, ni l’eau qui peut le noyer, ni le feu qui peut le réduire en poudre. Faites briller pour la première fois la lumière d’une bougie aux yeux d’un Enfant, il y portera machinalement le doigt, comme pour savoir quel est le nouveau Phénomène qu’il aperçoit; c’est à ses dépens qu’il en connoîtra le danger, mais il n’y sera pas repris.

Mettez-le encore avec un Animal sur le bord d’un précipice: lui seul y tombera; il se noye, où l’autre se sauve à la nage. A quatorze, ou quinze ans, il entrevoit à peine les grands plaisirs qui l’attendent dans la reproduction de son espèce; déjà adolescent, il ne sait pas trop comment s’y prendre dans un jeu, que la Nature apprend si vite aux Animaux: il se cache, comme s’il étoit honteux d’avoir du plaisir & d’être fait pour être heureux, tandis que les Animaux se font gloire d’être Cyniques. Sans éducation, ils sont sans préjugés. Mais voions encore ce Chien & cet Enfant qui ont tous deux perdu leur Maître dans un grand chemin: l’Enfant pleure, il ne sait à quel saint se voüer; le Chien mieux servi par son odorat, que l’autre par sa raison, l’aura bien-tôt trouvé.

La Nature nous avoit donc faits pour être au-dessous des Animaux, ou du moins pour faire par là même mieux éclater les prodiges de l’Education, qui seule nous tire du niveau & nous élève enfin au-dessus d’eux. Mais accordera-t-on la même distinction aux sourds, aux Aveugles nés, aux Imbéciles, aux Fous, aux Hommes sauvages, ou qui ont été élevés dans les Bois avec les Bêtes; à ceux dont l’affection hypocondriaque a perdu l’imagination, enfin à toutes ces Bêtes à figure humaine, qui ne montrent que l’instinct le plus grossier? Non, tous ces Hommes de corps, & non d’esprit, ne méritent pas une classe particulière.

Nous n’avons pas dessein de nous dissimuler les objections qu’on peut faire en faveur de la distinction primitive de l’Homme & des Animaux, contre notre sentiment. Il y a, dit-on, dans l’Homme une Loi naturelle, une connoissance du bien & du mal, qui n’a pas été gravée dans le cœur des Animaux.

Mais cette Objection, ou plutôt cette assertion est-elle fondée sur l’expérience, sans laquelle un Philosophe peut tout rejetter? En avons-nous quelqu’une qui nous convainque que l’Homme seul a été éclairé d’un raion refusé à tous les autres Animaux? s’il n’y en a point, nous ne pouvons pas plus connoître par elle ce qui se passe dans eux, & même dans les Hommes, que ne pas sentir ce qui affecte l’intérieur de notre Etre. Nous savons que nous pensons, & que nous avons des remords; un sentiment intime ne nous force que trop d’en convenir; mais pour juger des remords d’autrui, ce sentiment qui est dans nous est insuffisant: c’est pourquoi il en faut croire les autres Hommes sur leur parole, ou sur les signes sensibles & extérieurs que nous avons remarqués en nous-mêmes, lorsque nous éprouvions la même conscience & les mêmes tourmens.

Mais pour décider si les Animaux qui ne parlent point, ont reçu la Loi Naturelle, il faut s’en rapporter conséquemment à ces signes dont je viens de parler, supposé qu’ils existent. Les faits semblent le prouver. Le Chien qui a mordu son Maître qui l’agaçoit, a paru s’en repentir le moment suivant; on l’a vû triste, fâché, n’osant se montrer, & s’avouer coupable par un air rampant & humilié. L’Histoire nous offre un exemple célèbre d’un Lion qui ne voulut pas déchirer un Homme abandonné à sa fureur, parce qu’il le reconnut pour son Bienfaicteur. Qu’il seroit à souhaiter que l’Homme même montrât toujours la même reconnoissance pour les Bienfaits, & le même respect pour l’humanité! On n’auroit plus à craindre les Ingrats, ni ces Guerres qui sont le fléau du Genre Humain & les vrais Bourreaux de la Loi Naturelle.

Mais un Etre à qui la Nature a donné un instinct si précoce, si éclairé, qui juge, combine, raisonne & délibère, autant que s’éténd & lui permet la sphère de son activité: un Etre qui s’attache par les Bienfaits, qui se détache par les mauvais traitemens, & va essaier un meilleur Maitre; un Etre d’une structure semblable à la nôtre, qui fait les mêmes opérations, qui a les mêmes passions, les mêmes douleurs, les mêmes plaisirs, plus ou moins vifs, suivant l’empire de l’imagination & la délicatesse des nerfs; un tel Etre enfin ne montre-t-il pas clairement qu’il sent ses torts & les nôtres; qu’il connoit le bien & le mal, & en un mot a conscience de ce qu’il fait? son Ame qui marque comme la nôtre, les mêmes joies, les mêmes mortifications, les mêmes déconcertemens, seroit-elle sans aucune répugnance, à la vue de son semblable déchiré, ou après l’avoir lui-même impitoiablement mis en pièces? Cela posé, le don précieux dont il s’agit, n’auroit point été refusé aux Animaux, car puisqu’ils nous offrent des signes évidens de leur repentir, comme de leur intelligence, qu’y a-t-il d’absurde à penser que des Etres, des Machines presque aussi parfaites que nous, soient comme nous, faites pour penser, & pour sentir la Nature?

Qu’on ne m’objecte point que les Animaux sont pour la plûpart des Etres féroces, qui ne sont pas capables de sentir les maux qu’ils font; car tous les Hommes distinguent-ils mieux les vices & les vertus? Il est dans notre Espèce de la férocité, comme dans la leur. Les Hommes qui sont dans la barbare habitude d’enfreindre la Loi Naturelle, n’en sont pas si tourmentés, que ceux qui la transgressent pour la première fois, & que la force de l’exemple n’a point endurcis. Il en est de même des Animaux, comme des Hommes; Les uns & les autres peuvent être plus ou moins féroces par tempérament, & ils le deviennent encore plus avec ceux qui le sont. Mais un Animal doux, pacifique, qui vit avec d’autres Animaux semblables, & d’alimens doux, sera ennemi du sang & du carnage; il rougira intérieurement de l’avoir versé; avec cette différence peut-être, que comme chez eux tout est immolé aux besoins, aux plaisirs, & aux commodités de la vie, dont ils jouissent plus que nous, leurs remords ne semblent pas devoir être si vifs que les nôtres, parce que nous ne sommes par dans la même nécessité qu’eux. La coutume émousse, & peut-être étouffe les remords, comme les plaisirs.

Mais je veux pour un moment supposer que je me trompe, & qu’il n’est pas justè que presque tout l’Univers ait tort à ce sujet, tandis que j’aurois seul raison; j’accorde que les Animaux, même les plus excellens, ne connoissent pas la distinction du bien & du mal moral, qu’ils n’ont aucune mémoire des attentions qu’on a eües pour eux, du bien qu’on leur a fait, aucun sentiment de leurs propres vertus; que ce Lion, par exemple, dont j’ai parlé après tant d’autres, ne se souvienne pas de n’avoir pas voulu ravir la vie à cet Homme qui fut livré à sa furie, dans un spectacle plus inhumain que tous les Lions, les Tigres & les Ours; tandis que nos Compatriotes se battent, suisses contre suisses, Frères contre Frères, se reconnoissent, s’enchaînent, ou se tuent sans remords, parce qu’un Prince paie leurs meurtres: je suppose enfin que la Loi naturelle n’ait pas été donnée aux Animaux, quelles en seront les conséquences? L’Homme n’est pas pétri d’un Limon plus précieux; la Nature n’a emploié qu’une seule & même pâte, dont elle a seulement varié les levains. Si donc l’Animal ne se repent pas d’avoir violé le sentiment interieur dont je parle, ou plutôt s’il en est absolument privé, il faut nécessairement que l’Homme soit dans le même cas: moiennant quoi adieu la Loi Naturelle, & tous ces beaux Traités qu’on a publiés sur elle! Tout le Régne Animal en seroit généralement dépourvû. Mais réciproquement si l’Homme ne peut se dispenser de convenir qu’il distingue toujours, lorsque la santé le laisse joüir de lui-même, ceux qui ont de la probité, de l’humanité, de la vertu, de ceux qui ne sont ni humains, ni vertueux, ni honnêtes gens; qu’il est facile de distinguer ce qui est vice, ou vertu, par l’unique plaisir, ou la propre répugnance, qui en sont comme les effets naturels, il s’ensuit que les Animaux formés de la même matière, à laquelle il n’a peut-être manqué qu’un degré de fermentation, pour égaler les Hommes en tout, doivent participer aux mêmes prérogatives de l’Animalité, & qu’ainsi il n’est point d’Ame, ou de substance sensitive, sans remords. La Réfléxion suivante va fortifier celles-ci.

On ne peut détruire la Loi Naturelle. L’Empreinte en est si forte dans tous les Animaux, que je ne doute nullement que les plus sauvages & les plus féroces n’aient quelques momens de repentir. Je crois que la Fille sauvage de Châlons en Champagne aura porté la peine de son crime, s’il est vrai qu’elle ait mangé sa sœur. Je pense la même chose de tous ceux qui commettent des crimes, même involontaires, ou de tempérament: de Gaston d’Orléans qui ne pouvoit s’empecher de voler; de certaine femme qui fut sujette au même vice dans la grossesse, & dont ses enfans héritèrent: de celle qui dans le même Etat, mangea son mari; de cette autre qui égorgeoit les enfans, saloit leurs corps, & en mangeoit tous les jours comme du petit salé: de cette fille de Voleur Antropophage, qui la devine à 12 ans, quoiqu’aiant perdu Père & Mère à l’age d’un an, elle eût été élevée par d’honnêtes gens; pour ne rien dire de tant d’autres exemples dont nos observateurs sont remplis; & qui prouvent tous qu’il est mille vices & vertus héréditaires, qui passent des parens aux enfans, comme ceux de la Nourice, à ceux qu’elle allaite. Je dis donc & j’accorde que ces malheureux ne sentent pas pour la plupart sur le champ l’énormité de leur action. La Boulymie, par exemple, ou la faim canine peut éteindre tout sentiment; c’est une manie d’estomac qu’on est forcé de satisfaire. Mais revenües à elles-mêmes, & comme désenivrées, quels remords pour ces femmes qui se rappellent le meurtre qu’elles ont commis dans ce qu’elles avoient de plus cher! quelle punition d’un mal involontaire, auquel elles n’ont pu résister, dont elles n’ont eu aucune conscience! Cependant ce n’est point assez apparemment pour les Juges. Parmi les femmes dont je parle, l’une fut roüée, & brulée, l’autre enterrée vive. Je sens tout ce que demande l’intérêt de la societé. Mais il seroit sans doute à souhaiter qu’il n’y eût pour Juges, que d’excellens Medecins. Eux seuls pourroient distinguer le criminel innocent, du coupable. Si la raison est esclave d’un sens dépravé, ou en fureur, comment peut-elle le gouverner?

Mais si le crime porte avec soi sa propre punition plus ou moins cruelle; si la plus longue & la plus barbare habitude ne peut tout-à-fait arracher le repentir des cœurs les plus inhumains; s’ils sont déchirés par la mémoire même de leurs actions, pourquoi effraier l’imagination des esprits foibles par un Enfer, par des spectres, & des précipices de feu, moins réels encore que ceux de Pascal 7) Dans un cercle, ou à table, il lui falloit toujours un rempart de Chaises, ou quelqu’un dans son voisinage du coté gauche, pour l’empêcher de voir des Abimes épouvantables dans lesquels il craignoit quelquefois de tomber, quelque connoissance qu’il eût de ces illusions. Quel effraiant effet de l’Imagination, ou d’une singulière circulation dans un Lobe du cerveau! Grand Homme d’un coté, il étoit à moitié fou de.l’autre. La folie et la sagesse avoient chacune leur département, ou leur Lobe, séparé par la faux. De quel coté tenoit-il si fort à Mrs. de Port-Roial?? Qu’est-il besoin de recourir à des fables, comme un Pape de bonne foi l’a dit lui- même, pour tourmenter les malheureux mêmes qu’on fait périr, parce qu’on ne les trouve pas assez punis par leur propre conscience, qui est leur premier Bourreau? Ce n’est pas que je veüille dire que tous les criminels soient injustement punis; je prétens seulement que ceux dont la volonté est dépravée, & la conscience éteinte, le sont assez par leurs remords, quand ils reviennent à eux-mêmes; remords, j’ose encore le dire, dont la Nature auroit dû en ce cas, ce me semble, délivrer des malheureux entrainés par une fatale nécessité.

Les Criminels, les Méchans, les Ingrats, ceux enfin que ne sentent pas la Nature, Tyrans malheureux & indignes du jour, ont beau se faire un cruel plaisir de leur Barbarie, il est des momens calmes & de réfléxion, où la Conscience vengeresse s’élève, dépose contr’eux, & les condamne à être presque sans cesse déchirés de ses propres mains. Qui tourmente les Hommes, est tourmenté par lui-même; & les maux qu’il sentira, seront la juste mesure de ceux qu’il aura faits.

D’un autre coté, il y a tant de plaisir à faire du bien, à sentir, à reconnoître celui qu’on reçoit, tant de contentement à pratiquer la vertu, à être doux, humain, tendre, charitable, compatissant & généreux (ce seul mot renferme toutes les vertus), que je tiens pour assez puni, quiconque a le malheur de n’être pas né Vertueux.

Nous n’avons pas originairement été faits pour être savans; c’est peut-être par une espèce d’abus de nos facultés organiques, que nous le sommes devenus; & cela à la charge de l’Etat, qui nourrit une multitude de Fainéans, que la vanité a décorés du nom de Philosophes. La Nature nous a tous créés uniquement pour être heureux; ouï tous, depuis le ver qui rampe, jusqu’à l’Aigle qui se perd dans la Nüe. C’est pourquoi elle a donné à tous les Animaux quelque portion de la Loi naturelle, portion plus ou moins exquise, selon que le comportent les Organes bien conditionnés de chaque Animal.

A présent comment définirons-nous la Loi naturelle? C’est un sentiment, qui nous apprend ce que nous ne devons pas faire, par ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fit. Oserois-je ajouter à cette idée commune, qu’il me semble que ce sentiment n’est qu’une espèce de crainte, ou de fraieur, aussi salutaire à l’espèce, qu’à l’individu; car peut-être ne respectons-nous la bourse & la vie des autres, que pour nous conserver nos Biens, notre honneur & nous-mêmes semblables à ces Ixions du Christianisme, qui n’aiment Dieu & n’embrassent tant de chimériques vertus, que parce qu’ils craignent l’Enfer.

Vous voiez que la Loi naturelle n’est qu’un sentiment intime, qui appartient encore à l’imagination, comme tous les autres, parmi lesquels on compte la pensée. Par conséquent elle ne suppose évidemment ni éducation, ni révélation, ni Légi slateur, à moins qu’on ne veüille la confondre avec les Loix Civiles, à la maniere ridicule des Théologiens.

Les armes du Fanatisme peuvent détruire ceux qui soutiennent ces vérités; mais elles ne détruiront jamais ces vérités mêmes.

Ce n’est pas que je révoque en doute l’existence d’un Etre suprême; il me semble au contraire que le plus grand degré de Probabilité est pour elle: mais comme cette existence ne prouve pas plus la nécessité d’un culte, que tout autre, c’est une vérité théorique, qui n’est guères d’usage dans la Pratique: de sorte que, comme on peut dire d’après tant d’expériences, que la Religion ne suppose pas l’exacte probité, les mêmes raisons autorisent à penser que l’Athéïsme ne l’exclut pas.

Qui sait d’ailleurs si la raison de l’Existence de l’Homme, ne seroit pas dans son existence même? Peut-être a-il-il été jetté au hazard sur un point de la surface de la Terre, sans qu’on puisse savoir ni comment, ni pourquoi; mais seulement qu’il doit vivre & mourir; semblable à ces champignons, qui paroissent d’un jour à l’autre, ou à ces fleurs qui bordent les fossés & couvrent les murailles.

Ne nous perdons point dans l’infini, nous ne sommes pas faits pour en avoir la moindre idée; il nous est absolument impossible de remonter à l’origine des choses. Il est égal d’ailleurs pour notre repos, que la matière soit éternelle, ou qu’elle ait été créée; qu’il y ait un Dieu, ou qu’il n’y en ait pas. Quelle folie de tant se tourmenter pour ce qu’il est impossible de connoître, & ce qui ne nous rendroit pas plus heureux, quand nous en viendrions à bout.

Mais, dit-on, lisez tous les ouvrages des Fénelons, des Nieuwentits, des Abadies, des Derhams, des Raïs &c. Eh bien! que m’apprendront-ils? ou plutôt que m’ont-ils appris? Ce ne sont que d’ennuieuses répétitions d’Ecrivains zélés, dont l’un n’ajoute à l’autre qu’un verbiage, plus propre à fortifier, qu’à saper les fondemens de l’Athéïsme. Le volume des preuves qu’on tire du spectacle de la nature, ne leur donne pas plus de force. La structure seule d’un doigt, d’une oreille, d’un œil, une observation de Malpighi, prouve tout, & sans doute beaucoup mieux que Descartes & Mallebranche; ou tout le reste ne prouve rien. Les Déïstes & les Chrétiens mêmes devroient donc se contenter de faire observer que dans tout le Régne Animal, les mêmes vües sont exécutées par une infinité de divers moiens, tous cependant exactement géométriques. Car de quelles plus fortes Armes pourroit-on terrasser les Athées? Il est vrai que si ma raison ne me trompe pas, l’Homme & tout l’Univers semblent avoir été destinés à cette unité de vües. Le soleil, l’Air, l’Eau, l’Organisation, la forme des corps, tout est arrangé dans l’œil, comme dans un miroir qui présente fidèlement à l’imagination les objets qui y sont peints, suivant les loix qu’exige cette infinie variété de corps qui servent à la vision. Dans l’oreille, nous trouvons partout une diversité frappante, sans que cette diverse fabrique de l’Homme, des Animaux, des Oiseaux, des Poissons, produise differens usages. Toutes les oreilles sont si mathématiquement faites, qu’elles tendent également au seul & même but, qui est d’entendre. Le Hazard, demande le Déïste, seroitil donc assez grand Géometre, pour varier ainsi à son gré les ouvrages dont on le suppose Auteur, sans que tant de diversité pût l’empêcher d’atteindre le même fin. Il objecte encore ces parties evidemment contenües dans l’Animal pour de futurs usages; le Papillon dans la Chenille; l’Homme dans le Ver spermatique; un Polype entier dans chacune de ses parties; la valvule du trou ovale, le Poumon dans le fetus; les dens dans leurs Alvéoles; les os dans les fluides, qui s’en détachent & se durcissent d’une manière incompréhensible. Et comme les Partisans de ce système, loin de rien négliger pour le faire valoir, ne se lassent jamais d’accumuler preuves sur preuves, ils veulent profiter de tout, & de la foiblesse même de l’Esprit en certains cas. Voiez, disent-ils, les spinosa, les Vanini, les Desbarreaux, les Boindin, Apôtres qui font plus d’honneur, que de tort au Déïsme! La durée de la santé de ces derniers a été la mesure de leur incrédulité: & il est rare en effet, ajoutent-ils, qu’on n’abjure pas l’Athéïsme, dès que les passions se sont affoiblies avec le corps qui en est l’instrument.

Voilà certainement tout ce qu’on peut dire de plus favorable à l’existence d’un Dieu, quoique le dernier argument soit frivole, en ce que ces conversions sont courtes, l’Esprit reprenant presque toujours ses anciennes opinions, & se conduisant en conséquence, dès qu’il a recouvré, ou plutôt retrouvé ses forces dans celles du corps. En voilà du moins beaucoup plus que n’en dit le Medecin Diderot, dans ses Pensées Philosophiques, sublime ouvrage qui ne convaincra pas un Athée. Que répondre en effet à un Homme qui dit: « Nous ne connoissons point la Nature: Des causes cachées dans son sein pourroient avoir tout produit. Voiez à votre tour le Polype de Trembley! Ne contient-il pas en soi les causes qui donnent lieu à sa régénération? Quelle absurdité y auroit-il donc à penser qu’il est des causes physiques pour lesquelles tout a été fait, & auxquelles toute la chaine de ce vaste Univers est si nécessairement liée & assujetie, que rien de ce qui arrive, ne pouvoit ne pas arriver; des causes dont l’ignorance absolument invincible nous a fait recourir à un Dieu, qui n’est pas même un Etre de Raison, suivant certains? Ainsi détruire le Hazard, ce n’est pas prouver l’existence d’un Etre suprême, puisqu’il peut y avoir autre chose qui ne seroit ni Hazard, ni Dieu; je veux dire la Nature, dont l’étude par conséquent ne peut faire que des incrédules; comme le prouve la façon de penser de tous ses plus heureux scrutateurs. »

Le poids de l’Univers n’ébranle donc pas un véritable Athée, loin de l’écraser; & tous ces indices mille & mille fois rebattus d’un Créateur, indices qu’on met fort au-dessus de la façon de penser dans nos semblables, ne sont évidens, quelque loin qu’on pousse cet argument, que pour les Anti-pirrhoniens, ou pour ceux qui ont assés de confiance dans leur raison, pour croire pouvoir juger sur certaines apparences, auxquelles, comme vous voiez, les Athées peuvent en opposer d’autres peut-être aussi fortes, & absolument contraires. Car si nous écoutons encore les Naturalistes; ils nous diront que les mêmes causes qui, dans les mains d’un Chimiste, & par le Hazard de divers mêlanges, ont fait le premier miroir, dans celles de la Nature ont fait l’eau pure, qui en sert à la simple Bergère: que le mouvement qui conserve le monde, a pu le créer; que chaque corps a pris la place que sa Nature lui a assignée; que l’air a dû entourer la terre, par la même raison que le Fer & les autres Métaux sont l’ouvrage de ses entrailles; que le soleil est une production aussi naturelle, que celle de l’Electricité; qu’il n’a pas plus été fait pour échaufer la Terre, & tous ses Habitans qu’il brule quelquefois, que la pluie pour faire pousser les grains, qu’elle gâte souvent; que le miroir & l’eau n’ont pas plus été faits pour qu’on pût s’y regarder, que tous les corps polis qui ont la même propriété: que l’œil est à la vérité une espèce de Trumeau dans lequel l’Ame peut contempler l’image des objets, tels qu’ils lui sont representés par ces corps; mais qu’il n’est pas démontré que cet organe ait été réellement fair exprès pour cette contemplation, ni exprès placé dans l’orbite: qu’enfin il se pourroit bien faire que Lucrèce, le Medecin Lamy, & tous les Epicuriens anciens & modernes, eussent raison, lorsqu’ils avancent que l’œil ne voit que par ce qu’il se trouve organisé, & placé comme il l’est; que, posées une fois les mêmes régles de mouvement que suit la Nature dans la génération & le dévelopement des corps, il n’étoit pas possible que ce merveilleux organe fût organisé & placé autrement.

Tel est le pour & le contre, & l’abrégé des grandes raisons qui partageront éternellement les Philosophes: je ne prens aucun parti.

Non nostrum inter vos tantas componere lites.

C’est ce que je disois à un François de mes amis, aussi franc Pirrhonien que moi, Homme de beaucoup de mérite, & digne d’un meilleur sort. Il me fit à ce sujet une réponse fort singulière. Il est vrai, me dit-il, que le pour & le contre ne doit point inquiéter l’Ame d’un Philosophe, qui voit que rien n’est démontré avec assez de clarté pour forcer son consentement, & même que les idées indicatives qui s’offrent d’un coté, sont aussitôt détruites par celles qui se montrent de l’autre. Cependant, reprit-il, l’Univers ne sera jamais heureux, à moins qu’il ne soit Athée. Voici quelles étoient les raisons de cet abominable Homme. Si l’Athéïsme, disoit-il, étoit généralement répandu, toutes les branches de la Religion seroient alors détruites & coupées par la racine. Plus de guerres théologiques; plus de soldats de Religion; soldats terribles! la Nature infectée d’un poison sacré, reprendroit ses droits & sa pureté. Sourds à toute autre voix, les Mortels tranquilles ne suivroient que les conseils spontanés de leur propre individu; les seuls qu’on ne méprise point impunément, & qui peuvent seuls nous conduire au bonheur par les agréables sentiers de la vertu.

Telle est la Loi Naturelle; quiconque en est rigide observateur, est honnête Homme, & mérite la confiance de tout le genre humain. Quiconque ne la suit pas scrupuleusement, a beau affecter les specieux dehors d’une autre Religion , c’est un fourbe, ou un Hippocrite dont je me défie.

Après cela qu’un vain Peuple pense différemment; qu’il ose affirmer qu’il y va de la probité même, à ne pas croire la Révélation; qu’il faut en un mot une autre Religion, que celle de la Nature, quelle qu’elle soit! quelle misere! quelle pitié ! & la bonne opinion que chacun nous donne de celle qu’il a embrassée! Nous ne briguons point ici le suffrage du vulgaire. Qui dresse dans son cœur des Autels à la superstition, est né pour adorer les Idoles, & non pour sentir la Vertu.

Mais puisque toutes les facultés de l’Ame dépendent tellement de la propre Organisation du Cerveau & de tout le Corps, qu’elles ne sont visiblement que cette Organisation même; voilà une Machine bien éclairée! Car enfin quand l’Homme seul auroit reçu en partage la Loi Naturelle, en seroit-il moins une Machine? Des Roües, quelques ressorts de plus que dans les Animaux les plus parfaits, le cerveau proportionnellement plus proche du cœur, & recevant aussi plus de sang, la même raison donnée; que sais-je enfin? des causes inconnües, produiroient toujours cette conscience délicate, si facile à blesser, ces remords qui ne sont pas plus étrangers à la matière, que la pensée, & en un mot toute la différence qu’on suppose ici. L’organisation suffiroit-elle donc à tout? Oüi, encore une fois. Puisque le pensée se développe visiblement avec les organes, pourquoi la matière dont ils sont faits, ne seroit-elle pas aussi susceptible de remords, quand une fois elle a acquis avec le tems la faculté de sentir?

L’Ame n’est donc qu’un vain terme dont on n’a point d’idée, & dont un bon Esprit ne doit se servir que pour nommer la partie qui pense en nous. Posé le moindre principe de mouvement, les corps animés auront tout ce qu’il leur faut pour se mouvoir, sentir, penser, se repentir, & se conduire en un mot dans le Physique, & dans le Moral qui en dépend.

Nous ne supposons rien; ceux qui croiroient que toutes les difficultés ne seroient pas encore levées, vont trouver des expériences, qui acheveront de les satisfaire.

1. Toutes les chairs des Animaux palpitent après la mort, d’autant plus longtems, que l’Animal est plus froid & transpire moins. Les Tortües, les Lézards, les serpens &c. en font foi.

2. Les muscles séparés du corps, se retirent, lorsqu’on les pique.

3. Les entrailles conservent longtems leur mouvement péristaltique, ou vermiculaire.

4. Une simple injection d’eau chaude ranime le cœur & les muscles, suivant Cowper.

5. Le cœur de la Grenoüille, surtout exposé au soleil, encore mieux sur une table, ou une assiette chaude, se remüe pendant une heure & plus, après avoir été arraché du corps. Le mouvement semble-t-il perdu sans ressource? Il n’y a qu’à piquer le cœur, & ce muscle creux bat encore. Harvey a fait la même observation sur les Crapaux.

6. Le Chancelier Bacon, Auteur du premier ordre, parle, dans son Histoire de la vie & de la mort, d’un homme convaincu de trahison qu’on ouvrit vivant, pour en arracher le cœur & le jetter au feu: ce muscle sauta d’abord à la hauteur perpendiculaire d’un pié & demi; mais ensuite perdant ses forces, à chaque reprise, toujours moins haut, pendant 7 ou 8 minut es.

7. Prenez un petit Poulet encore dans l’œuf; arrachez-lui le cœur; vous observerez les mêmes Phénomenes, avec à peu près les mêmes circonstances. La seule chaleur de l’haleine ranime un Animal prêt à périr dans la Machine Pneumatique.

Les mêmes Expériences que nous devons à Boyle & à Sténon, se font dans les Pigeons, dans les Chiens, dans les Lapins, dont les morceaux de cœur se remüent, comme les Cœurs entiers. On voit le même mouvement dans les pattes de Taupe arrachées.

8. La Chenille, les Vers, l’Araignée, la Mouche, l’Anguille, offrent les mêmes choses à considerer; & le mouvement des parties coupées augmente dans l’eau chaude, à cause du feu qu’elle contient.

9. Un soldat yvre emporta d’un coup de sabre la tête d’un Coq d’Inde. Cet Animal resta debout, ensuite il marcha, courut; venant à rencontrer une muraille, il se tourna, battit des ailes, en continuant de courir, & tomba enfin. Etendu par terre, tous les muscles de ce Coq se remuoient encore. Vo ilà ce que j’ai vu, & il est facile de voir à peu près ces phénomènes dans les petits chats, ou chiens, dont on a coupé la tête.

10. Les Polypes font plus que de se mouvoir, après la section; ils se reproduisent dans huit jours en autant d’Animaux, qu’il y a de parties coupées. J’en suis fâché pour le système des Naturalistes sur la génération, ou plutôt j’en suis bien aise; car que cette découverte nous apprend bien à ne jamais rien conclure de géneral, même de toutes les Expériences connües, & les plus décisives!

Voilà beaucoup plus de faits qu’il n’en faut, pour prouver d’une manière incontestable que chaque petite fibre, ou partie des corps organisés, se meut par un principe qui lui est propre, & dont l’action ne dépend point des nerfs, comme les mouvemens volontaires; puisque les mouvemens en question s’exercent, sans que les parties qui les manifestent, aient aucun commerce avec la circulation. Or si cette force se fait remarquer jusques dans des morceaux de fibres, le cœur, qui est un composé de fibres singulière ment entrelacées, doit avoir la même proprieté. L’Histoire de Bacon n’étoit pas nécessaire pour me le persuader. Il m’étoit facile d’en juger, & par la parfaite Analogie de la structure du Cœur de l’Homme & des Animaux; & par la masse même du premier, dans laquelle ce mouvement ne se cache aux yeux, que parce qu’il y est étouffé, & enfin parce que tout est froid & affaissé dans les cadavres. Si les dissections se faisoient sur des Criminels suppliciés, dont les corps sont encore chauds, on verroit dans leur cœur les mêmes mouvemens, qu’on observe dans les muscles du visage des gens décapités.

Tel est ce principe moteur des Corps entiers, ou des parties coupées en morceaux, qu’il produit des mouvemens non déreglés, comme on l’a cru, mais très réguliers, & cela, tant dans les Animaux chauds & parfaits, que dans ceux qui sont froids & imparfaits. Il ne reste donc aucune ressource à nos Adversaires, si ce n’est de nier mille & mille faits que chacun peut facilement vérifier.

Si on me demande à présent quel est le siége de cette force innée dans nos corps; je répons qu’elle réside très clairement dans ce que les Anciens ont appellé Parenchyme; c’est-à-dire dans la substance propre des parties, abstraction faite des Veines, des Artères, des Nerfs, en un mot de l’Organisation de tout le corps; & que par conséquent chaque partie contient en soi des ressorts plus ou moins vifs, selon le besoin qu’elles en avoient.

Entrons dans quelque détail de ces ressorts de la Machine humaine. Tous les mouvemens vitaux, animaux, naturels, & automatiques se font par leur action. N’est-ce pas machinalement que le corps se retire, frappé de terreur à l’aspece d’un précipice inattendu? que les paupières se baissent à la menace d’un coup, comme on l’a dit? que la Pupille s’érrécit au grand jour pour conserver la Rétine, & s’élargit pour voir les objets dans l’obscurité? N’est-ce pas machinalement que les pores de la peau se ferment en Hyver, pour que le froid ne pénètre pas l’intérieur des vaisseaux? que l’estomac se soulève, irrité par le poison, par une certaine quantité d’Opium, par tous les Emétiques &c.? que le Cœur, les Artères, les Muscles se contractent pendant le sommeil, comme pendant la veille? que le Poumon fait l’office d’un souflet continuellement exercé? N’est-ce pas machinalement qu’agissent tous les sphincters de la Vessie, du Rectum &c.? que le Cœur a une contraction plus forte que tout autre muscle? que les muscles érecteurs font dresser La Verge dans l’Homme, comme dans les Animaux qui s’en battent le ventre; & même dans l’enfant, capable d’érection, pour peu que cette partie soit irritée? Ce qui prouve, pour le dire en passant, qu’il est un ressort singulier dans ce membre, encore peu connu, & qui produit des effets qu’on n’a point encore bien expliqués, malgré toutes les lumières de l’Anatomie.

Je ne m’étendrai pas davantage sur tous ces petits ressorts subalternes connus de tout le monde. Mais il en est un autre plus subtil, & plus merveilleux, qui les anime tous; il est la source de tous nos sentimens, de tous nos plaisirs, de toutes nos passions, de toutes nos pensées; car le cerveau a ses muscles pour penser, comme les jambes pour marcher. Je veux parler de ce principe incitant, & impétueux, qu’Hippocrate appelle enormwn (l’Ame). Ce principe existe, & il a son siége dans le cerveau à l’origine des nerfs, par lesquels il exerce son empire sur tout le reste du corps. Par là s’explique tout ce qui peut s’expliquer, jusqu’aux effets surprenans des maladies de l’Imagination.

Mais pour ne pas languir dans une richesse & une fécondité mal entendüe, il faut se borner à un petit nombre de questions & de réfléxions.

Pourquoi la vüe, ou la simple idée d’une belle femme nous cause-t-elle des mouvemens & des désirs singuliers? Ce qui se passe alors dans certains organes, vient-il de la nature même de ces organes? Point du tout; mais du commerce & de l’espèce de sympathie de ces muscles avec l’imagination. Il n’y a ici qu’un premier ressort excité par le beneplacitum des Anciens, ou par l’image de la beauté, qui en excite un autre, lequel étoit fort assoupi, quand l’imagination l’a éveillé: & comment cela, si ce n’est par le désordre & le tumulte du sang & des esprits, qui galopent avec une promptitude extraordinaire, & vont gonfler les corps caverneux?

Puisqu’il est des communications évidentes entre la Mère & l’Enfant 8), & qu’il est dur de nier des faits rapportés par Tulpins, & par d’autres Ecrivains aussi dignes de foi (il n’y en a point qui le soient plus), nous croirons que c’est par la même voit que le fœtus ressent l’impétuosité de l’imagination maternelle, comme une cire molle reçoit toutes sortes d’impressions; & que les mêmes traces, on Envies de la Mère, peuvent s’imprimer sur le fœtus, sans que cela puisse se comprendre, quoi qu’en disent Blondel & tous ses adhérens. Ainsi nous faisons réparation d’honneur au P. Malebranche, beaucoup trop raillé de sa crédulité par des Auteurs qui n’ont point observé d’assez près la Nature, & ont voulu l’assujettir à leurs idées.

Voiez le Portraie de ce fameux Pope, le Voltaire des Anglois. Les Efforts, les Nerfs de son Génie sont peints sur sa Physionomie; Elle est toute en convulsion; ses yeux sortent de l’Orbite, ses sourcils s’élèvent avec les muscles du Front. Pourquoi? C’est que l’origine des Nerfs est en travail, & que tout le corps doit se ressentir d’une espèce d’accouchement aussi laborieux. S’il n’y avoit une corde interne qui tirât ainsi celles du dehors, d’où viendroient tous ces phénomènes? Admettre une Ame, pour les expliquer, c’est être réduit à l’Operation du st. Esprit.

En effet si ce qui pense en mon Cerveau, n’est pas une partie de ce Viscère, & conséquemment de tout le Corps, pourquoi lorsque tranquille dans mon lit je forme le plan d’un Ouvrage, ou que je poursuis un raisonnement abstrait, pourquoi mon sang s’échaufe-t-il? Pourquoi la fièvre de mon Esprit passe-t-elle dans mes Veines? Demandez-le aux Hommes d’Imagination, aux grands Poëtes, à ceux qu’un sentiment bien rendu ravit, qu’un goût exquis, que les charmes de la Nature, de la Vérité, ou de la Vertu, transportent! Par leur Entousiasme, par ce qu’ils vous diront avoir éprouvé, vous jugerez de la cause par les effets: par cette Harmonie, que Borelli, qu’un seul Anatomiste a mieux connüe que tous les Leibnitiens, vous connoitrez l’Unité matérielle de l’Homme. Car enfin si la tension des nerfs qui fait la douleur, cause la fièvre, par laquelle l’Esprit est troublé, & n’a plus de volonté; & que réciproquement l’Esprit trop exercé trouble le corps, & allume ce feu de consomption qui a enlevé Bayle dans un âge si peu avancé; si telle titillation me fait vouloir, me force de désirer ardemment ce dont je ne me souciois nullement le moment d’auparavant; si à leur tour certaines traces du Cerveau excitent le même prurit & les mêmes désirs, pourquoi faire double, qui n’est évidemment qu’un? C’est en vain qu’on se récrie sur l’empire de la Volonté. Pour un ordre qu’elle donne, elle subit cent fois le joug. Et quelle merveille que le corps obéisse dans l’état sain, puisqu’un torrent de sang & d’esprits vient l’y forcer; la volonté aiant pour Ministres une légion invisible de fluides plus vifs que l’Eclair, & toujours prêts à la servir! Mais comme c’est par les Nerfs que son pouvoir s’exerce, c’est aussi par eux qu’il est arrêté. La meilleure volonté d’un Amant épuisé, les plus violens désirs lui rendront-ils sa vigueur perdüe? Hélas! non; & elle en sera la première punie, parce que, posées certaines circonstances, il n’est pas dans sa puissance de ne pas vouloir du plaisir. Ce que j’ai dit de la Paralysie &c. revient ici.

La Jaunisse vous surprend! Ne savez-vous pas que la couleur des corps dépend de celle des verres au travers desquels on les regarde! Ignorez-vous que telle est la teinte des humeurs, telle est celle des objets, au moins par rapport à nous, vains joüets de mille illusions. Mais ôtez cette teinte de l’humeur aqueuse de l’œil; faites couler la Bile par son tamis naturel; alors l’Ame aiant d’autres yeux, ne verra plus jaune. N’est-ce pas encore ainsi qu’en abattant la Cataracte, ou en injectant le Canal d’Eustachi, on rend la Vüe aux Aveugles, & l’Ouïe aux sourds? Combien de gens qui n’étoient peut-être que d’habiles Charlatans dans des siècles ignorans, on passé pour faire de grands Miracles! La belle Ame & la puissante Volonté qui ne peut agir, qu’autant que les dispositions du corps le lui permettent, & dont les goûts changent avec l’âge & la fièvre! Faut-il donc s’étonner si les Philosophes ont toujours eu en vüe la santé du corps, pour conserver celle de l’Ame? si Pythagore a aussi soigneusement ordonné la Diète, que Platon a défendu le vin? Le Régime qui convient au corps, est toujours celui par lequel les Medecins sensés prétendent qu’on doit préluder, lorsqu’il s’agit de former l’Esprit, de l’élever à la connoissance de la vérité & de la vertu, vains sons dans le désordre des Maladies & le tumulte des sens! sans les Préceptes de l’Hygiène, Epictète, socrate, Platon &c. prêchent en vain: toute morale est infructueuse, pour qui n’a pas la sobriété en partage; c’est la source de toutes les Vertus, comme l’Intempérance est celle de tous les Vices.

En faut-il davantage, (& pourquoi irois-je me perdre dans l’Histoire des passions, qui toutes s’expliquent par l’enormwn d’Hippocrate,) pour prouver que l’Homme n’est qu’un Animal, ou un Assemblage de ressorts, qui tous se montent les uns par les autres, sans qu’on puisse dire par quel point du cercle humain la Nature a commencé? si ces ressorts diffèrent entr’eux, ce n’est donc que par leur siége, & par quelques degrés de force, & jamais par leur Nature; & par consequent l’Ame n’est qu’un principe de mouvement, ou une Partie matérielle sensible du Cerveau, qu’on peut, sans craindre l’erreur, regarder comme un ressort principal de toute la Machine, qui a une influence visible sur tous les autres, & même paroit avoir été fait le premier; en sorte que tous les autres n’en seroient qu’une émanation, comme on le verra par quelques Observations que je rapporterai, & qui ont été faites sur divers Embryons.

Cette oscillation naturelle, ou propre à notre Machine, & dont est douée chaque fibre, &, pour ainsi dire, chaque Elément fibreux, semblable à celle d’une Pendule, ne peut toujours s’exercer. Il faut la renouveller, à mesure qu’elle se perd; lui donner des forces, quand elle languit; l’affoiblir, lorsqu’elle est opprimée par un excès de force & de vigueur. C’est en cela seul que la vraie Médecine consiste.

Le corps n’est qu’une horloge, dont le nouveau chyle est l’horloger. Le premier soin de la Nature, quand il entre dans le sang, c’est d’y exciter une sorte de fièvre, que les Chymistes qui ne rêvent que fourneaux, ont dû prendre pour une fermentation. Cette fièvre procure une plus grande filtration d’esprits, qui machinalement vont animer les Muscles & le Cœur, comme s’ils y étoient envoiés par ordre de la Volonté.

Ce sont donc les causes ou les forces de la vie, qui entretiennent ainsi durant 100 ans le mouvement perpetuel des solides & des fluides, aussi nécessaire aux uns qu’aux autres. Mais qui peut dire si les solides contribuent à ce jeu, plus que les fluides, & vice versa? Tout ce qu’on sait, c’est que l’action des premiers seroit bientôt anéantie, sans le secours des seconds. Ce sont les liqueurs qui par leur choc éveillent & conservent l’élasticité des vaisseaux, de laquelle dépend leur propre circulation. De-là vient qu’après la mort, le ressort naturel de chaque substance est plus ou moins fort encore, suivant les restes de la vie, auxquels il survit, pour expirer le dernier. Tant il est vrai que cette force des parties animales peut bien se conserver & s’augmenter par celle de la Circulation, mais qu’elle n’en dépend point, puisqu’elle se passe même de l’intégrité de chaque Membre, ou Viscère, comme on l’a vû!

Je n’ignore pas que cette opinion n’a pas été goutée de tous les savans, & que staahl sur-tout l’a fort dédaignée. Ce grand Chymiste a voulu nous persuader que l’Ame étoit la seule cause de tous nos mouvemens. Mais c’est parler en Fanatique, & non en Philosophe.

Pour détruire l’hypothèse staahlienne, il ne faut pas faire tant d’efforts que je vois qu’on en a faits avant moi. Il n’y a qu’à jetter les yeux sur un joüeur de violon. Quelle souplesse! Quelle agilité dans les doigts! Les mouvemens sont si prompts, qu’il ne paroît presque pas y avoir de succession. Or je prie, ou plutôt je défie les staahliens de me dire, eux qui connoissent si bien tout ce que peut notre Ame, comment il seroit possible qu’elle exécutât si vite tant de mouvemens, des mouvemens qui se passent si loin d’elle, & en tant d’endroits divers. C’est supposer un joüeur de flûte qui pourroit faire de brillantes cadences sur une infinité de trous qu’il ne connoitroit pas, & auxquels il ne pourroit seulement pas appliquer le doigt.

Mais disons avec Mr. Hecquet qu’il n’est pas permis à tout le Monde d’aller à Corinthe. Ee pourquoi staahl n’auroit-il pas été encore plus favorisé de la Nature en qualité d’Homme, qu’en qualité de Chymiste & de Praticien? Il falloit (l’heureux Mortel!) qu’il eût reçu une autre Ame que le reste des Hommes; une Ame souveraine, qui non contente d’avoir quelque empire sur les muscles volontaires, tenoit sans peine les rênes de tous les mouvemens du Corps, pouvoit les suspendre, les calmer, ou les exciter à son gré! Avec une Maitresse aussi despotique, dans les mains de laquelle étoient en quelque sorte les battemens du Cœur & les loix de la Circulation, point de fièvre sans doute; point de douleur; point de langueur; ni honteuse impuissance, ni facheux Priapisme. L’Ame veut, & les ressorts joüent, se dressent, ou se débandent. Comment ceux de la Machine de staahl se sont-ils si tôt détraqués? Qui a chez soi un si grand Medecin, devroit être immortel.

Staahl au reste n’est pas le seul qui ait rejetté le principe d’Oscillation des corps organisés. De plus grands esprits ne l’ont pas emploié, lorsqu’ils ont voulu expliquer l’action du Cœur, l’Erection du Penis &c. Il n’y a qu’à lire les Institutions de Medecine de Boerhaave, pour voir quels laborieux & séduisans systêmes, faute d’admettre une force aussi frappante dans le cœur, ce grand Homme a été obligé d’enfanter à la sueur de son puissant génie.

Willis & Perrault, Esprits d’une plus foible trempe, mais Observateurs assidus de la Nature, (que le fameux Professeur de Leyde n’a guères connüe que par autrui, & n’a eüe, presque que de la seconde main,) paroissent avoir mieux aimé supposer une Ame généralement répandüe par tout le corps, que le principe dont nous parlons. Mais dans cette Hypothèse qui fut celle de Virgile, & de tous les Epicuriens, Hypothèse que l’histoire du Polype sembleroit favoriser à la premiere vüe, les mouvemens qui survivent au sujet dans lequel ils sont inhérens, viennent d’un reste d’Ame, que conservent encore les parties qui se contractent, sans être désormais irritées par le sang & les esprits. D’où l’on voit que ces Ecrivains, dont les ouvrages solides éclipsent aisément toutes les fables Philosophiques, ne se sont trompés que sur le modèle de ceux qui ont donné à la matière la faculté de penser, je veux dire, pour s’être mal exprimés, en termes obscurs, & qui ne signifient rien. En effet, qu’est-ce que ce reste d’Ame, si ce n’est la force motrice des Leibnitiens, mal rendüe par une telle expression, & que cependant Perrault sur-tout a véritablement entrevüe. V. Son Traité de la Mécanique des Animaux.

A présent qu’il est clairement démontré contre les Cartésiens, les staahliens, les Mallebranchistes, & les Théologiens peu dignes d’être ici placés, que la matière se meut par elle-même, non seulement lorsqu’elle est organisée, comme dans un Cœur entier, par exemple, mais lors même que cette organisation est détruite; la curiosité de l’Homme voudroit savoir comment un Corps, par cela même qu’il est originairement doué d’un soufle de Vie, se trouve en conséquence orné de la faculté de sentir, & enfin par celle-ci de la Pensée. Et pour en venir à bout, ô bon Dieu, quels efforts n’ont pas faits certains Philosophes! Et quel galimathias j’ai eu la patience de lire à ce sujet!

Tout ce que l’Expérience nous apprend, c’est que tant que le mouvement subsiste, si petit qu’il soit, dans une ou plusieurs fibres; il n’y a qu’á les piquer, pour réveiller, animer ce mouvement presque éteint, comme on l’a vû dans cette foule d’Expériences dont j’ai voulu accabler les systèmes. Il est donc constant que le mouvement & le sentiment l’excitent tour à tour, & dans les Corps entiers, & dans les mêmes Corps, dont la structure est détruite, pour ne rien dire ce certaines Plantes qui semblent nous offrir les mêmes phénomènes de la réunion du sentiment & du mouvement.

Mais de plus, combien d’excellens Philosophes ont démontré que la pensée n’est qu’une faculté de sentir; & que l’Ame raisonnable, n’est que l’Ame sensitive appliquée à contempler les idées, & à raisonner! Ce qui seroit prouvé par cela seul que, lorsque le sentiment est éteint, la pensée l’est aussi, comme dans l’Apoplexie, la Léthargie, la Catalepsie &c. Car ceux qui ont avancé que l’Ame n’avoit pas moins pensé dans les maladies soporeuses, quoiqu’elle ne se souvînt pas des idées qu’elle avoit eües, ont soutenu une chose ridicule.

Pour ce qui est de ce dévelopement, c’est une folie de perdre le tems à en rechercher le mécanisme. La Nature du mouvement nous est aussi inconnüe que celle de la matière. Le moien de découvrir comment il s’y produit, à moins que de ressusciter avec l’Auteur de l’Histoire de l’Ame l’ancienne & inintelligible Doctrine des formes substantielles! Je suis donc tout aussi consolé d’ignorer comment la Matière, d’inerte & simple, devient active & composée d’organes, que de ne pouvoir regarder le soleil sans verre rouge. Et je suis d’aussi bonne composition sur les autres Merveilles incompréhensibles de la Nature, sur la production du sentiment & de la Pensée dans un Etre qui ne paroissoit autrefois à nos yeux bornés qu’un peu de boüe.

Qu’on m’accorde seulement que la Matière organisée est douée d’un principe moteur, qui seul la différencie de celle qui ne l’est pas (eh! peut-on rien refuser à l’Observation la plus incontestable?) & que tout dépend dans les Animaux de la diversité de cette Organisation, comme je l’ai assez prouvé; c’en est assez pour deviner l’Enigme des substances & celle de l’Homme. On voit qu’il n’y en a qu’une dans l’Univers, & que l’Homme est la plus parfaite. Il est au singe, aux Animaux les plus spirituels, ce que la Pendule Planétaire de Huygens, est à une Montre de Julien le Roi. S’il a fallu plus d’instrumens, plus de Roüages, plus de ressorts pour marquer les mouvemens des Planètes, que pour marquer les Heures, ou les répéter; s’il a fallu plus d’art à Vaucanson pour faire son Fluteur, que pour son Canard, il eût dû en emploier encore davantage pour faire un Parleur; Machine qui ne peut plus être regardée comme impossible, surtout entre les mains d’un nouveau Prométhée. Il étoit donc de même nécessaire que la Nature emploiât plus d’art & d’appareil pour faire & entretenir une Machine, qui pendant un siècle entier pût marquer tous les battemens du cœur & de l’esprit; car si on n’en voit pas au pouls les heures, c’est du moins le Baromètre de la chaleur & de la vivacité, par laquelle on peut juger de la nature de l’Ame. Je ne me trompe point; le corps humain est une horloge, mais immense, & construite avec tant d’artifice & d’habilité, que si la roüe qui sert à marquer les secondes, vient à s’arrêter; celle des minutes tourne & va toujours son train; comme la roüe des Quarts continüe de se mouvoir: & ainsi des autres, quand les premieres, roüillées, ou dérangées par quelque cause que ce soit, ont interrompu leur marche. Car n’est-ce pas ainsi que l’obstruction de quelques Vaisseaux ne suffie pas pour détruire, ou suspendre le fort des mouvemens, qui est dans le cœur, comme dans la pièce ouvrière de la Machine; puisqu’au contraire les fluides dont le volume est diminué, aiant moins de chemin à faire, le parcourent d’autant plus vîte, emportés comme par un nouveau courant, que la force du cœur s’augmente, en raison de la résistance qu’il trouve à l’extrémité des vaisseaux! Lorsque le nerf optique seul comprimé ne laisse plus passer l’image des Objets, n’est-ce pas ainsi que la privation de la Vüe n’empêche pas plus l’usage de l’Oüie, que la privation de ce sens, lorsque les fonctions de la Portion Molle sont interdites, ne suppose celle de l’autre? N’est-ce pas ainsi encore que l’un entend, sans pouvoir dire qu’il entend, (si ce n’est après l’attaque du mal,) & que l’autre qui n’entend rien, mais dont les nerfs linguaux sont libres dans le cerveau, dit machinalement tous les rêves qui lui passent par la tête? Phénomènes qui ne surprennent point les Medecins éclairés. Ils savent à quoi s’en tenir sur la Nature de l’Homme: & pour le dire en passant, de deux Medecins, le meilleur, celui qui mérité le plus de confiance, c’est toujours, à mon avis, celui qui est le plus versé dans la Physique, ou la Mécanique du corps humain, & qui laissant l’Ame, & toutes les inquiétudes que cette chimère donne aux sots & aux ignorans, n’est occupé sérieusement que du pur Naturalisme.

Laissons donc le prétendu Mr. Charp se mocquer des Philosophes qui ont regardé les Animaux, comme des Machines. Que je pense differemment! Je crois que Descartes seroit un Homme respectable à tous égards, si né dans un siècle qu’il n’eût pas dû éclairer, il eût connu le prix de l’Expérience & de l’Observation, & le danger de s’en écarter. Mais il n’est pas moins juste que je fasse ici une autentique réparation à ce grand Homme, pour tous ces petits Philosophes, mauvais plaisans, & mauvais singes de Locke, qui au lieu de rire impudemment au nés de Descartes, feroient mieux de sentir que sans lui le champ de la Philosophie, comme celui du bon Esprit sans Newton, seroit peut-être encore en friche.

Il est vrai que ce célèbre Philosophe s’est beaucoup trompé, & personne n’en disconvient. Mais enfin il a connu la Nature Animale; il a le premier parfaitement démontré que les Animaux étoient de pures Machines. Or après une découverte de cette importance, & qui suppose autant de sagacité, le moien sans ingratitude, de ne pas faire grace à toutes ses erreurs!

Elles sont à mes yeux toutes réparées par ce grand aveu. Car enfin, quoi qu’il chante sur la distinction des deux substances; il est visible que ce n’est qu’un tour d’adresse, une ruse de stile, pour faire avaler aux Théologiens un poison caché à l’ombre d’une Analogie qui frappe tout le Monde, & qu’eux seuls ne voient pas. Car c’est elle, c’est cette forte Analogie, qui force tous les savans & les vrais juges d’avouër que ces êtres fiers & vains, plus distingués par leur orgueil, que par le nom d’Hommes, quelque envie qu’ils aient de s’élever, ne sont au fond que des Animaux, & des Machines perpendiculairement rampantes. Elles ont toutes ce merveilleux Instinct, dont l’Education fait de l’Esprit, & qui a toujours son siége dans le Cerveau, & à son défaut, comme lorsqu’il manque, ou est ossifié, dans la Moëlle allongée, & jamais dans le Cervelet; car je l’ai vu considerablement blessé; d’autres 9) l’ont trouvé schirreux, sans que l’Ame cessât de faire ses fonctions.

Etre Machine, sentir, penser savoir distinguer le bien du mal, comme le bleu du jaune, en un mot être né avec de l’Intelligence, & un Instinct sûr de Morale, & n’être qu’un Animal, sont donc des choses qui ne sont pas plus contradictoires, qu’être un singe, ou un Perroquet, & savoir se donner du plaisir. Car puisque l’occasion se présente de le dire, qui eût jamais deviné à priori, qu’une goute de la liqueur qui se lance dans l’accouplement, fît ressentir des plaisirs divins, & qu’il en naîtroit une petite créature, qui pourroit un jour, posées certaines loix, joüir des mêmes délices? Je crois la pensée si peu incompatible avec la matière organisée, qu’elle semble en être une propriété, telle que l’Electricité, la Faculté motrice, l’Impénétrabilité, l’Etendüe, &c.

Voulez-vous de nouvelles observations? En voici qui sont sans réplique, & qui prouvent toutes que l’Homme ressemble parfaitement aux Animaux dans son origine, comme dans tout ce que nous avons déjà cru essentiel de comparer.

J’en appelle à la bonne foi de nos Observateurs. Qu’ils nous disent s’il n’est pas vrai que l’Homme dans son Principe n’est qu’un Ver, qui devient Homme, comme la Chenille, Papillon. Les plus graves 10) Auteurs nous ont appris comment il faut s’y prendre pour voir cet Animalcule. Tous les Curieux l’ont vû, comme Hartsœker, dans la semence de l’Homme, & non dans celle de la Femme; il n’y a que les sots qui s’en soient fait scrupule. Comme chaque goute de sperme contient une infinité de ces petits vers, lorsqu’ils sont lancés à l’Ovaire, il n’y a que le plus adroit, ou le plus vigoureux qui ait la force de s’insinüer & de s’implanter dans l’œuf que fournit la femme, & qui lui donne sa première nourriture. Cet œuf, quelquefois surpris dans les Trompes de Fallope, est porté par ces canaux à la Matrice, où il prend racine, comme un grain de blé dans la terre. Mais quoiqu’il y devienne monstrueux par sa croissance de 9 mois, il ne diffère point des œufs des autres femelles, si ce n’est que sa peau (l’Amnios) ne se durcit jamais, & se dilate prodigieusement, comme on en peut juger, en comparant le fœtus trouvé en situation & prêt d’éclore, (ce que j’ai eu le plaisir d’observer dans une femme, morte un moment avant l’Accouchement,) avec d’autres petits Embryons très proches de leur origine: car alors c’est toujours l’œuf dans sa Coque, & l’Animal dans l’œuf, qui gêné dans ses mouvemens, cherche machinalement à voir le jour; & pour y réüssir, il commence par rompre avec la tête cette membrane, d’où il sort, comme le Poulet, l’Oiseau &c. de la leur. J’ajouterai une observation que je ne trouve nulle part; c’est que l’Amnios n’en est pas plus mince, pour s’être prodigieusement étendu; semblable en cela à la Matrice, dont la substance même se gonfle de sucs infiltrés, indépendamment de la réplétion & du déploiement de tous ses Coudes Vasculeux.

Voions l’Homme dans & hors de sa Coque; examinons avec un Microscope les plus jeunes Embryons, de 4, de 6, de 8 ou de 15 jours; après ce tems les yeux suffisent. Que voit-on? La tête seule; un petit œuf rond avec deux points noirs qui marquent les yeux. Avant ce tems, tout étant plus informe, on n’aperçoit qu’une pulpe médullaire, qui est le Cerveau, dans lequel se forme d’abord l’origine des Nerfs, ou le principe du sentiment, & le cœur qui a déjà par lui-même dans cette pulpe la faculté de battre: c’est le Punctum saliens de Malpighi, qui doit peut-être déjà une partie de sa vivacité à l’influence des nerfs. Ensuite peu-à-peu on voit la Tête allonger le Col, qui en se dilatant forme d’abord le Thorax, où le cœur à déjà descendu, pour s’y fixer; après quoi vient le bas ventre, qu’une cloison (le diafragme) sépare.

Ces dilatations donnent l’une, les bras, les mains, les doigts, les ongles, & les poils; l’autre les cuisses, les jambes, les pieds &c. avec la seule différence de situation qu’on leur connoit, qui fait l’appui & le balancier du corps. C’est une Végétation frappante. Ici ce sont des cheveux qui couvrent le sommet de nos têtes; là ce sont des feuilles & des fleurs. Par-tout brille le même Luxe de la Nature; & enfin l’Esprit Recteur des Plantes est placé, où nous avons notre ame, cette autre Quintessence de l’Homme.

Telle est l’Uniformité de la Nature qu’on commence à sentir, & l’Analogie du régne Animal & Végétal, de l’Homme à la Plante. Peut-être même y a-t-il des Plantes Animales, c’est-à-dire, qui en végétant, ou se battent comme les Polypes, ou font d’autres fonctions propres aux Animaux?

Voilà à peu près tout ce qu’on sait de la génération. Que les parties qui s’attirent, qui sont faites pour s’unir ensemble, & pour occuper telle, ou telle place, se réünissent toutes suivant leur Nature; & qu’ainsi se forment les yeux, le cœur, l’estomac, & enfin tout le corps, comme de grands Hommes l’ont écrit, cela est possible. Mais comme l’expérience nous abandonne au milieu de ces subtilités, je ne supposerai rien, regardant tout ce qui ne frappe pas mes sens, comme un mystère impénétrable. Il est si rare que les deux semences se rencontrent dans le Congrés, que je serois tenté de croire que la semence de la femme est inutile à la génération.

Mais comment en expliquer les phénomènes, sans ce commode rapport de parties, qui rend si bien raison des ressemblances des enfans, tantôt au Père, & tantôt à la Mère? D’un autre coté l’embarras d’une explication doit-elle contrebalancer un fait? Il me paroît que c’est le Mâle qui fait tout, dans une femme qui dort, comme dans la plus lubrique. L’arrangement des parties seroit donc fait de toute éternité dans le germe; ou dans le Ver même de l’Homme. Mais tout ceci est fort au-dessus de la portée des plus excellens Observateurs. Comme ils n’y peuvent rien saisir, ils ne peuvent pas plus juger de la mécanique de la formation & du dévelopement des Corps, qu’une Taupe, du chemin qu’un Cerf peut parcourir.

Nous sommes de vraies Taupes dans le champ de la Nature; nous n’y faisons guères que le trajet de cet Animal; & c’est notre orgueil qui donne des bornes à ce qui n’en a point. Nous sommes dans le cas d’une Montre qui diroit: (un Fabuliste en feroit un Personnage de conséquence dans un Ouvrage frivole;) « quoi! c’est ce sot ouvrier qui m’a faite, moi qui divise le tems! moi qui marque si exactement le cours du soleil; moi qui répète à haute voix les heures que j’indique! Non, cela ne se peut pas. » Nous dédaignons de même, Ingrats que nous sommes, cette mère commune de tous les Règnes, comme parlent les Chymistes. Nous imaginons, ou plutôt supposons, une cause supérieure à celle à qui nous devons tout, & qui a véritablement tout fait d’une manière inconcevable. Non, la matière n’a rien de vil, qu’aux yeux grossiers qui la méconnoissent dans ses plus brillans Ouvrages; & la Nature n’est point une Ouvrière bornée. Elle produit des millions d’Hommes avec plus de facilité & de plaisir, qu’un Horloger n’a de peine à faire la montre la plus composée. Sa puissance éclate également, & dans la production du plus vil Insecte, & dans celle de l’Homme le plus superbe; le régne Animal ne lui coute pas plus que le Végétal, ni le plus beau Génie, qu’un Epi de blé. Jugeons donc par ce que nous voions, de ce qui se dérobe à la curiosité de nos yeux & de nos recherches, & n’imaginons rien au delà. Suivons le singe, le Castor, l’Eléphant &c. dans leurs Operations. S’il est évident qu’elles ne peuvent se faire sans intelligence, pourquoi la refuser à ces Animaux? & si vous leur accordez une Ame, Fanatiques, vous êtes perdus; vous aurez beau dire que vous ne décidez point sur sa Nature, tandis que vous lui ôtez l’immortalité; qui ne voit que c’est une assertion gratuite? Que ne voit qu’elle doit être, ou mortelle, ou immortelle, comme la nôtre, dont elle doit subir le même sort, quel qu’il soit; & qu’ainsi c’est tomber dans scilla, pour vouloir éviter Caribde?

Brisez la chaîne de vos préjugés; armez-vous du flambeau de l’Expérience, & vous ferez à la Nature l’Honneur qu’elle mérite; au lieu de rien conclure à son désavantage, de l’ignorance, où elle vous a laissés. Ouvrez les yeux seulement, & laissez là ce que vous ne pouvez comprendre; & vous verrez que ce Laboureur dont l’Esprit & les lumières ne s’étendent pas plus loin que les bords de son sillon, ne diffère point essentiellement du plus grand Génie, comme l’eût prouvé la dissection des cerveaux de Descartes & de Newton: vous serez persuadé que l’imbécille, ou le stupide, sont des Bêtes à figure Humaine, comme le singe plein d’Esprit, est un petit Homme sous une autre forme; & qu’enfin tout dépendant absolument de la diversité de l’organisation, un Animal bien construit, à qui on a appris l’Astronomie, peut prédire une Eclipse, comme la guérison, ou la mort, lorsqu’il a porté quelque tems du génie & de bons yeux à l’Ecole d’Hippocrate & au lit des Malades. C’est par cette file d’observations & de vérités qu’on parvient à lier à la matière l’admirable proprieté de penser, sans qu’on en puisse voir les liens, parce que le sujet de cet attribut nous est essentiellement inconnu.

Ne disons point que toute Machine, ou tout Animal, périt tout-à-fait, ou prend une autre forme, après la mort; car nous n’en savons absolument rien. Mais assurer qu’une Machine immortelle est une chimère, ou un être de raison, c’est faire un raisonnement aussi absurde, que celui que feroient des Chenilles, qui volant les dépouïlles de leurs semblables, déploreroient amèrement le sort de leur espèce qui leur sembleroit s’anéantir. L’Ame de ces Insectes, (car chaque Animal a la sién-ne,) est trop bornée pour comprendre les Métamorphoses de la Nature. Jamais un seul des plus rusés d’entr’eux n’eût imaginé qu’il dût devenir Papillon. Il en est de même de nous. Que savons-nous plus de notre destinée, que de notre origine? soumettons-nous donc à une ignorance invincible, de laquelle notre bonheur dépend.

Qui pensera ainsi, sera sage, juste, tranquille sur son sort, & par conséquent heureux. Il attendra la mort, sans la craindre, ni la désirer; & chérissant la vie, comprenant à peine comment le dégoût vient corrompre un cœur dans ce lieu plein de délices; plein de respect pour la Nature; plein de reconnoissance, d’attachement, & de tendresse, à proportion du sentiment, & des bienfaits qu’il en a reçus, heureux enfin de la sentir, & d’être au charmant spectacle de l’Univers, il ne la détruira certainement jamais dans soi, ni dans les autres. Que dis-je! plein d’humanité, il en aimera le caractère jusques dans ses ennemis. Jugez comme il traitera les autres. Il plaindra les vicieux, sans les haïr; ce ne seront à ses yeux que des Hommes contrefaits. Mais en faisant grace aux défauts de la conformation de l’Esprit & du corps, il n’en admirera pas moins leurs beautés, & leurs vertus. Ceux que la Nature aura favorisés, lui paroitront mérirer plus d’égards, que ceux qu’elle aura traités en Marâtre. C’est ainsi qu’on a vû que les dons naturels, la source de tout ce qui s’acquiert, trouvent dans la bouche & le cœur du Matérialiste, des hommages que tout autre leur refuse injustement. Enfin le Matérialiste convaincu, quoi que murmure sa propre vanité, qu’il n’est qu’une Machine, ou qu’un Animal, ne maltraitera point ses semblables ; trop instruit sur la Nature de ces actions, dont l’inhumanité est toujours proportionnée au degré d’Analogie prouvée ci-devant ; & ne voulant pas en un mot, suivant la Loi Naturelle donnée à tous les Animaux, faire à autrui, ce qu’il ne voudroit pas qu’on lui fit.

Concluons donc hardiment que l’Homme est une Machine ; & qu’il n’y a dans tout l’Univers qu’une seule substance diversement modifiée. Ce n’est point ici une Hypothese élevée à force de demandes & de suppositions : ce n’est point l’ouvrage du Préjugé, ni même de ma Raison seule ; j’eusse dédaigné un Guide que je crois si peu sûr, si mes sens portant, pour ainsi dire, le flambeau, ne m’eussent engagé à la suivre, en l’éclairant. L’Expérience m’a donc parlé pour la Raison ; c’est ainsi que je les ai jointes ensemble.

Mais on a dû voir que je ne me suis permis le raisonnement le plus rigoureux & le plus immédiatement tiré, qu’à la suite d’une multitude d’Observations Physiques qu’aucun savant ne contestera ; & c’est encore eux seuls que je reconnois pour Juges des conséquences que j’en tire ; recusant ici tout Homme à préjugés, & qui n’est ni Anatomiste, ni au fait de la seule Philosophie qui est ici de mise, celle du corps humain. Que pourroient contre un Chêne aussi ferme & solide, ces foibles Roseaux de la Théologie, de la Métaphysique & des Écoles ; Armes puériles, semblables aux fleurets de nos salles, qui peuvent bien donner le plaisir de l’Escrime, mais jamais entamer son Adversaire. Faut-il dire que je parle de ces idées creuses & triviales, de ces raisonnemens rebattus & pitoiables, qu’on fera sur la prétendue incompatibilité de deux substances, qui se touchent & se remüent sans cesse l’une & l’autre, tant qu’il restera l’ombre du préjugé, ou de la superstition sur la Terre ? Voilà mon systême, ou plutôt la Vérité, si je ne me trompe fort. Elle est courte & simple. Dispute à présent qui voudra !

Leiden: Elie Luzac fils, 1748.

Der Weise begnügt sich nicht mit dem Studium der Natur und der Wahrheit; – er wagt es auch, letztere auszusprechen um der kleinen Zahl von Menschen willen, welche denken wollen und können, ohne Rücksicht auf die große Menge der Sklaven des Vorurtheils, welche ebenso wenig an sie heranzureichen vermögen, als es den Fröschen zu fliegen vergönnt ist.

Die philosophischen Systeme über die Seele des Menschen lassen sich auf das ältere System des Materialismus und das System des Spiritualismus zurückführen.

Die Metaphysiker, welche der Materie die Befähigung zu denken beizulegen genöthigt gewesen sind, haben sich nichts Unvernünftiges zu Schulden kommen lassen. Warum? Weil sie in dem Vortheile sich befinden (denn ein Vortheil ist es in diesem Falle) sich blos falsch ausgedrückt zu haben. In der That, wenn man fragt, ob die Materie denken kann, ohne sie von einem anderen Gesichtspunkte als dem der ihr innewohnenden Eigenschaften zu betrachten, – so könnte man eben so gut fragen ob die Materie es ist, welche die Stunden zu bezeichnen vermag. Man sieht im Voraus, daß wir jene Klippe vermeiden werden, an welcher Locke zu scheitern das Unglück gehabt hat.

Die Leibnitzianer, mit ihren Monaden, haben eine unverständliche Hypothese aufgestellt. Sie haben die Materie eher vergeistigt, als aus der Seele etwas Materielles gemacht. Wie kann man auch etwas definiren wollen, von dessen Natur man absolut keine Wissenschaft hat?

Descartes und alle Cartesianer, zu denen man seit lange auch die Malebranchisten zählt, haben denselben Fehler gemacht. Sie haben zwei genau zu unterscheidende Substanzen in dem Menschen angenommen, als ob sie solche gesehen und richtig gezählt hätten.

Die Klügsten haben gemeint, daß die Seele einzig und allein mit der Fackel des Glaubens erkannt werden könne; jedoch als vernünftige Wesen haben sie das Recht der Prüfung sieh darüber vorbehalten zu können geglaubt, was die heilige Schrift mit dem Worte „Geist“ hat sagen wollen, welches sie gebraucht, wenn sie von der menschlichen Seele redet. Sie sind freilich bei ihren Untersuchungen mit den Theologen nicht zu gleicher Meinung über diesen Punkt gelangt; – aber sind denn die Theologen unter sich von größerer Einigkeit über alle die anderen Punkte?

Ich will kurz das Resultat aller ihrer Erwägungen andeuten:

Wenn es einen Gott giebt, so ist er der Urheber der Natur wie der Offenbarung. Er hat uns die eine gegeben, um die andere damit zu erklären, und es ist Aufgabe der uns außerdem verliehenen Vernunft, Natur und Offenbarung mit einander in Einklang zu bringen.

Es hieße die Natur und die Offenbarung für zwei sich zerstörende Gegensätze halten, wollte man den aus beseelten Körpern zu schöpfenden Erkenntnissen nicht trauen. Man kann doch nicht die abgeschmackte Behauptung wagen, daß Gott in seinen verschiedenen Werken sich widerspricht und uns betrügt.

Wenn es eine Offenbarung giebt, kann diese also die Natur nicht verwerfen. Durch die Natur allein kann man den Sinn der Worte des Evangeliums, dessen wahrhafte Ansiegerin allein die Erfahrung ist, enträthseln. In der That haben die anderen Commentatoren bis dahin die Wahrheit nur verwirrt. Wir wollen hierüber durch den Autor des „Schauspiels der Natur“ uns gleich ein Urtheil bilden: „Es ist erstaunlich“, sagt er (über Locke), „daß ein Mensch, welcher von der Seele die herabwürdigende Meinung hat, daß sie aus Koth bestehe, die Vernunft zum Richter und unumschränkten Ausleger der Mysterien des Glaubens einzusetzen wagt; denn welche wunderbare Vorstellung müßte man vom Christenthum haben, wenn man der Vernunft über dasselbe Gehör geben wollte?“ Abgesehen davon, daß diese Erwägungen in Bezug auf den Glauben keine Aufhellung gewähren, bilden sie so frivole Einwendungen gegen die Methode derjenigen, welche die heiligen Bücher glauben auslegen zu können, daß ich mich beinahe schäme mit ihrer Widerlegung die Zeit zu verlieren.

Als erstes hängt das Hervorragende der Vernunft nicht von einem großen sinnlosen Worte ab (ihrer Unkörperlichkeit nehmlich), sondern von ihrer Gewalt, ihrer Ausdehnung oder ihrer Scharfsichtigkeit. Wenn demnach eine Seele aus Koth augenblicklich alle die Beziehungen und den Zusammenhang einer unendlichen Menge schwer erfaßbarer Gedanken zu begreifen vermag, so würde sie augenscheinlich einer thörichten und dummen Seele, wäre diese auch aus den köstlichsten Stoffen gemacht, vorzuziehen sein. Das macht noch keinen Philosophen, mit Plinius über das Erbärmliche unseres Ursprungs zu erröthen. Das, was hier gering erscheint, ist gar sehr kostbar; – scheint doch die Natur darauf ihre größte Kunst und die meisten Apparate verwendet zu haben. Aber wie der Mensch, selbst wenn sein Ursprung aus einer dem Anscheine nach noch trüberen Quelle herzuleiten wäre, nichtsdestoweniger das vollkommenste aller Wesen sein würde – gleich viel, woher seine Seele käme, so ist eine Seele, welche rein, edel und erhaben ist, als schöne Seele zu bezeichnen, als eine Seele, welche denjenigen achtungswerth macht, der mit ihr ausgestattet.

Die zweite Folgerungsweise von Pluche scheint mir schon im System fehlerhaft, welches dem Fanatismus sehr nahe kommt; denn wenn wir uns in die Vorstellung eines Glaubens hineindenken können, welcher mit den klarsten Principien, mit den unwiderleglichsten Wahrheiten in Widerspruch steht, – so müssen wir zur Ehre der Offenbarung und ihres Urhebers glauben, daß diese Vorstellung falsch ist und daß wir noch nicht den Sinn der Worte des Evangeliums kennen.

Von zwei Dingen ist nur das eine möglich; entweder Alles ist Täuschung, sowohl die Natur selbst, als auch die Offenbarung, oder es kann nur die Erfahrung über den Glauben Auskunft ertheilen. Aber was giebt es Lächerlicheres als die Meinung unseres Autors? Mir däucht, daß ich einen Peripatetiker höre, welcher sagt: „Man darf an die Erfahrung von Toricelli nicht glauben; denn wenn wir an sie glauben, wenn wir den Abscheu vor der Leere im Raume ablegen wollten, welche wunderbare Philosophie müßten wir dann haben?“

Ich habe gezeigt, wie falsch Pluche urtheilt, Er sündigt augenscheinlich durch eine Petitio principii. um zunächst zu beweisen, daß, wenn es eine Offenbarung giebt, sie nicht hinlänglich durch die bloße kirchliche Autorität und ohne Prüfung der Vernunft dargethan ist, wie alle diejenigen behaupten, welche letztere fürchten; – dann aber auch, um die Methode derjenigen vor aller Anfechtung zu sichern, welche den Weg, den ich ihnen, vorzeichne, betreten möchten, nehmlich die Auslegung übernatürlicher, an sich unbegreiflicher Dinge an die Einsicht, welche Jedem von der Natur verliehen ist, zu knüpfen.

Die Erfahrung und die Beobachtung müssen in dieser Beziehung uns hier allein zu Führern dienen. Diese sind in unzähliger Menge in den Jahrbüchern der Ärzte zu finden, welche Philosophen gewesen sind, und nicht etwa bei den Philosophen, welche nicht zugleich Ärzte gewesen sind. Jene haben das Labyrinth des Menschen durchwandert und aufgeklärt; sie allein haben uns jene Triebfedern enthüllt, welche unter Bedeckungen, die unseren Augen soviel Wunder entziehen, verborgen sind; jene allein, in ruhige Betrachtung unserer Seele versenkt, haben sie sowohl in ihrer Erbärmlichkeit, als in ihrer Größe tausendmal überrascht ohne sie in dem einen dieser Zustände mehr zu verachten, als in dem anderen zu bewundern. Noch einmal, die Naturforscher allein sind es, welche ein Recht haben, hier mitzusprechen. Was sollten uns die Anderen sagen und besonders die Theologen? Ist es nicht lächerlich, sie ohne Scheu über einen Gegenstand entscheiden zu hören, welchen sie nicht in der Lage gewesen sind kennen zu lernen? Sie waren ja im Gegentheil gänzlich von trüben Studien, die sie zu tausend Vorurtheilen hingeleitet haben, abgelenkt, sie waren, um Alles mit einem Worte auszudrücken, dem Fanatismus anheimgefallen, welcher ihrer Unwissenheit in Betreff des körperlichen Mechanismus noch außerdem Vorschub leistet. Aber obschon wir die besten Führer gewählt haben, werden wir noch viel Dornen und Widerwärtigkeiten in dieser Laufbahn finden.

Der Mensch ist eine Maschine, welche so zusammengesetzt ist, daß es unmöglich ist, sich zunächst von ihr eine deutliche Vorstellung zu machen und folglich sie zu definiren. Deßhalb sind alle Untersuchungen theoretischer Natur, welche die größten Philosophen angestellt haben, das heißt, indem sie gewissermaaßen auf den Flügeln des Geistes vorzugehen versuchten, vergeblich gewesen. Also kann man nur practisch, oder durch einen Versuch der Zergliederung der Seele, nach Art der Aufklärung über die körperlichen Organe, ich will nicht sagen mit Sicherheit die Natur des Menschen enträthseln, aber doch wenigstens den möglichst höchsten Grad von Wahrscheinlichkeit über diesen Gegenstand erreichen.

Ergreifen wir also den leitenden Stab der Erfahrung und lassen wir die Geschichte aller eitlen Ansichten der Philosophen unberührt auf sich beruhen. Wenn man blind ist und doch glaubt, man könne sich ohne diesen Stab begehen, so ist das der höchste Grad der Verbendung. Wie sehr Recht hat doch ein Neuerer, der da sagt, daß nur die Eitelkeit allein aus den folgenden Ursachen nicht denselben Nutzen zieht als aus den ersten!

Man kann und man muß alle jene schönen Geister selbst in ihren nutzlosesten Arbeiten bewundern, Descartes, Malebranche, Leibnitz, Wolf etc., aber welchen Vortheil hat man aus ihren tiefen Gedanken und aus allen ihren Werken zu ziehen vermocht? Beginnen wir also und sehen wir uns an, nicht das, was man gedacht hat, sondern das, was man um der Ruhe des Lebens willen denken muß.

Soviel Temperamente es giebt, ebenso viele verschiedene Geister, Charaktere und Sitten kann man aufzählen. Galenus sogar hat diese Wahrheit gekannt, welche Descartes und nicht Hippokrates, wie der Verfasser der Geschichte der Seele meint, soweit getrieben hat, daß er die Medicin allein für fähig hält, die Geister und die Sitten mit dem Körper verändern zu können. Wahr ist es, daß das melancholische, das cholerische, das phlegmatische und sanguinische Temperament je nach der Beschaffenheit, dem Reichtum und der verschiedenen Anordnung der Säfte aus jedem Menschen einen verschiedenen machen. Während der Krankheiten verdunkelt sich entweder die Seele und zeigt kein Zeichen ihres Daseins, in einem anderen Falle möchte man meinen, daß sie verdoppelt sei, so heftig wird sie im Zustande der Wuth erregt; in einem noch anderen Falle verliert sich der Schwachsinn und die Wiedergenesung gestaltet aus einem Blödsinnigen einen vernünftigen Menschen.

Endlich aber kann der schönste Geist verdummen und ist nicht wieder zu erkennen; denn dahin sind die mit so großem Aufwand, mit so vieler Mühe erlangten schönen Kenntnisse! Hier ist ein Gelähmter, welcher fragt, ob sein Bein in seinem Bette sei. Dort ist ein Soldat, welcher sich im Besitze des Armes wähnt, welchen man ihm abgeschnitten hat. Das Andenken an seine gewohnten Empfindungen und an den Ort, an welchen seine Seele sie hinversetzte, bringt seine Täuschung und diese Art von Phantasie zu Wege. Es genügt eine Bemerkung über das ihm fehlende Glied, um ihn an alle Bewegungen desselben zu erinnern und sie ihn fühlen zu lassen, wobei die Vorstellung in das unaussprechlichste Mißbehagen versetzt wird.

Dieser da weint wie ein Kind beim Nahen des Todes, welchen jener verspottet. Was war denn bei Canus Julius, bei Seneca, bei Petronius nöthig, um ihre Unerschrockenheit in Kleinmüthigkeit oder in Feigheit zu verwandeln? Eine Verstopfung in der Milz, der Leber, ein Hinderniß in der Pfortader. Warum? Weil das Vorstellungsvermögen sich mit den Eingeweiden ebenfalls verstopft. Und so entstehen aus derselben Quelle alle jenen sonderbaren Erscheinungen hysterischer und hypochondrischer Zustände.

Was würde ich Neues sagen, wollte ich mich näher über diejenigen auslassen, welche in Wehrwölfe, Hähne, Vampyre verwandelt zu sein glauben, welche sich einbilden, daß die Todten sie aussaugen? Wozu mich erst bei den Irren aufhalten, welche ihre Nase oder andere Glieder ihres Leibes in Glas verwandelt sehen und denen man rathen muß auf Stroh zu schlafen, weil sie sonst fürchten, daß ihr Körper zerbrechen könne; die man aber Gebrauch und Fleisch ihrer Glieder wiederfinden läßt, indem man Feuer in’s Stroh legt und ihnen so die Furcht beibringt, verbrannt zu werden? Der Schreck hat in diesem Falle schon manchmal die Gliederlähmung behoben. Doch ich kann über Jedermann bekannte Dinge leicht hinweggehen.

Ich will mich auch nicht länger bei den Einzelheiten über die Wirkung des Schlafes aufhalten. Man sehe einen müden Soldaten! Er schnarcht im Graben, beim Donner von hundert Kanonen. Seine Seele hört nichts, sein Schlaf ist ein vollkommener Schlagfluß. Eine Bombe ist im Begriff ihn zu zerschmettern; vielleicht wird er sie weniger empfinden, als das Insekt einen Fußtritt.

Andrerseits kann jener Mensch, welchen die Eifersucht, der Hass, der Geiz, oder der Ehrgeiz verzehrt, nirgends Ruhe finden. Der stillste Ort, die erfrischendsten und beruhigendsten Getränke sind sämmtlich für denjenigen unnütz, welcher sein Herz nicht von der Qual der Leidenschaften befreit hat.

Seele und Körper schlafen zusammen ein. Sobald die Blutbewegung ruhiger wird, verbreitet sich eine sanfte Empfindung von Frieden und Ruhe in der ganzen Maschine. Die Seele empfindet süße Beruhigung beim Sinken der Augenlider und verliert ihre Spannkraft mit den Fibern des Gehirns. Sie wird auf diese Weise nach und nach wie gelähmt mit allen Muskeln ihres Körpers. Die Muskeln können die Last des Kopfes nicht mehr tragen, der Kopf kann das Gewicht des Gedankens nicht mehr aushalten, er ist im Schlafe, als sei er nicht vorhanden.

Wenn der Blutumlauf mit zu großer Schnelligkeit von Statten geht, kann die Seele nicht schlafen. Wenn die Seele zu aufgeregt ist, kann das Blut sich nicht beruhigen; es jagt durch die Adern mit hörbarem Geräusch. Das sind die beiden wechselseitigen Ursachen der Schlaflosigkeit. Ein bloßer Schrecken im Traume ruft ein Klopfen des Herzens mit verdoppelten Schlägen hervor, und entreißt uns der Nothwendigkeit oder der Behaglichkeit der Ruhe, wie ein lebhafter Schmerz oder drückende Sorgen es thun würden. Wie endlich das bloße Aufhören der Seelenverrichtungen Schlummer hervorruft, so giebt es sogar während des Wachens (welches alsdann nur ein halbwacher Zustand ist) eine Art von Halbschlaf der Seele, welcher sehr häufig ist, Träume nach Schweizer Art, welche beweisen, daß die Seele nicht immer, um zu schlafen, auf den Körper wartet: denn schläft sie auch nicht ganz und gar, wie viel fehlt noch daran! Ist es ihr doch unmöglich gewesen, einen einzigen Gegenstand zu finden, der ihre Aufmerksamkeit zu erwecken vermocht hätte unter jener unzähligen Menge verwirrter Einfälle, die, wie eben so viele Wolken, gewissermaaßen den Dunstkreis unseres Gehirns erfüllen.

Das Opium steht mit dem Schlafe, welchen es verschafft, in zu nahen Beziehungen, um seine Erwähnung hier zu unterlassen. Dieses Heilmittel berauscht eben so wie der Wein, der Kaffee etc. jeden in seiner Weise und je nach der Dosis. Es macht den Menschen glücklich in einem Zustande, welcher das Grab jeder Empfindung, gleich wie das Bild des Todes ist. Wie angenehm ist diese Lethargie! Die Seele möchte sich ihrer niemals entäußern. Sie war eine Beute der größten Schmerzen: nun fühlt sie nur noch das einzige Vergnügen, nicht mehr zu leiden und die reizendste Ruhe zu genießen. Das Opium ändert sogar den Willen: es bezwingt die Seele, welche wachen und sich unterhalten wollte, derart, daß der Mensch geht und sich ins Bett legt. Ich übergehe mit Stillschweigen die Geschichte der Gifte.

Der Kaffee, das bekannte Gegengift des Weines, erregt in hohem Grade unsere Phantasie, leitet dadurch den Kopfschmerz ab und zerstreut unseren Kummer, ohne uns, so wie das auch mit jenem Getränke der Fall, hiervon für den folgenden Tag verschonen zu können.

Betrachten wir die Seele in ihren anderen Bedürfnissen:

Der menschliche Körper ist eine Maschine, welche selbst ihr Triebwerk aufzieht, das lebendige Bild eines perpetuum mobile (beständig bewegten Gegenstandes). Die Nahrungsmittel unterhalten, was das Fieber erregt. Ohne jene schmachtet die Seele, geräth in Wuth und stirbt im höchsten Grade der Ermattung. Sie ist wie eine Kerze, deren Licht, ehe es erlöscht, noch einmal aufflackert. Aber wenn man den Körper ernährt, wenn man in seine Gefäße einen kräftigen Saft, stärkende Getränke eingießt, dann wird auch die Seele stark wie diese und bewaffnet sich mit stolzem Muthe; der Soldat, welcher beim bloßen Genuß von Wasser geflohen wäre, wird heldenmüthig und geht unter dem Klang der Trommel freudig in den Tod. In solcher Weise setzt erhitzendes Getränk das Blut, welches durch kühlenden Trunk beruhigt worden wäre, in stürmische Bewegung.

Welche Gewalt übt doch ein Mahl! Die Freude erwacht in einem traurigen Herzen wieder; sie erfüllt die Seele der Tischgenossen, welche durch anziehende Lieder, in denen der Franzose sich hervorthut, sie ausdrücken. Der Melancholische allein ist niedergedrückt, und der Mann des Studiums ist hierzu nicht mehr geeignet.

Das rohe Fleisch macht die Thiere wild; die Menschen würden bei derselben Nahrung es werden. Letzteres ist so wahr, daß die englische Nation, welche das Fleisch nicht so gekocht wie bei uns, sondern roth und blutig ißt, an dieser mehr oder weniger großen Wildheit welche theils solchen Nahrungsmitteln, theils anderen durch die Erziehung allein unschädlich zu machenden Ursachen entspringt, Theil zu nehmen scheint. Diese Wildheit ruft in der Seele Hochmuth, Hass, Verachtung anderer Nationen, Ungelehrigkeit und ähnliche den Charakter herabsetzende Regungen hervor, wie denn grobe Nahrung den Geist plump und schwerfällig macht, so daß seine wesentlichsten. Eigenschaften in Faulheit und Gleichgültigkeit bestehen.

Pope hat die ganze Herrschaft der Gefräßigkeit wohl gekannt, wenn er sagt: „Der ernste Catius spricht immer von Tugend und glaubt, daß derjenige, welcher die Lasterhaften leidet, selbst lasterhaft ist. Diese schönen Grundsätze dauern bis zum Mittagessen; dann zieht er einen Bösewicht, der einen feinen Tisch führt, einem frugalen Heiligen vor.“

„Man sehe einmal“, sagt er außerdem, „denselben Menschen, so lange er gesund oder wenn er krank ist; man betrachte ihn im Besitze eines schönen Amtes oder nach dem Verluste desselben; man sieht ihn dann das Leben lieben oder verabscheuen, närrisch aufs Jagen, trunken in einer Provinzial-Versammlung, artig auf dem Balle, ein guter Freund in der Stadt, ohne Vertrauen am Hofe“.

Wir haben in der Schweiz einen Richter, Namens Steigner von Wittighofen, gehabt, der nüchtern der rechtschaffenste und selbst nachsichtigste unter den Richtern war. Aber wehe dem Unglücklichen, welcher vor Gericht stand, wenn jener von einem großen Mittagessen kam! Dann war er der Mann dazu, den Unschuldigen wie den Schuldigen hängen zu lassen.

Wir denken als rechtschaffene Menschen und sind sogar nur rechtschaffene, wenn wir heiter oder beherzt sind; Alles hängt von der Weise, in welcher unsere Maschine gestimmt ist, ab. Man könnte in gewissen Momenten sagen, die Seele wohne im Magen und Van Helmont, der ihren Aufenthalt in den Pylorus versetzte, habe sich nur darin geirrt, daß er den Theil statt des Ganzen nahm.

Zu welchen Ausschreitungen kann der grausame Hunger uns treiben! Keine Rücksicht mehr für diejenigen, welchen man das Leben verdankt, oder denen man es gegeben hat; man zerfleischt sie ohne Weiteres, man macht sich aus ihnen abscheuliche Feste, und in der Wuth, von der man hingerissen wird, wird der Schwächste immer die Beute des Stärksten.

Die Schwangerschaft, dieses ersehnte Abbild der Bleichsucht, begnügt sich nicht in ihrem Gefolge am häufigsten die krankhaften Veränderungen des Geschmackes, welche beide Zustände begleiten, auftreten zu lassen, sie hat auch hin und wieder die Seele zur Vollstreckerin der scheußlichsten Komplotte gemacht; es waren dies die Wirkungen eines vorübergehenden Wahns, der ja sogar das natürliche Gesetz erstickt. So verändert sich das Gehirn, jene Gebärmutter des Geistes, mit derjenigen des Leibes in seiner Weise zu verderblicher Thätigkeit.

Ein anderes Beispiel gewährt die Leidenschaft des Mannes oder Weibes, welche von der Enthaltsamkeit und Gesundheit geplagt werden. Dann gehört wenig für dieses schüchterne und bescheidene Mädchen dazu, um jegliche Scheu und Schande zu verlieren; es sieht seine Erniedrigung mit denselben Augen an, womit eine zweideutige Frauensperson den Ehebrecher ansieht. Wenn ihre Bedürfnisse nicht rasche Befriedigung finden, wird sie sich nicht auf die einfachen Zufälle einer Gebärmutterwuth, auf die Manie etc. beschränken, diese Unglückliche wird an einem Übel, wofür es so viele Ärzte giebt, sogar sterben müssen.

Es bedarf nur zweier Augen, um den nothwendigen Einfluß des Alters auf die Vernunft zu sehen. Die Seele folgt den Fortschritten des Körpers, wie denjenigen der Erziehung. Im schönen Geschlechte folgt die Seele noch der Zartheit des Temperaments. Daher rühren diese Zärtlichkeit, diese Zuneigung, diese lebhaften Gefühle, welche mehr auf Leidenschaft als auf Vernunft zurückzuführen sind; diese Vorurtheile, dieser Aberglauben, deren starkes Gepräge kaum vertilgbar ist etc. Der Mann, im Gegentheil, bei dem Gehirn und Nerven an der Unerschütterlichkeit alles Festen Theil nehmen, erfreut sich eines stärkeren Geistes, kräftigerer Gesichtszüge. Die Erziehung, welche bei den Frauen mangelhaft ist, stellt seine Seele auf eine noch höhere Stufe der Kraft. Mit solchen Hilfsmitteln der Natur und Kunst, wie sollte er da nicht erkenntlicher, großmüthiger, beständiger in der Freundschaft, fester im Unglück sein? etc. Aber wer (um etwa dem Gedankengange des Verfassers der Briefe über die Physiognomieen zu folgen) die Anmuth des Geistes und des Körpers mit fast allen zartesten und feinsten Empfindungen des Herzens verbindet, darf uns nicht um die doppelte Stärke beneiden, welche dem Manne nur deshalb gegeben zu sein scheint, um sich besser mit dem Beize der Schönheit zu durchdringen, anderntheils um zu seinem Vergnügen besser beitragen zu können.

Es ist nicht nothwendiger ein eben so großer Physiognomiker als dieser Autor zu sein, um den Vorzug des Geistes aus der Gestalt, aus der Bildung der Züge zu erraten, wenn sie bis zu einem gewissen Punkte ausgesprochen sind, – als man ein großer Arzt zu sein braucht, um ein Übel mit allen deutlichen Symptomen zu erkennen. Man betrachte die Bildnisse von Locke, Steele, Boerhaave, Maupertuis etc., man wird nicht erstaunt sein ihre Physiognomien kräftig und mit Adleraugen zu finden. Man überblicke eine Menge anderer, man wird immer das Schöne des großen Geistes und oft sogar den braven Mann im Schelme unterscheiden. Man hat beispielsweise bemerkt, daß ein berühmter Dichter (in seinem Bildnisse) den Ausdruck eines Diebes mit dem Feuer des Prometheus vereinigte.

Die Geschichte liefert uns ein denkwürdiges Beispiel von der Macht der Luft. Der berüchtigte Herzog von Guise war so vollkommen überzeugt, daß Heinrich III., welcher ihn hundertmal in seiner Gewalt gehabt hatte, niemals zu ermorden wagen würde, daß er nach Blois reiste. Der Kanzler Chyverni erfuhr seine Abreise und rief aus: „der Mann ist verloren!“ Als die verhängnisvolle Voraussage eingetroffen war, fragte man ihn nach der Ursache und er antwortete: „Ich kenne den König seit 20 Jahren; er ist von Natur gut und sogar schwach; aber ich habe bemerkt, das das Geringste ihn ungeduldig macht und ihn in Wuth setzt, wenn es kalt ist.“

Manches Volk ist schwerfälligen, dummen Geistes; manches andere von lebhaftem, leichtem, durchdringendem Verstande. Woher sollte dies anders kommen, als theilweise in Folge der Nahrung, theilweise in Folge väterlicher Übertragung, Die Geschichte der Thiere und der Menschen beweist die Herrschaft der Erblichkeit von den Vätern auf den Geist und den Körper der Kinder. theilweise aus jenem Gemische verschiedenartiger Elemente, welche im unermeßlichen Luftraume schweben? Der Geist hat wie der Körper seine epidemischen Krankheiten und seinen Scorbut.

Die Herrschaft des Klima’s ist der Art, daß ein Mensch, welcher es wechselt, diesen Wechsel unwillkürlich empfindet. Er ist eine wandelnde Pflanze, welche sich selbst überpflanzt hat; ist das Klima nicht mehr dasselbe, so muß sie folgerichtig entarten, oder sich verbessern.

Man nimmt ferner Alles von denjenigen, mit denen man lebt, an, ihre Gesten, ihre Stimmen etc., gleich wie das Augenlid sich senkt bei der Drohung des Schlages, auf den man vorbereitet ist, oder aus derselben Ursache, aus welcher der Körper des Zuschauers maschinenmäßig und unwillkürlich alle Bewegungen eines guten Pantomimikers nachmacht.

Was ich eben gesagt habe, beweist, daß die beste Gesellschaft für einen geistvollen Menschen die seinige ist, wenn er nicht eine ähnliche findet. Der Geist verrostet mit denjenigen, welche keinen haben, weil er nicht geübt wird; beim Ballspiel wirft man den Ball schlecht zurück wenn er von Jemand schlecht ausgeschlagen wird. Ich möchte lieber einen einsichtsvollen Menschen, der gar keine Erziehung gehabt hat, als einen, der schlecht erzogen worden, vorausgesetzt daß er noch jung genug wäre. Ein schlecht geleiteter Geist ist wie ein Schauspieler, welchen die Provinz verdorben hat.

Die verschiedenen Zustände der Seele stehen also immer in einem bestimmten Verhältnisse zu denjenigen des Körpers. Aber am diese ganze Abhängigkeit und ihre Ursachen besser darzulegen, wollen wir hier die vergleichende Anatomie benutzen, wir wollen die Eingeweide des Menschen und der Thiere öffnen; um die menschliche Natur kennen zu lernen, wenn uns hierüber nicht schon eine zutreffende Parallele der Bauart Beider aufklärt.

Im Allgemeinen ist die Gestalt und die Zusammensetzung des Gehirns der Vierfüßler beinahe die gleiche, wie beim Menschen. Dasselbe Aussehen, dieselbe Anordnung überall, jedoch mit dem wesentlichen Unterschiede, daß der Mensch von allen Thieren am meisten Gehirn – und dieses am meisten gewunden – im Verhältniß zu seiner Körpermasse hat; dann kommen der Affe, der Biber, der Elephant, der Hund, der Fuchs, die Katze etc., nehmlich die Thiere, welche am meisten dem Menschen gleichen, denn man bemerkt auch bei ihnen dieselbe stufenweise Analogie in Bezug auf das corpus callosum, in welches Lancisi den Sitz der Seele bereits vor dem verstorbenen de la Peyronnie verlegt hatte, welcher jedoch diese Meinung durch eine Menge von Erfahrungen erläutert hat.

Nach allen Vierfüßlern sind es die Vögel, welche am meisten Gehirn haben. Die Fische haben einen dicken Kopf, aber er ist leer an Verstand, wie der Kopf vieler Menschen. Sie haben kein corpus callosum und sehr wenig Gehirn, das auch den Insecten mangelt.

Ich werde mich nicht weiter in Einzelheiten über die Varietäten in der Natur, noch in Meinungsäußerungen hierüber einlassen, denn die Varietäten, wie die Meinungen sind zahlreich; man lese bloß – um selbst darüber urtheilen zu können – die Abhandlungen von Willis De Cerebro und De anima brutorum.

Ich werde nur das, was aus diesen unwiderleglichen Beobachtungen klar sich ergiebt, vorbringen, daß nehmlich

1) je wilder die Thiere sind, sie desto weniger Gehirn haben;

2) daß dieses Eingeweide sich einigermaßen nach Verhältniß ihrer Gelehrigkeit zu vergrößern scheint;

3) daß hier eine eigenthümliche Bedingung für immer von der Natur festgestellt ist, die darin besteht, daß man um so mehr an Instinkt verliert, je mehr man von Seiten des Geistes gewinnt. Was ist nun größer, der Verlust oder der Gewinn?

Man glaube übrigens nicht, daß ich hierdurch behaupten will, der Umfang des Gehirns allein sei genügend, um über den Grad der Gelehrigkeit der Thiere urtheilen zu dürfen; die Beschaffenheit desselben muß auch noch der Menge entsprechen und die festen Theile müssen mit den flüssigen in dem für die Gesundheit ersprießlichen Gleichgewichte sich befinden.

Wenn der Schwachsinnige nicht Mangel an Gehirn hat, wie man gewöhnlich bemerkt, so wird an diesem Eingeweide eine fehlerhafte Consistenz, eine zu große Weichheit beispielsweise, auszusetzen sein. Dasselbe gilt von den Narren; die Fehler ihres Gehirns entziehen sich nicht immer unseren Nachforschungen; aber wenn die Ursachen des Schwachsinns, der Narrheit etc. nicht wahrnehmbar sind, wo soll man da die Gründe für die Verschiedenheit aller Geister aufsuchen? Sie würden Luchs- und Argus-Augen entschlüpfen. Ein Nichts, eine kleine Faser, etwas, was die feinste Anatomie nicht entdecken kann, würde zwei Thoren aus Erasmus und Fontenelle, welcher es selbst in einem seiner besten Gespräche bemerkt, gemacht haben.

Außer der Weichheit des Hirn-Markes bei den Kindern, bei den kleinen Hunden und bei den Vögeln, hat Willis bemerkt, daß die Corps cannelés zerstört und wie entfärbt bei allen diesen Thieren sind und daß ihre Striae eben so unvollkommen gebildet sind wie bei den Gelähmten. Er fügt der Wahrheit gemäß hinzu, daß der Mensch eine sehr große Protuberantia annullaris hat, und darauf, immer stufenweise abnehmend, der Affe und die anderen vorher genannten Thiere, während das Kalb, der Ochse, der Wolf, das Schaf, das Schwein etc., bei denen dieser Theil von sehr geringem Umfang ist, sehr große Nates und Testes haben.

Man mag immerhin nur vorsichtig und zurückhaltend aus diesen und vielen anderen Beobachtungen über eine gewisse Unbeständigkeit der Gefäße und der Nerven Folgerungen ziehen, jedoch können so viel Verschiedenheiten nicht zufällige Spiele der Natur sein. Wenigstens bezeugen dieselben die Nothwendigkeit einer guten und ergiebigen Organisation, weil in dem ganzen animalischen Gebiete die Seele sich mit dem Körper erkräftigt und um so mehr Schärfe erlangt, je mehr der letztere erstarkt.

Bleiben wir bei der Betrachtung der verschiedenen Gelehrigkeit der Thiere stehen. Ohne Zweifel führt die Ähnlichkeit, wenn sie des richtigsten Verständnißes sich erfreut, den Geist zu keiner anderen Erkenntniß, als daß die von uns erwähnten Ursachen die ganze Verschiedenheit zwischen jenen und uns ausmachen, obgleich man gestehen muß, daß unserem schwachen auf die gröbsten Beobachtungen beschränkten Verständniß, das Band, welches Ursache und Wirkung verknüpft, unsichtbar ist. Es liegt hier eine Art von Harmonie vor, welche die Philosophen niemals erkennen werden.

Unter den Thieren giebt es einige, welche sprechen und singen lernen; sie behalten Melodien und fassen alle Töne eben so genau wie ein Musiker. Die anderen, welche indeß mehr Geist zeigen, wie die Affen, bringen dies nicht zu Stande. Wie kann dies anders als durch einen Fehler in den Sprachorganen geschehen? Aber gehört denn dieser Fehler so zur Bildung des Thieres, daß man ihm mit keinem Mittel zu Hilfe kommen kann? Mit einem Worte, sollte es durchaus unmöglich sein, dem Thiere eine Sprache zu lehren? Ich glaube es nicht. Ich würde vorzugsweise den großen Affen nehmen, bis der Zufall uns eine uns ähnlichere Art hätte entdecken lassen; denn der Annahme steht nichts entgegen, daß in uns unbekannten Gegenden es solche Affen giebt. Dieses Thier gleicht uns so sehr, daß die Naturalisten es als wilden Menschen oder Waldmenschen bezeichnet haben. Ich würde ihn unter denselben Bedingungen, wie Amman seine Schüler, nehmen; nehmlich ich möchte, daß er weder zu jung noch zu alt sei; denn diejenigen, welche man uns nach Europa bringt, sind gemeiniglich zu alt. Ich würde denjenigen wählen, der die geistreichste Physiognomie besäße und der am besten in tausend kleinen Verrichtungen, was diese mir versprochen, hielte. Endlich, da ich mich nicht für würdig halte, sein Erzieher zu sein, würde ich ihn in die Schule zu dem eben genannten ausgezeichneten Lehrer geben oder zu einem anderen eben so geschickten, wenn es einen giebt.

Man weiß aus dem Buche von Amman und aus allen denjenigen, Der Verfasser der Naturgeschichte der Seele etc. welche sein Verfahren übersetzt haben, alle die Wunder, die er an Tauben von Geburt, in deren Augen er – wie er sich selbst ausdrückt – Ohren gefunden hatte, zu verrichten wußte, und in wie kurzer Zeit er sie verstehen, reden, lesen und schreiben lehrte. Ich behaupte, daß die Augen eines Tauben heller sehen und verständnißvoller auffassen, als wenn er nicht taub wäre, weil der Verlust eines Gliedes oder eines Sinnes die Kraft oder das Verständnißvermögen eines anderen erhöhen kann. Aber der Affe sieht und hört, er begreift was er hört und sieht; er faßt so vollkommen die Zeichen, welche man ihm macht, daß er, wie ich nicht bezweifle, bei jedem Spiele, oder bei jeder Übung Amman’s Schüler überragt. Weshalb sollte also die Erziehung der Affen unmöglich sein? Warum konnte der Affe nicht, wenn man die nöthige Sorgfalt auf ihn verwendet, nach Art der Tauben die erforderlichen Bewegungen nachahmen, um zu sprechen? Ich wage nicht zu entscheiden, ob die Sprachorgane des Affen, mag man auch machen was man will, im Stande seien, deutlich und vernehmlich zu reden, aber die absolute Unmöglichkeit würde mich in Erstaunen setzen wegen der großen Ähnlichkeit des Affen und des Menschen, und weil es bis jetzt kein bekanntes Thier giebt, dessen Inneres und Äußeres dem letzteren in so auffälliger Weise gleichen. Locke, welcher gewiß niemals der Leichtgläubigkeit verdächtig gewesen ist, hat keinen Anstand genommen an die Geschichte zu glauben, welche der Chevalier Temple in seinen Memoiren erzählt, nehmlich von einem Papagei, welcher passende Antworten gab und, wie wir, sich hintereinander zu unterhalten gelernt hatte. Ich weiß, man hat sich über diesen großen Philosophen lustig gemacht; Der Verfasser der Geschichte der Seele. aber würde derjenige viel Parteigänger gefunden haben, welcher der Welt angezeigt hätte, daß es Zeugungen giebt, welche ohne Eier und ohne Weibchen vor sich gehn? Und doch hat Trembley Zeugungen, welche ohne Vermischung und durch bloße Theilung stattfinden, entdeckt. Wäre Amman nicht auch für einen Narren gehalten worden, wenn er sich, bevor er sich auf glückliche Erfahrung berufen konnte, gerühmt hätte, Schüler, wie die seinigen, zu unterrichten, und noch dazu in so kurzer Zeit? Indeß haben seine Erfolge die Welt in Staunen versetzt und er ist wie der Verfasser der Geschichte der Polypen in raschem Fluge zur Unsterblichkeit gelangt. Wer seinem Geiste die Wunder, welche er beweist, verdankt, überragt meines Erachtens den, welcher die seinigen vom Zufall hat. Wer die Kunst, das schönste der Reiche noch mehr zu verschönern und ihm Vollkommenheiten, welche es noch nicht hatte, zu verlesen, entdeckt hat, muß über den müßigen Stifter leichtfertiger Systeme oder den eifrigen Urheber unfruchtbarer Entdeckungen gestellt werden. Die Entdeckungen Ammans sind wohl von einem höheren Werthe; er hat Menschen dem blinden Triebe entzogen zu welchem sie verurtheilt zu sein schienen; er hat sie mit Ideen, mit Geist, mit einem Worte mit einer Seele ausgestattet, die sie sonst niemals gehabt hätten. Welches Können möchte man höher veranschlagen! Die Hilfsmittel der Natur sind schrankenlos, unendlich, besonders mit Unterstützung von großer Kunst.

Dieselbe Mechanik, welche den Eustachischen Kanal bei den Tauben eröffnet, könnte sie nicht auch die Affen zum Sprechen bringen? Könnte das glückliche Verlangen, des Lehrers Aussprache nachzuahmen, nicht auch die Sprachorgane der Thiere, welche so viel andere Zeichen mit so großer Geschicklichkeit und Erkenntniß nachmachen, von ihrem Bann befreien? Ich besorge nicht nur nicht, daß man mir irgend eine wirkliche beweisende Erfahrung aufführen könne, welche meine Meinung in das Bereich des Unmöglichen und Lächerlichen zu verweisen vermöchte, sondern die Ähnlichkeit der Bauart und der Verrichtungen des Affen ist auch von der Art, daß ich fast nicht zweifle, wenn man dieses Thier vollkommen übte, man käme damit zu Rande, ihm das Aussprechen und folglich das Verstehen einer Sprache zu lehren. Das würde alsdann kein wilder noch verfehlter Mensch sein, sondern ein vollkommener, ein kleiner Stadt-Mensch, der ebenso viel stoffliche Grundlage oder Musculatur als wir selbst besäße, um zu denken und seine Erziehung sich zu Nutze zu machen. Von den. Thieren zu den Menschen ist der Übergang nicht gewaltsam; die wahren Philosophen werden dies zugeben. Was war der Mensch vor der Erfindung der Worte und der Kenntniß der Sprachen? Ein Thier in seiner Art, welches mit weit weniger natürlichem Instinkt, als die anderen, für deren König er sich damals nicht hielt, nur in demselben Verhältniß vom Affen und den anderen Thieren unterschieden war, wie der Affe es von den letzteren ist, nehmlich durch Gesichtszüge, auf welchen ein höherer Grad von Unterscheidungskraft ausgeprägt ist.

Lediglich zu der Anschauungs-Erkenntniß der Leibnitzianer gezwungen, sah er nur Gestalten und Farben ohne etwas unter diesen unterscheiden zu können; alt wie jung, ein Kind in jedem Alter, stammelte er seine Gefühle und seine Bedürfnisse, wie ein Hund, der ausgehungert oder von der Ruhe gelangweilt ist, zu fressen oder herumzulaufen verlangt. Die Worte, die Sprachen, die Gesetze, die Wissenschaften, die schönen Künste, sind gekommen, und durch sie ist endlich der rohe Diamant unseres Geistes geschliffen. Man hat einen Menschen abgerichtet wie ein Thier; man ist Schriftsteller geworden wie Lastträger. Ein Geometer hat erlernt die schwersten Beweise und Berechnungen darzulegen, wie ein Affe seinen kleinen Hut abzunehmen oder aufzusetzen und auf seinem gelehrigen Hunde zu reiten. Alles ist durch Zeichen zu Wege gebracht; jede Art hat begriffen, was sie begreifen konnte, und so haben die Menschen auf diese Weise die symbolische Erkenntniß, wie selbige von unseren deutschen Philosophen noch heute genannt wird, erlangt.

Man sieht also, nichts ist so einfach wie die Mechanik unserer Erziehung! Alles läßt sich auf Töne oder auf Worte zurückführen, die von dem Munde des einen durch das Ohr des andern ins Gehirn gehen, welches zu gleicher Zeit vermittelst der Augen die Gestalt der Körper erhält, deren willkürliche Zeichen diese Worte sind.

Aber wer hat zuerst geredet? Wer ist der erste Lehrer des Menschengeschlechts gewesen? Wer hat die Mittel erfunden die Gelehrigkeit unserer Organisation nutzbar zu machen? Ich weis darüber nichts; der Name jener glücklichen und ersten Geister ist in der Nacht der Zeiten verloren gegangen. Aber die Kunst ist die Tochter der Natur; letztere hat ihr lange vorangehen müssen.

Man muß annehmen, daß die am besten organisirten Menschen, diejenigen, für welche die Natur ihre Wohlthaten erschöpfte, die anderen unterrichtet haben werden. Sie werden beispielsweise kein neues Geräusch haben hören, keine neuen Gefühle empfinden, nicht von allen diesen schönen Gegenständen, welche das entzückende Schauspiel der Natur bilden, haben lebhaft berührt werden können, ohne sich in dem Falle jenes Tauben von Chartres, dessen Geschichte uns der große Fontenelle zuerst mitgetheilt, zu befinden, der zum ersten Male mit 40 Jahren, den wunderbaren Klang der Glocken hörte.

Sollte nun der weitere Schluß abgeschmackt erscheinen, daß diese ersten Sterblichen nach Art dieses Tauben oder nach der Art der Thiere und der Stummen (wieder eine andere Gattung von Thieren) ihre neuen Gefühle auszudrücken versuchten und zwar durch Bewegungen, welche von der Einrichtung ihres Vorstellungsvermögens abhingen, und folglich dann durch angezwungene Töne, wie sie jedem Thiere als natürlicher Ausdruck seines Erstaunens, seiner Freude, seines Entzückens oder seiner Bedürfnisse eigenthümlich sind? Denn diejenigen, welche die Natur mit einem feineren Gefühle begabt hatte, haben gewiß auch mehr Geläufigkeit es auszudrücken gehabt.

So haben nach meiner Auffassung die Menschen ihr Gefühl oder ihren Instinkt angewendet, um Geist, und endlich ihren Geist, um Kenntnisse zu empfangen. Durch folgende Mittel, soweit ich die Sache begreife, hat man das Gehirn mit Gedanken, zu deren Aufnahme die Natur es geschaffen hatte, erfüllt. Dabei half eins dem andern, der kleine Anfang führte zu allmäliger Vergrößerung, bis alle Dinge im Weltall so leicht unterschieden wurden, als ständen sie im Kreise herum.

Wie eine Violinsaite oder eine Klaviertaste erbebt und einen Ton von sich giebt, so sind die Saiten des Gehirns, von hellen Funken getroffen, zur Überlieferung oder Wiedergabe der Worte, welche sie berührten, angeregt worden. Aber da der Bau des Gehirns von der Art ist, daß, sobald die einmal zum Sehen wohl geformten Augen das Gemälde der Gegenstände erhalten haben, es nicht umhin kann, die Bilder und die Verschiedenheiten derselben aufzunehmen, so hat ebenso die Seele, wenn die Zeichen dieser Verschiedenheiten im Gehirn angegeben oder eingegraben worden sind, nothwendigerweise ihre Verhältnisse geprüft, eine Prüfung, welche ihr ohne die Entdeckung der Zeichen oder die Erfindung der Sprachen unmöglich war. In jenen Zeiten in denen das Weltall fast stumm war, war die Seele bezüglich sämmtlicher Gegenstände, wie ein Mensch, welcher, ohne eine Idee von Proportion, ein Gemälde oder Sculpturen betrachtet; ein solcher Mensch könnte hieran nichts unterscheiden; oder er würde sich wie ein kleines Kind verhalten, (die Seele war ja damals in ihrer Kindheit) welches in seiner Hand eine gewisse Anzahl Strohhälmchen oder Holzstückchen hält und sie im Allgemeinen mit zerstreutem, oberflächlichem Blicke, ohne sie zählen oder unterscheiden zu können, ansieht. Aber man setze eine Art Flagge oder Fahne an jenes Stück Holz z. B., welches man Mast nennt, man setze dergleichen an einen anderen ähnlichen Körper, man lasse den zuerst angetroffenen vermittelst des Zeichens 1, und den zweiten vermittelst des Zeichens oder der Ziffer 2 gezählt werden, so wird dieses Kind sie zählen können und auf diese Weise hintereinander die ganze Rechenkunst lernen. Sobald eine Figur ihm einer anderen durch ihr Zahl-Zeichen gleich erscheinen wird, wird es ohne Mühe schließen, daß dies zwei verschiedene Körper sind, daß 1 und 1 zwei, daß 2 und 2 vier sind. Es giebt Heute noch Völker welche, aus Mangel an einer größeren Zahl von Zeichen, nur bis 20 zählen können.

Diese wirkliche oder scheinbare Ähnlichkeit der Gestalten ist die Grundlage aller Wahrheiten und aller unserer Kenntnisse, unter denen diejenigen, deren Zeichen weniger einfach und weniger begreifbar sind, sich offenbar schwerer als die anderen erlernen lassen, weil sie mehr Geist erfordern, um jene unendliche Menge von Worten zu umfassen und zu vereinigen, durch welche die Wissenschaften, die ich meine, ihre Wahrheiten zum Ausdruck bringen; während die Wissenschaften, welche durch Ziffern oder andere kleine Zeichen sich kundgeben, leicht erlernt werden; und ohne Zweifel verdanken die algebraischen Berechnungen dieser Leichtigkeit mehr noch als ihrer augenscheinlichen Gewißheit ihre große Beliebtheit.

Dieses ganze Wissen, womit der Wind die Gehirnkugel unserer hochmüthigen Pedanten schwellt, ist also nur eine ungeheuere Anhäufung von Worten und Gestalten, welche im Kopfe alle die Wege ausmachen, durch welche wir unterscheiden und uns der Gegenstände erinnern. Alle unsere Gedanken erwachen, gleichwie ein Gärtner, welcher die Pflanzen kennt, sich alle ihre Benennungen bei ihrem Anblicke vergegenwärtigt. Diese Worte und diese Gestalten Diese Worte und diese Gestalten, welche durch erstere bestimmt werden, sind im Gehirne so aneinander geknüpft, daß man sich ziemlich selten eine Sache vorstellt, ohne den Namen oder das Zeichen, welche mit ihr verbunden sind.

Ich gebrauche immer das Wort Vorstellen, weil ich glaube, daß man sich Alles vorstellt, und daß alle Theile der Seele mit Recht auf das Vorstellungsvermögen allein zurückgeführt werden können, da jene alle von diesem ihre Äußerungsweise zugetheilt erhalten, so daß also der Verstand, das Urtheil, das Gedächtniß nur Theile der Seele sind, welche keineswegs selbstwaltend auftreten, sondern auf die markige Umhüllung eingeschränkt sind, auf welche die im Auge gemalten Gegenstände wie von einer magischen Laterne zurückgeworfen werden.

Aber wenn das merkwürdige und unbegreifliche Ergebniß der Gehirn-Organisation ein solches ist, wenn Alles durch das Vorstellungsvermögen sich erfassen und auseinandersetzen läßt, wozu braucht dann das denkende Princip im Menschen getheilt werden? Machen die auf Seite der Einfachheit des Geistes Stehenden sich nicht eines offenbaren Widerspruches schuldig? Denn ein Ding, welches man theilt, kann ohne Abgeschmacktheit nicht mehr für untheilbar angesehen werden. Dahin führt also der Mißbrauch der Sprachen und die Anwendung jener großen Worte Spiritualität, Immaterialität etc., welche man ganz nach Belieben anwendet, ohne daß sie, selbst von geistreichen Leuten, verstanden werden.

Nichts ist leichter als ein System, welches, wie dieses hier, auf das innige Gefühl und die eigene Erfahrung jedes Individuums gegründet ist, darzuthun. Ist das Vorstellungsvermögen, oder jener phantastische Theil des Gehirns, dessen Natur uns ebenso unbekannt als die Art seiner Thätigkeit ist, von Natur klein oder schwach, so wird es kaum die Kraft haben, die Übereinstimmung oder Ähnlichkeit seiner Ideen zu vergleichen; es wird nur das ihr Gegenüberstehende oder es am lebhaftesten Afficirende sehen können; und noch dazu auf welche Weise! Aber immer bleibt es wahr, daß das Vorstellungsvermögen allein begreift; von ihm werden alle Gegenstände mit den Worten und Gestalten, welche sie charakterisiren, vergegenwärtigt, und ich wiederhole demnach, daß das Vorstellungsvermögen die Seele ist, weil es in allen Rollen derselben auftritt. Durch dieses Vermögen, durch seinen schmeichelnden Pinsel nimmt das kalte Skelett der Vernunft lebhaftes und rothes Fleisch an: durch dasselbe blühen die Wissenschaften, verschönern sich die Künste, reden die Wälder, seufzen die Echos, weinen die Felsen, athmet der Marmor, Alles gewinnt Leben unter den leblosen Körpern. Dasselbe fügt der Zärtlichkeit eines verliebten Herzens den pikanten Reiz der Wollust hinzu; es läßt dieselbe im Cabinet des Philosophen wie des staubigen Pedanten keimen; es bildet endlich die Gelehrten wie die Redner und Dichter. In thörichter Art von den Einen verschrieen, von Anderen unnütz ausgezeichnet, und von Allen schlecht gekannt, folgt es der Spur der Grazien und der schönen Künste und malt nicht nur die Natur, sondern vermag sie auch zu beurtheilen. Es überlegt, richtet, dringt ein, vergleicht, ergründet. Könnte es so gut die Schönheiten der Gemälde, welche einen Eindruck in ihm hervorgerufen, empfinden, ohne deren Verhältnisse zu entdecken? Nein; da es den Vergnügungen der Sinne sich nicht zuwenden kann, ohne ihre ganze Vollkommenheit oder Wollust zu kosten, kann es über das, was es mechanisch aufgefaßt hat, nicht in Erwägungen eingehen, ohne alsdann das Urtheil selbst zu sein.

Je mehr man die Vorstellungskraft, oder den kärgsten Geist übt, desto mehr nimmt er, so zu sagen, an Umfang zu, desto mehr vergrößert er sich, wird stark, mächtig, umfassend und denkfähig. Die beste Organisation bedarf dieser Übung.

Die Organisation ist das erste Verdienst des Menschen; vergebens machen die Moralphilosophen den Eigenschaften, welche man von der Natur erhält, den Rang von schätzenswerthen Vorzügen streitig und lassen nur die Talente, welche man mit Hülfe von Überlegung und Gewandtheit erlangt, gelten; denn ich möchte wissen, woher Geschicklichkeit, Wissenschaft und Tugend kommen, wenn nicht eine gewisse Anlage uns geeignet macht, geschickt, gelehrt und tugendhaft zu werden? Und wer giebt uns diese Anlage? Doch Niemand anders als die Natur. Nur durch sie besitzen wir schätzenswerthe Eigenschaften, ihr verdanken wir Alles, was wir sind. Warum sollte ich nicht diejenigen, welche natürliche Vorzüge besitzen, ebenso wie die achten, welche durch erworbene und gleichsam entliehene Tugend glänzen? Gleichviel welches das Verdienst sei und woher es auch stamme, es ist der Achtung würdig; man muß es nur zu würdigen verstehen. Geist, Schönheit, Reichthümer, Adel, obgleich Kinder des Zufalls, haben alle ihren Werth, so gut wie Geschicklichkeit, Gelehrsamkeit, Tugend etc. Diejenigen, welche die Natur mit ihren kostbarsten Gaben überhäuft, müssen diejenigen beklagen, denen sie verweigert worden sind; aber sie dürfen ihre Überlegenheit ohne Hochmuth und als Kenner würdigen. Eine schöne Frau wäre eben so lächerlich sich für häßlich zu halten, als ein geistvoller Mensch, der ein Thor zu sein glaubt. Übertriebene Bescheidenheit (wahrlich ein seltener Fehler) ist eine Art Undankbarkeit gegen die Natur. Ein anständiger Stolz dagegen ist das Zeichen einer schönen und großen Seele, welche edle Züge, gleichsam als seien sie vom Gedanken geformt, verrathen.

Wenn die Organisation ein Verdienst ist, und zwar das erste Verdienst, und die Quelle aller anderen, so ist der Unterricht das zweite. Sei ein Gehirn noch so gut gebaut, ohne ihn würde es dem reinen Untergange geweiht sein, ebenso wie ohne den Einfluß von Gesellschaft der wohlgestalteteste Mensch nur ein grober Bauer wäre. Aber ebenso drängt sich die Frage auf, welches denn die Frucht einer noch so vorzüglichen Schule sein würde, ohne ein Gehirn, welches dem Eingange oder der Aufnahme der Gedanken sich nicht vollkommen eröffnet hätte? Es ist eben so unmöglich auch nur eine Idee einem Menschen zu geben, der alles Verstandes beraubt ist, als ein Kind bei einer Frau zu erzeugen, bei der die Natur die Zerstreutheit so weit getrieben hätte, daß sie ihre Geschlechtstheile zu bilden vergaß, wie ich es bei einer Frau gesehen habe, welche weder Schamspalte, noch Scheide, noch Gebärmutter hatte und welche aus diesem Grunde 10 Jahre nach ihrer Hochzeit von ihrem Manne wieder geschieden wurde.

Aber wenn das Gehirn zugleich gut organisirt und gut unterrichtet ist, so ist es ein vollkommen besäetes, fruchtbares Land, welches das Hundertfache von dem, was es empfangen, hervorbringt, oder, (um den bildlichen Styl, der, um das Gemeinte besser auszudrücken und selbst die Wahrheit anmuthig zu machen, oft nöthig ist, aufzugeben) das Vorstellungsvermögen, durch Kunst zu der schönen und seltenen Würde eines hervorragenden Geistes erhoben, faßt alle begriffenen Ideenverbindungen genau auf, umfaßt mit Leichtigkeit eine erstaunliche Menge von Gegenständen, um daraus endlich eine lange Kette von Schlüssen zu ziehen. Diese sind zuvörderst nur neue Beziehungen, welche aus der Vergleichung der ersten hervorgingen, mit welchen die Seele eine vollkommene Ähnlichkeit findet. So ist, meines Erachtens, die Zeugung des Geistes. Ich sage findet, wie ich früher die Bezeichnung „Augenscheinlich“ für die Ähnlichkeit der Gegenstände gewählt habe. Nicht daß ich denke, unsere Sinne trügen, wie Vater Malebranche es behauptet hat, oder daß unsere Augen, von Natur ein wenig trunken, die Gegenstände nicht sehen, wie sie an und für sich sind, obgleich die Mikroskopiker es uns alle Tage beweisen; sondern um keinen Streit mit den Pyrrhoniern zu haben, unter denen Bayle sich hervorgethan hat.

Ich sage von der Wahrheit im Allgemeinen, was Fontenelle von gewissen Dingen im Besonderen sagt, man müsse sie der gesellschaftlichen Annehmlichkeit zum Opfer bringen. Es ist der Sanftmuth meines Charakters eigen, jedem Streite vorzubeugen, wenn es sich nicht darum handelt der Unterhaltung einen stärkeren Reiz zu verleihen. Die Cartesianer kämen hier vergeblich zum Zeugenbeweise mit ihren angeborenen Ideen; ich gäbe mir gewiß nicht den vierten Theil so viel Mühe als Locke, um solche Hirngespinnste anzugreifen. Wozu sollte in der That die Abfassung eines großen Buches nützen, um eine Lehre, welche vor dreitausend Jahren zum Grundsätze erhoben war, darzulegen.

Nach den Grundsätzen, welche wir aufgestellt haben und welche wir für wahr halten, muß derjenige, welcher am meisten Vorstellungskraft hat, zugleich als der am meisten mit Geist oder mit Genie ausgestattete angesehen werden, denn alle diese Worte sind gleichbedeutend und ich wiederhole, es ist ein schändlicher Mißbrauch, wenn man verschiedene Dinge zu sagen glaubt, während man nur verschiedene Worte oder Laute, an welche man keinen wirklichen Gedanken oder Unterschied geknüpft hat, vorbringt.

Das schönste, größte oder stärkste Vorstellungsvermögen ist also am meisten für die Wissenschaften, wie für die Künste geeignet. Ich entscheide nicht, ob es mehr Geist bedarf, um in der Kunst eines Aristoteles, oder eines Descartes, als in derjenigen eines Euripides oder eines Sophokles sich auszuzeichnen, und ob die Natur sich in größere Unkosten versetzt hat, um Newton, als um Corneille zu erschaffen, (was ich sehr bezweifle;) aber es ist gewiß die verschieden angewendete Vorstellungskraft allein, welche ihren verschiedenen Triumph und ihren unsterblichen Ruhm hervorgerufen hat.

Wenn Jemand in dem Rufe steht, wenig Urtheil, aber viel Vorstellungskraft oder Phantasie zu besitzen, so will dies sagen, daß letztere, sich selbst zu sehr überlassen, gleichsam fast immer beschäftigt, sich in dem Spiegel ihrer Empfindungen zu beschauen, nicht genügend gewöhnt worden, diese selbst mit Aufmerksamkeit zu prüfen, weil sie von den Eindrücken oder den Bildern tiefer durchdrungen war, als von ihrer Wahrheit oder ihrer Ähnlichkeit.

In der That ist die Lebhaftigkeit der Phantasie so groß, daß sie ohne die Aufmerksamkeit, welche der Schlüssel oder die Mutter der Wissenschaften ist, die Gegenstände nur oberflächlich zu berühren und zu streifen im Stande ist.

Man betrachte den Vogel auf dem Aste, es sieht aus, als sei er zum Davonfliegen immer bereit; ebenso ist es mit der Vorstellungskraft. Immer von dem Wirbel des Blutes und der Einfalle davongetragen, zeichnet eine Welle die Spur, die die folgende wieder verwischt; die Seele sucht oft vergebens sie einzuholen und muß darauf gefaßt sein das nicht rasch genug Ergriffene und Zurückgehaltene zu beklagen. Und so zerstört und erneuert die Vorstellungskraft ohne Unterlaß – ein treues Bild der Zeit – ihre Schöpfungen.

So steht es durch Verwirrung und beständige und rasche Aufeinanderfolge mit unseren Gedanken; sie jagen sich wie eine Woge die andere treibt, so daß wenn die Vorstellungskraft nicht, so zu sagen, einen Theil ihrer Muskeln in Thätigkeit setzt, um ihr Gleichgewicht auf den Seilen des Gehirnes zu erhalten und eine Zeit lang dadurch auf einem fliehenden Gegenstande festen Fuß zu fassen, ohne gleich auf einem andern, dessen Beschauung erst später erfolgen soll, zu fallen, – sie niemals des schönen Namens „Verstand“ würdig sein wird. Sie wird in lebhafter Weise, was sie ebenso empfunden haben wird, ausdrücken; sie wird die Redner, die Musiker, die Maler, die Dichter, aber niemals einen einzigen Philosophen ausbilden. Wenn man im Gegentheil die Einbildungskraft schon von Kindheit an daran gewöhnt, sich selbst einen Zaum aufzulegen, sich nicht zu ihrem eigenthümlichen Ungestüm, der nur glänzende Schwärmer erzeugt, fortreißen zu lassen, seine Gedanken zu fesseln und beisammenzuhalten und sie nach allen Seiten zu beleuchten, damit man einen Gegenstand von allen Gesichtspunkten betrachten könne, – dann wird es, durch Vereinigung von leichter Auffassung und Überlegung, den größten Kreis von Gegenständen umspannen, und seine in der Kindheit, wenn sie durch Bemühung und Übung gezügelt ist, für eine so gute Vorbedeutung gehaltene Lebhaftigkeit wird sich dann zu jenem klaren Scharfsinn gestalten, ohne welchen man wenig Fortschritte in den Wissenschaften macht.

Hiermit sind die einfachen Grundlagen angegeben, auf denen das Gebäude der Logik aufgerichtet worden ist. Die Natur hatte sie dem ganzen Menschengeschlechte dargeboten, aber einige haben sie benutzt, andere gemißbraucht.

Ungeachtet dieser Vorzüge des Menschen vor den Thieren thut man ihm nur Ehre an, wenn man ihn in eine Klasse mit ihnen einreihet. Bis zu einem gewissen Alter ist er wahrhaftig mehr Thier als sie, weil er weniger Instinct bei der Geburt mitbringt.

Welches Thier würde denn mitten in einem Milchstrome sterben? Nur der Mensch. Ähnlich jenem alten Kinde, von welchem ein Neuerer, nach Arnob’s Vorgange erzählt, kennt er weder die sich für ihn eignenden Nahrungsmittel, noch das Wasser, welches ihn ertränken, noch das Feuer das ihn zu Asche machen kann. Man lasse zum ersten Male ein Kerzenlicht vor den Augen eines Kindes brennen, so wird es unwillkürlich den Finger hineinstecken, als ob es erfahren wollte, von welcher Art die neue, von ihm wahrgenommene Erscheinung sei; es wird auf eigene Unkosten die Gefahr kennen lernen, aber nicht zum zweiten Male dabei ertappt werden.

Man setze das Kind ferner mit einem Thiere an den Rand eines Abgrundes, es wird allein hineinfallen; es ertrinkt, wo das Thier sich durch Schwimmen rettet. Mit vierzehn oder fünfzehn Jahren merkt der Mensch kaum die großen Vergnügungen, die seiner bei Fortpflanzung seiner Gattung harren; ist er schon Jüngling, versteht er sich nicht allzu gut bei einem Spiele zu benehmen, welches die Natur so rasch den Thieren lehrt; er verbirgt sich, als ob es eine Schande wäre, Vergnügen zu empfinden und dazu geschaffen zu sein, damit man glücklich werde, während die Thiere damit prahlen, Cyniker zu sein. Ohne Erziehung, sind diese auch ohne Vorurtheile. Aber lasset uns ferner diesen Hund und dieses Kind betrachten, welche alle beide ihren Herrn auf einer Heerstrasse verloren haben: das Kind weint, es weiß nicht welchen Heiligen es anrufen soll; der Hund, durch seinen Geruch besser als das andere von seiner Vernunft geleitet, wird ihn bald gefunden haben.

Die Natur hatte uns also geschaffen, um unter den Thieren zu stehen, oder um eben hierdurch die Wunder der Erziehung, welche uns allein aus dem gleichen Stande mit ihnen zieht und uns endlich über sie emporhebt, besser in die Augen springen zu lassen. Aber sollte man diesselbe Unterscheidung den Tauben, den Blindgeborenen, den Schwachsinnigen, den Narren, den wilden Menschen oder den im Walde mit den Thieren erzogenen, sollte man sie denjenigen bewilligen, deren hypochondrische Stimmung das Vermögen der Vorstellung verloren hat, endlich allen jenen Thieren mit menschlicher Gestalt, welche nur den gröbsten Instinkt an den Tag legen? Nein, alle diese Menschen, die es zufolge ihrer Leibesbeschaffenheit und nicht in Folge ihres Geistes sind, verdienen keine besondere Klasse.

Wir haben nicht die Absicht uns zu verhehlen, daß man zu Gunsten der ursprünglichen Unterscheidung des Menschen von den Thieren, gegen unsere Meinung Einwendungen aufwerfen kann. Es ist, sagt man, im Menschen ein natürliches Gesetz, eine Kenntniß des Guten und des Bösen, welche in das Herz der Thiere nicht eingegraben worden ist.

Aber ist dieser Einwand, oder vielmehr diese Behauptung auf die Erfahrung gegründet, ohne welche ein Philosoph Alles verwerfen kann? Besitzen wir eine solche, welche uns überzeugt, daß der Mensch von einem allen anderen Thieren verweigerten Strahle erhellt worden ist? Wenn es also eine solche nicht giebt, so können wir auch nicht sowohl das, was in den Thieren und selbst in den Menschen sich zuträgt, erkennen, als vielmehr nur empfinden, was das Innere unseres eignen Seins schmerzlich berührt. Wir wissen, daß wir denken und daß wir Gewissensbisse haben; ein inneres Gefühl zwingt uns nur allzusehr es einzuräumen; aber um anderer Leute Gewissensbisse zu beurtheilen, genügt das in uns lebende Gefühl nicht; deßhalb muß man anderen Menschen auf ihr eignes Wort, oder nach Maaßgabe der wahrnehmbaren und äußeren Zeichen, welche wir in uns selbstbemerkten, als wir dasselbe böse Gewissen und dieselben Qualen empfanden, in dieser Beziehung Glauben schenken.

Aber um zu entscheiden ob die Thiere, welche nicht reden, das sittliche Naturgesetz auch empfangen haben, muß man sich folgerichtig an die Zeichen halten, von denen ich eben gesprochen, vorausgesetzt, daß sie vorhanden sind. Die Tatsachen scheinen dafür zu reden. Der Hund, der seinen Herrn gebissen, weil er ihn reizte, scheint dies im nächsten Augenblicke schon zu bereuen; man sieht ihn traurig, betrübt, er wagt nicht sich zu zeigen und gesteht seine Strafbarkeit durch eine demüthige, beschämte Miene ein. Die Geschichte bietet uns ein berühmtes Beispiel von einem Löwen, welcher einen seiner Wuth überlassenen Menschen nicht zerreißen wollte, weil er ihn als seinen Wohlthäter wiedererkannte. Wie wünschenwerth wäre es doch, daß der Mensch selbst immer die gleiche Erkenntlichkeit für Wohlthaten und dieselbe Achtung vor der Menschlichkeit an den Tag legte! Man hätte dann weder die Undankbaren, noch jene Kriege zu fürchten, welche die Geißel des Menschengeschlechts und die wahren Henker des natürlichen Sittengesetzes sind.

Aber ein Wesen, dem die Natur einen so frühzeitigen, klaren Instinct gegeben hat, welches urtheilt, verknüpft, überlegt und nachdenkt, soweit der Kreis seiner Thätigkeit sich erstreckt und es ihm erlaubt; ein Wesen, welches von Wohlthaten angezogen, von übler Behandlung verscheucht wird und es bei einem besseren Herrn versucht, ein Wesen, von einem dem unsrigen ähnlichen Baue, welches dieselben Verrichtungen, dieselben Schmerzen, dieselben dem Gebiete seiner Vorstellung und der Beschaffenheit seiner Nerven entsprechenden, mehr oder weniger lebhaften Vergnügungen hat, ein solches Wesen sollte nicht deutlich veranschaulichen, daß es sein eignes und unser Unrecht wohl empfindet, daß es Gutes und Böses kennt und mit einem Worte sich seines Thuns und Lassens bewußt ist? Sollte seine Seele, welche dieselbe Freude, dieselben Kränkungen, denselben Schrecken wie die unsrige bezeugt, ohne jeden Widerwillen bei dem Anblick des zerfleischten Mitgeschöpfs bleiben oder gar nachdem es dieses selbst unbarmherzig zerstückelt hat? Wenn man dies anzunehmen nicht berechtigt ist, so wäre also die fragliche kostbare Gabe den Thieren nicht verweigert worden; denn weil sie uns deutliche Zeichen ihrer Reue, wie ihrer Einsicht blicken lassen, so dürfte es keine abgeschmackte Ansicht sein, daß Geschöpfe, Maschinen fast von derselben Vollkommenheit als wir, gleich uns zum Denken und zum Empfinden der Natur geschaffen seien.

Man wende mir nicht ein, die Thiere seien meist wilde Wesen, die das Unglück, das sie anstiften, zu fühlen außer Stande sind; denn wissen sämmtliche Menschen besser zwischen Lastern und Tugenden zu unterscheiden? Es hat unsere Gattung ebenso gut Wildheit aufzuweisen als die ihrige. Die Menschen, welche aus barbarischer Gewohnheit das Naturgebot übertreten, sind aus diesem Grunde nicht so gepeinigt, als diejenigen, welche es zum ersten Male überschreiten und welche die Macht des Beispiels nicht verhärtet hat. Dasselbe gilt von den Thieren, wie von den Menschen. Beide können mehr oder weniger wild von Temperament sein und sie werden es noch mehr in Gesellschaft derjenigen, welche es sind. Aber ein sanftes, friedliches Thier, welches mit anderen ähnlichen Thieren und von milden Nahrungsmitteln lebt, wird dem Blute und dem Gemetzel Feind sein; es wird innerlich erröthen es vergossen zu haben, mit dem Unterschiede vielleicht, daß, da bei ihnen Alles den Bedürfnissen, dem Vergnügen und der Lebensbequemlichkeit, die sie nicht mehr als wir gemessen, geopfert wird, es so scheint, als brauchten ihre Gewissensbisse nicht so lebhaft als die unsrigen zu sein, weil wir nicht derselben Nöthigung als sie unterworfen sind. Die Gewohnheit stumpft ab und erstickt vielleicht die Gewissensbisse, wie die Vergnügungen.

Aber ich will einen Augenblick annehmen, daß ich mich täusche und daß es nicht richtig sei, daß fast die ganze Welt über diesen Punkt sich im Unrecht befinde, während ich allein Recht haben sollte; ich räume ein, daß die Thiere, selbst die ausgezeichnetsten, die Unterscheidung zwischen dem moralisch Guten und Schlechten nicht kennen, daß sie kein Gedächtniß für die Aufmerksamkeit, für das Gute, das man ihnen erwiesen, keine Empfindung ihrer eigenen guten Eigenschaften haben; daß jener Löwe beispielsweise, dessen ich nach so vielen Anderen Erwähnung gethan, sich nicht erinnern solle, daß er das Leben jenem Manne nicht habe rauben wollen, den man zu einem Schauspiele, das unmenschlicher als alle Löwen, Tiger und Bären war, seiner Wuth überliefert hatte, – während unsere Mitbürger sich schlagen, Schweizer gegen Schweizer, Brüder gegen Brüder, sich erkennen, fesseln und ohne Gewissensbisse tödten, weil ein Fürst ihre Mordthaten bezahlt. Ich nehme endlich an, daß die natürliche Moral den Thieren nicht verliehen worden sei; was wird sich daraus ergeben? Der Mensch ist nicht aus einem kostbareren Leim geknetet, die Natur hat nur ein und denselben Teig verwandt und nur die Sauerteige sind dabei verschieden ausgefallen. Wenn das Thier also die Verletzung des innern Gefühls, von dem ich rede, nicht bereut, oder wenn es desselben vielmehr gänzlich beraubt ist, so muß der Mensch nothwendigerweise sich in demselben Falle befinden, und damit lebe wohl Naturrecht und alle jene schönen Abhandlungen, welche man hierüber veröffentlicht hat! Das ganze Thierreich würde des ersteren durchweg beraubt sein. Aber wiederum, wenn der Mensch nicht umhin kann zu gestehen, daß, wenn die Gesundheit ihm nur die Freiheit des Willens läßt, er immer die Rechtschaffenen, Edeldenkenden, Tugendhaften, von den Unedlen, Nichttugendhaften und Unrechtschaffenen unterscheidet; wenn es leicht ist, das Lasterhafte von dem Tugendhaften schon durch das bloße Vergnügen, oder andrerseits durch das eigene Widerstreben – gleichsam die natürlichen Wirkungen Beider – zu unterscheiden, – so folgt daraus, daß die aus demselben Stoffe gebildeten Thiere, einem Stoffe, welchem vielleicht nur ein Grad von Gährung gefehlt hat, um in Allem den Menschen gleiche Thiere daraus hervorgehen zu lassen, an denselben Vorrechten des animalischen Wesens Theil nehmen müssen, und daß also keine Seele, keine empfindende Substanz dem Gefühle der Reue fremd sein kann. Die folgende Überlegung soll das Gesagte erhärten:

Man kann das sittliche Naturgesetz nicht zerstören. Es ist allen Thieren so stark eingeprägt, daß ich durchaus nicht zweifle, auch bei den wildesten und rohesten gebe es Augenblicke der Reue. Ich glaube, daß das wilde Mädchen von Chalons in der Champagne die Strafe für ihr Verbrechen in sich getragen haben wird, wenn es wahr ist, daß sie ihre Schwester gefressen hat. Ich denke dasselbe von Allen, welche selbst unfreiwillige Verbrechen oder dieselben auf Grund eigenthümlicher Beschaffenheit ihres Körpers begehen: von Gaston von Orleans, der sich zu stehlen nicht enthalten konnte; von einer gewissen Frau, die in der Schwangerschaft demselben Laster unterworfen war, welches auch auf ihre Kinder sich vererbte; von dem Weibe welches in demselben Zustande ihren Gatten fraß; von jenem andern, welches die Kinder erwürgte, ihre Körper einsalzte und davon alle Tage, wie von kurzer Zeit im Salze gelegenem jungen Schweinefleisch zehrte; von jener Tochter eines Räubers, welche im Alter von 12 Jahren zur Menschenfresserin wurde, und die, obschon sie als einjähriges Kind ihre Eltern verloren hatte, von rechtschaffenen Leuten auferzogen worden war; – und von so vielen andern hier nicht weiter erst zu nennenden Beispielen, von denen unsere Beobachter erfüllt sind und welche alle beweisen, daß es tausend erbliche, von Eltern auf Kinder, von Amme auf Säugling, übergehende Laster und Tugenden giebt. Ich sage also und räume ein, daß diese Unglücklichen die Ungeheuerlichkeit ihrer That meist nicht auf der Stelle empfinden. Die Freßsucht z. B. kann jeden Funken von Gefüllt erlöschen; es ist dies eine heftige Begierde des Magens, welche man zu befriedigen gezwungen ist. Aber wenn jene Frauen wieder zu sich gekommen und gleichsam nüchtern geworden sind, welche Gewissensbisse für sie bei der Erinnerung an den Mord, welchen sie an dem Theuersten, was sie hatten, begangen haben! Wie schrecklich die Strafe für eine unfreiwillige Übelthat, welcher sie nicht widerstehen konnten, bei welcher sie des Bewußtseins beraubt gewesen! Jedoch ist dies ein Zustand, welcher den Richtern nicht hinlänglich klar ist. Von den erwähnten Frauen wurde die eine gerädert und verbrannt, die andere lebendig begraben. Ich verkenne keineswegs, was das Interesse der Gesellschaft, erheischt. Aber unzweifelhaft wäre wünschenswerth, daß als Richter nur ausgezeichnete Ärzte fungirten. Sie allein könnten den unschuldigen Verbrecher vom schuldigen unterscheiden Wenn die Vernunft die Sklavin eines verderbten oder wüthenden Sinnes ist, wie sollte sie ihn dann beherrschen können?

Aber wenn das Verbrechen seine mehr oder weniger grausame Strafe selbst mit sich bringt, wenn die längste und barbarischeste Gewohnheit die Reue aus den unmenschlichsten Herzen nicht ganz herauszureißen vermag, wenn sie vielmehr durch die bloße Erinnerung an ihre Frevelthaten zerrissen werden, warum will man das Vorstellungsvermögen schwacher Geister mit einer Hölle, mit Gespenstern und mit Feuerschlünden schrecken, welche in Wirklichkeit noch weniger vorhanden sind, als diejenigen Pascals. In einem Zirkel oder bei Tische bedurfte er immer einer Vormauer von Stühlen, oder Jemandes in seiner Nachbarschaft zur Linken, um keine furchtbaren Ab gründe zu sehen, in welche er manchmal hineinzufallen fürchtete, so sehr er sich auch bewußt war, daß es Täuschungen seien. Welche schreckliche Wirkung der Phantasie oder eines sonderbaren Blutumlaufs in einem Gehirnlappen. Einerseits ein großer Mann, war er anderseits zur Hälfte ein Narr. Die Narrheit und die Weisheit hatten jede ihr Departement oder ihren durch die Sichel getrennten Lappen. Von welcher Seite hielt er so viel auf Port-Royal? Ich habe diese Thatsache in einem Auszuge der Abhandlung über den Schwindel von la Mettrie gelesen.

Was braucht man denn zu Fabeln seine Zuflucht zu nehmen, wie ein rechtgläubiger Papst selbst gesagt hat, um dieselben Unglücklichen zu quälen, welche man dem Tode geweiht, weil man sie durch ihr eigenes Gewissen, welches ihr erster Henker ist, nicht hinlänglich bestraft findet? Ich will damit nicht sagen, daß alle Verbrecher ungerecht bestraft würden; ich behaupte nur, daß diejenigen, deren Willen verderbt und deren Gewissen erloschen ist, vermöge ihrer Gewissensbisse, wenn sie wieder zu sich selbst kommen, genügend bestraft sind, Gewissensbisse, ich wage nochmals diese Bemerkung, von denen, wie mir scheint, die Natur in diesem Falle von einer unheilschwangeren Nothwendigkeit fortgerissene Unglückliche hätte befreien müssen.

Die Verbrecher, die Boshaften, die Undankbaren, endlich diejenigen, welche keine Empfindung für die Natur haben, unglückliche und des Tages unwürdige Tyrannen, mögen aus ihrer Barbarei sich immerhin ein grausames Vergnügen bereiten, in Augenblicken der Ruhe und Überlegung erhebt sich doch das Gewissen, zeugt wider sie, und verurtheilt sie, fast unaufhörlich von seinen rächenden Händen zerrissen zu werden. Wer die Menschen quält, wird von sich selbst gequält, und die Pein, welche er empfindet, wird das gerechte Maaß der von ihm Anderen bereiteten sein.

Andererseits ist es ein so großes Vergnügen Gutes zu thun und das erfahrene Gute zu fühlen und dankbar zu erkennen, es liegt eine große Befriedigung in der Ausübung der Tugend, in dem Besitze der Sanftmuth, Menschlichkeit, Zärtlichkeit, Nächstenliebe, des Mitgefühls und der Großmuth (dies Wort allein schließt alle Tugenden in sich), daß, wer auch immer das Unglück hat nicht tugendhaft geboren zu sein, von mir für genug bestraft erachtet wird.

Wir sind ursprünglich nicht, um Gelehrte zu sein, erschaffen worden; wir sind es vielleicht nur durch eine Art Mißbrauch unserer organischen Fälligkeiten geworden, und zwar zur Last des Staates, der eine Menge Müßiggänger ernährt, welche die Eitelkeit mit dem Namen Philosophen geschmückt hat. Die Natur hat uns einzig und allein erschaffen, um glücklich zu sein; ja Alle, vom Wurme, der auf dem Boden kriecht, bis zum Adler hinauf, der sich in den Wolken verliert. Deßhalb hat sie allen Thieren einigen Antheil an dem Naturgebot gegeben, einen mehr oder weniger auserlesenen Antheil, je nachdem die normal beschaffenen Organe jedes Thieres es mit sich bringen.

Wie werden wir nun das Naturgebot definiren? Es ist dies ein Gefühl, welches uns lehrt, was wir nicht thun sollen, indem wir wünschen, daß man es uns nicht thue. Ich darf wohl diesem allgemein bekannten Satze hinzufügen, daß dieses Gefühl mir nur eine Art Furcht oder Schrecken zum Heile der Gattung und des Individuums zu sein scheint; wir achten nehmlich die Börse oder das Leben Anderer vielleicht nur darum, weil wir uns unsere Güter, unsere Ehre und uns selbst erhalten wollen, ähnlich jenen Ixions des Christenthums, welche nur, weil sie die Hölle fürchteten, Gott lieben und so viel eingebildeten Tugenden nachhängen.

Man sieht, daß das Naturgebot nur ein inneres Gefühl ist, welches noch zum Vorstellungsvermögen gehört, gleich allen anderen, zu denen man den Gedanken zählt. Folglich setzt es einleuchtenderweise weder Erziehung, noch Offenbarung, noch einen Gesetzgeber voraus, man müßte es denn mit den bürgerlichen Gesetzen nach der lächerlichen Art der Theologen vermengen wollen.

Die Waffen des Fanatismus können diejenigen, welche diese Wahrheiten behaupten, vernichten, aber sie werden diese Wahrheiten selbst niemals zerstören.

Damit ziehe ich das Vorhandensein eines höchsten Wesens nicht in Zweifel; es scheint mir im Gegentheil der höchste Grad von Wahrscheinlichkeit für dasselbe zu sprechen; aber da diese Existenz nicht in höherem Grade die Nothwendigkeit einer Gottesverehrung, als jede andere beweist, so ist dies eine theoretische Wahrheit, welche mit der Praxis ganz und gar nichts zu thun hat, so daß, da man nach so vielen Erfahrungen sagen kann, die Religion setze vollkommene Rechtschaffenheit nicht voraus, dieselben Gründe zu der Meinung berechtigen, sie sei durch den Atheismus nicht ausgeschlossen.

Wer weiß übrigens, ob die Ursache des menschlichen Daseins nicht eben in seinem Dasein liege? Viel leicht ist er auf irgend einem Punkte der Erdoberfläche dem Zufall hingeworfen worden, ohne daß man wie oder warum wissen kann, nur daß er, gleich jenen von einem Tage zum andern erscheinenden Pilzen oder jenen die Gräben begrenzenden und die Mauern bedeckenden Blumen, leben und sterben muß.

Verlieren wir uns nicht ins Unendliche, wir sind nicht dazu angethan, hiervon auch nur die geringste Idee zu haben; es ist uns durchaus unmöglich zum Ursprunge der Dinge den Pfad aufzufinden. Es ist überdies für unsere Ruhe gleich, ob der Stoff ewig sei, oder ob er erschaffen worden ist, ob es einen Gott giebt oder keinen. Welche Narrheit ist es, sich um deßwillen zu quälen, was zu erkennen unmöglich ist und was uns nicht glücklicher machen wurde, wenn wir damit zu Stande kämen.

Aber, sagt man, lesen Sie alle Werke eines Fénelon Nieuwentit, Abadie, Derham, Raïs etc., nun gut! Was werde ich aus ihnen lernen, oder was habe ich vielmehr aus ihnen gelernt? Das sind nur langweilige Wiederholungen beeiferter Schriftsteller, von denen der eine dem andern nur ein die Grundsätze des Atheismus mehr zu stärken als zu untergraben geeignetes Geschwätz hinzufügt. Der Umfang der Beweise, welche man aus dem Anblicke der Natur schöpft, verleiht ihnen keine größere Kraft. Der Bau eines Fingers, eines Ohres, eines Auges allein, eine Beobachtung von Malpighi, beweisen Alles und ohne Zweifel viel besser als Descartes und Mallebranche; oder vielmehr alles Übrige beweist nichts. Die Deisten und selbst die Christen müßten sich also mit der Bemerkung begnügen, daß in dem ganzen animalischen Reiche dieselben Absichten mit Hilfe einer unendlichen Menge verschiedener, jedoch durchweg genau abgemessener Mittel ausgeführt werden. Denn mit welchen stärkeren Waffen könnte man die Atheisten niederstrecken? In der That scheinen, wenn meine Vernunft mich nicht trügt, der Mensch und das ganze Weltall zu dieser Einheit der Absichten auserkoren worden zu sein. Die Sonne, die Luft, das Wasser, die Organisation, die Gestalt der Körper, Alles ist in dem Auge wie in einem Spiegel angeordnet, welcher der Vorstellung getreu die darin abgemalten Gegenstände in der gesetzmäßigen Weise darstellt, wie sie für die unendliche Menge von durch das Gesicht wahrzunehmenden Körpern erforderlich ist. Im Ohre finden wir überall eine auffallende Verschiedenheit, ohne daß diese verschiedene Einrichtung beim Menschen, den Thieren, den Vögeln, den Fischen, verschiedene Gebrauchsweisen mit sich brächte. Alle Ohren sind mit so großer mathematischer Genauigkeit gebildet, daß sie in gleicher Weise denselben einzigen Zweck, nehmlich den zu hören, erstreben. Sollte der Zufall, frägt der Deist, denn ein so großer Meßkünstler sein, daß er die Werke, für deren Urheber man ihn hält, so verschieden gestaltet, ohne daß so große Unterschiede ihn an der Erreichung desselben Ergebnisses hindern können? Er fügt noch als Einwarf jene zu künftigem Gebrauche in dem Thiere augenscheinlich enthaltenen Theile hinzu: den Schmetterling in der Raupe, den Menschen im Samenthierchen, einen ganzen Polypen in jedem seiner Theile, die Klappe des ovalen Lochs, die Lunge im Fötus, die Zähne in ihrem Alveolen, die Knochen in den Flüssigkeiten, welche sich von ersteren absondern und auf unbegreifliche Weise erhärten. Und da die Anhänger dieses Systems nichts vernachlässigen, um es zur Geltung zu bringen und daher Beweis auf Beweis zu häufen niemals müde werden, wollen sie Alles benutzen und selbst die Schwäche des Geistes in gewissen Fällen. Sehet, sagen sie, die Spinoza, die Vanini, die Desbarreaux, die Boindins, Apostel, welche dem Deismus mehr Ehre als Unrecht anthun; die Dauer ihrer Gesundheit ist das Maats ihrer Ungläubigkeit gewesen; und in der That ist es, so fügen sie hinzu, selten, daß man den Atheismus nicht abschwört, sobald die Leidenschaften mit dem Körper, ihrem Werkzeuge, schwach geworden sind.

Das ist gewiß Alles, was man zu Gunsten des Vorhandenseins eines Gottes sagen kann, obgleich dieser letzte Beweisgrund insofern hinfällig erscheint, als solche Bekehrungen nur kurz sind und der Geist fast immer seine alten Meinungen wieder aufnimmt und sich diesen Meinungen gemäß verhält, sobald er in den Körperkräften seine frühere Kraft wiedererlangt oder vielmehr wiedergefunden hat. Wenigstens ist dies bedeutend mehr als der Arzt Diderot in seinen „philosophischen Gedanken“, einem erhabenen Werke, welches einen Atheisten nicht überzeugen wird, sagt. Was soll man in der That einem Manne antworten, welcher sich folgendermaßen äußert: „Wir kennen die Natur nicht; in ihrem Innern verborgene Ursachen könnten Alles hervorgerufen haben. Sehet doch einmal den Polypen von Trembley an! Enthält er nicht in sich die Ursachen, welche zu seiner Erneuerung Veranlassung geben? Warum sollte denn die Ansicht so abgeschmackt sein, daß es physische Ursachen für alles Erschaffene giebt, woran die ganze Kette des weiten Weltalls so nothwendig gebunden und denen sie so unterworfen ist, daß nichts von dem, was geschieht, nicht auch nicht geschehen könnte; Ursachen, deren durchaus unüberwindliche Unkenntniß uns zu einem Gotte die Zuflucht nehmen ließ, welcher – nach der Meinung Einiger – nicht einmal ein vernünftiges Wesen ist. Auf solche Art den Zufall vernichten, heißt nicht das Vorhandensein eines höchsten Wesens beweisen, weil es ja möglich ist, daß etwas dazwischen liegt, was weder Zufall noch Gott ist; ich will einmal sagen die Natur, deren Studium folglich nur Ungläubige erzeugen kann, wie die Art zu denken bei ihren glücklichsten Erforschern beweist.“

Das „Gewicht des Weltalls“ ist also weit entfernt, einen wirklichen Atheisten zu vernichten, es erschüttert ihn nicht einmal, und alle diese tausend und abermals tausend mal aufs Neue widerlegten Beweise eines Schöpfers, welche man hoch über die sonst bei uns übliche Art zu denken stellt, sind, mag man diese Gründe noch so weit fortsetzen, nur den Antipirrhoniern einleuchtend, oder denjenigen welche Vertrauen genug in ihre Vernunft setzen, um über scheinbare Dinge zu urtheilen, denen, wie man sieht, dir Atheisten vielleicht eben so starke und durchaus widersprechende Wahrscheinlichkeiten entgegensetzen können. Denn wenn wir die Naturalisten weiter hören, so werden sie uns sagen, daß dieselben Ursachen, welche in den Händen eines Chemikers und durch den Zufall verschiedener Mischungen den ersten Spiegel hervorgebracht haben, in den Händen der Natur das reine Wasser, welches der einfachen Schäferin zum. Spiegel dient, geschaffen, haben; daß die die Bewegung, welche die Welt erhält, sie hat erschaffen können; daß jeder Körper den Platz, welchen seine Natur ihm anwies, hat einnehmen müssen; daß die Luft aus demselben Grunde die Erde umgeben mußte, aus welchem das Eisen und die anderen Metalle das Werk ihres Innersten sind; daß die Sonne ein eben so natürliches Erzeugniß als die Entstehung der Electricität ist, daß sie mit nicht mehr Grund zur Erwärmung der Erde und aller ihrer Einwohner, welche sie manchmal auch verbrennt, geschaffen worden, als der Regen, um die Körner hervorzubringen, welche er oft auch zu Grunde richtet; daß der Spiegel und das Wasser nicht mit mehr Vorsatz gemacht worden sind, damit man sich darin ansehen könne, als alle glatten Körper, welche dieselbe Eigenschaft haben; daß das Auge in der That eine Art von Spiegel ist, in welchem die Seele das Bild der Gegenstände, so wie sie ihm von diesen Körpern gezeigt worden sind, beschauen kann, – aber daß nicht bewiesen ist, dieses Organ sei wirklich ausdrücklich um dieser Beschauung willen gemacht oder in die Augenhöhle eingestellt worden; daß es endlich wohl möglich sei, Lucrez, der Arzt Lamy und alle alten und neuen Epicuräer hätten Recht, wenn sie behaupten, daß das Auge nur dadurch, daß es so gestaltet und gestellt ist, wie dies eben der Fall, zum Sehen geeignet sich zeigt, und daß, dieselben Regeln der Bewegung vorausgesetzt, welche die Natur in der Erzeugung und Entwicklung der Körper sonst befolgt, dieses merkwürdige Organ unmöglich anders organisirt werden und einen andern Platz erhalten konnte.

Das ist das Für und Gegen, das sind in Kürze die großen Ursachen, welche die Philosophen für ewig in zwei Heerlager theilen werden. Ich ergreife keine Partei.

Nicht unsere Sache ist es, so große Streitigkeiten beizulegen. Dieses sagte ich einem mir befreundeten Franzosen, einem eben so freien Skeptiker als ich, einem Manne von viel Verdienst und der eines bessern Schicksals würdig war. Er gab mir darauf eine sehr sonderbare Antwort: Es ist wahr, sagte er zu mir, daß das Für und das Gegen die Seele eines Philosophen nicht beunruhigen soll, welcher sieht, daß nichts mit hinlänglicher Klarheit bewiesen ist, um sich seine Übereinstimmung abnöthigen zu lassen, und daß bestimmtere Anzeichen, die sich von der einen Seite darbieten, alsbald von abweichenden Gedanken, welche sich von der andern Seite zeigen, zerstört werden. Jedoch, meinte er, wird die Welt nur, wenn sie dem Atheismus huldigt, glücklich sein. Folgendes waren die Gründe dieses „abscheulichen“ Menschen: Wenn der Atheismus allgemein verbreitet wäre, so würden, sagte er, alle Zweige der Religion alsdann mit der Wurzel zerstört und ausgeschnitten sein. Dann gäbe es keine Religionskriege mehr, nicht mehr die schlimmste Art von Soldaten, Soldaten der Religion! Die von einem geheiligten Gifte angesteckte Natur würde ihre Rechte und ihre Reinheit wiedererlangen. Taub für jede anderen Stimme, würden die ruhigen Sterblichen nur den ungezwungenen Rathschlägen ihrer eignen Individualität Folge leisten; denn diese sind die einzigen, welche man nicht ungestraft verachtet und welche allein durch die angenehmen Pfade der Tugend uns zum Glücke zu führen vermögen.

So verhält es sich mit dem Naturgesetze, und wer es streng beachtet, ist ein redlicher Mann, der das Vertrauen des ganzen Menschengeschlechts verdient. Wer ihm dagegen nicht gewissenhaften Gehorsam leistet, mag er die scheinbaren Außenseiten einer andern Religion so viel zur Schau tragen als er will, ist ein Betrüger, oder ein Heuchler, welchem ich nicht traue.

Hiernach mag ein eitles Volk immerhin anderer Meinung sein; mag es zu behaupten wagen, daß man mit der Offenbarung die Rechtschaffenheit selbst verloren giebt, daß man mit einem Worte einer anderen als der Natur-Religion bedarf, welche sie auch sein mag! Welch’ ein Elend! Welch’ ein Mitleid! Und die gute Meinung, welche jeder von der Religion, die er gewählt, uns beibringen will! Wir buhlen hier nicht um die Stimme des Pöbels. Wer in seinem Herzen dem Aberglauben Altäre errichtet, ist zur Anbetung der Götzen geboren und nicht um Tugend zu empfinden.

Aber wenn nun alle Fähigkeiten der Seele dermaaßen von der eigenthümlichen Organisation des Gehirns und des ganzen Körpers abhängen, daß sie augenscheinlich nur eben diese Organisation selbst sind, so halten wir eine sehr erleuchtete Maschine vor uns. Denn wenn dem Menschen das Naturrecht auch allein zu Theil geworden wäre, wäre er deßhalb weniger eine Maschine? Räder, einige Federn mehr als in den vollkommensten Thieren, das Gehirn dem Herzen verhältnißmäßig näher und auch mehr Blut empfangend bei gleichem Verhältniß, was weiß ich noch? Unbekannte Ursachen würden immer dieses zarte Gewissen, das so leicht verletzlich ist, diese Gewissensbisse, welche dem Stoffe ebenso wenig fremd, als der Gedanke sind, und mit einem Worte die ganze hier vorausgesetzte Verschiedenheit hervorbringen. Würde denn die Organisation zu Allem genügen? ja, noch einmal. Da doch der Gedanke sich sichtlich mit den Organen entwickelt, warum sollte der Stoff, aus dem sie bestehen, nicht ebenso für Gewissensbisse empfänglich sein, wenn er einmal mit der Zeit die Fähigkeit zu empfinden erlangt hat.

Die Seele ist also nur ein nichtiger Ausdruck, von dem man keine rechte Vorstellung hat und dessen sich ein guter Kopf nur zur Benennung des in uns denkenden Princips bedienen sollte. Nimmt man auch nur den geringsten Grund zur Bewegung an, so wird es den beseelten Körper nicht an dem Nöthigen fehlen, sich zu bewegen, zu fühlen, zu denken, zu bereuen und sich mit einem Worte in der physischen Welt so wie in der davon abhängenden moralischen angemessen zu benehmen.

Wir setzen nichts voraus; wer da meinen sollte, es seien noch nicht alle Schwierigkeiten behoben, der wird Erfahrungen vorfinden, die ihn vollends befriedigen werden.

1. Alles Fleisch der Thiere zuckt nach dem Tode um so länger, als das Thier kälter ist und weniger ausdünstet. Dies beweisen die Schildkröten, die Eidechsen, die Schlangen etc.

2. Die vom Körper getrennten Muskeln ziehen sich zusammen, wenn man sie reizt.

3. Die Eingeweide behalten lange ihre peristaltische oder wurmförmige Bewegung.

4. Eine einfache Warmwasser-Einspritzung belebt nach Cowper das Herz und die Muskeln.

5. Das Froschherz bewegt sich, besonders wenn es der Sonne ausgesetzt ist, noch besser auf einem Tische oder einem heißen Teller, während einer Stunde und noch mehr, sobald man es aus dem Körper herausgenommen hat. Scheint die Bewegung dann rettungslos verschwunden? Man reize bloß das Herz, und dieser hohle Muskel schlägt noch. Harvey hat dieselbe Beobachtung an Kröten gemacht.

6. Baco von Verulam spricht in seiner Abhandlung Sylva-Sylvarum von einem des Verraths überführten Manne, welchen man lebendig öffnete und dessen in heißes Wasser geworfenes Herz mehrere Male, immer weniger hoch, bis zur senkrechten Höhe von 2 Fuß sprang.

7. Man nehme ein Hühnchen noch im Ei; man entferne sein Herz und man wird dieselben Erscheinungen unter beinahe gleichen Umständen wahrnehmen. Die Wärme des Athems allein vermag ein Thier, welches in der Luftpumpe beinahe leblos gemacht ist, wieder zu beleben.

Dieselben Erfahrungen, welche wir Boyle und Stenonis verdanken, macht man mit Tauben, Hunden, Kaninchen, von denen einzelne Stücke des Herzens sich ebenso wie das ganze Herz bewegen. Eine gleiche Bewegung sieht man an den getrennten Pfoten des Maulwurfs.

8. Die Raupe, die Würmer, die Spinne, die Fliege, der Aal bieten der Betrachtung Ähnliches dar, und die Bewegung der abgeschnittenen Theile nimmt im heißen Wasser, wegen der in demselben enthaltenen Anfeuerung, noch zu.

9. Ein betrunkener Soldat hieb einem Truthahne den Kopf ab. Das Thier blieb stehen, dann ging es, lief; als eine Mauer ihm in den Weg kam, wandte es sich um, schlug mit den Flügeln, wobei es seinen Lauf fortsetzte, und endlich fiel es um. Auf dem Boden ausgestreckt, bewegten sich alle Muskeln dieses Hahnes aufs Neue. Das habe ich gesehen, und es ist leicht, nahezu dieselben Erscheinungen bei kleinen Katzen, oder Hunden, denen man den Kopf abgeschnitten, zu sehen.

10. Die Polypen bewegen sich nicht bloß, nachdem man sie zerschnitten; sie verwandeln sich binnen acht Tagen in eben so viele Thiere, als zerschnittene Theile vorhanden sind. Ich ärgere mich hierüber um des Systems der Naturalisten in Betreff der Zeugung willen, oder ich freue mich deßhalb eigentlich, weil nehmlich diese Entdeckung uns die gute Lehre giebt, niemals einen allgemeinen Schluß, selbst auf Grund aller bekannten und entscheidendsten Erfahrungen, zu ziehen.

Wir hätten hiernach mehr Thatsachen als wir brauchen, um unwiderleglich darzuthun, daß jede kleine Faser, oder jeder kleine Theil der organisirten Körper sich vermöge eines eigenthümlichen nicht wie bei den freiwilligen Bewegungen von den Nerven abhängigen, Princips bewegt; weil die Bewegungen, von denen hier die Rede ist, ausgeführt werden, ohne daß die Theile, von welchen sie ausgehen, in irgend einem Zusammenhange mit dem Blutumlauf ständen. Wenn demnach diese Kraft sich sogar in kleinen Faserstückchen bemerklich macht, so muß das Herz, da es eine Zusammensetzung von eigenthümlich verflochtenen Fasern ist, dieselbe Eigenschaft haben. Die Geschichte von Baco brauchte mir nicht erst diese Überzeugung beibringen. Mir war es leicht hierüber zu einem Urtheile zu gelangen, sowohl wegen der vollkommenen Ähnlichkeit des Baues beim Menschen- und Thierherzen, als auch wegen des Gewichts des ersteren, in welchem diese Bewegung sich nur, weil sie darin unterdrückt ist, den Augen verbirgt, als auch endlich, weil in den Leichen Alles kalt und unterdrückt erscheint. Wenn man zum Tode verurtheilte Verbrecher, deren Körper noch warm sind, zerlegen könnte, würde man an ihrem Herzen dieselben Bewegungen erblicken, welche man an den Gesichtsmuskeln enthaupteter Leute wahrnimmt.

Dieses Bewegungsprincip ganzer Körper oder in Stücke zerschnittener Theile bringt nicht ungeregelte Bewegungen hervor, wie man geglaubt hat, sondern sehr regelmäßige, und zwar sowohl in warmen und vollkommenen, als auch in kalten und unvollkommenen Thieren. Es bleibt also unseren Gegnern kein anderes Hilfsmittel übrig, als tausend und abermals tausend Thatsachen, welche jeder leicht bestätigen kann, zu leugnen.

Wenn man mich jetzt frägt, welches denn der Sitz dieser unseren Körpern innewohnenden Kraft ist, so antworte ich, daß sie ihn sehr deutlich in dem von den Alten so genannten Parenchym hat, das heißt in der eigenthümlichen Substanz der Theile, abstrahirt von den Venen, Arterien, Nerven, mit einem Worte von der Organisation des ganzen Körpers; und daß folglich jeder Theil in sich mehr oder weniger lebhafte Triebfedern je nach Bedürfniß enthält.

Treten wir einmal in eine etwas nähere Betrachtung dieser Triebfedern der menschlichen Maschine ein: alle vitalen, animalischen, natürlichen und automatischen Bewegungen geschehen durch die Wirksamkeit derselben. Zieht sich nicht der Körper maschinenmäßig zurück, wenn er beim Anblick eines unerwarteten Abgrundes von Schrecken ergriffen wird? Senken sich nicht die Augenlider bei der Drohung eines Schlages? Verengt sich die Pupille nicht vor der Tageshelle, um die Netzhaut zu schonen, und erweitert sie sich nicht, um in der Dunkelheit die Gegenstände zu sehen? Schließen sich die Poren der Haut nicht maschinenmäßig im Winter, damit der Frost nicht ins Innere der Gefäße eintritt? Hebt sich nicht der Magen, vom Gifte erregt, durch eine gewisse Menge Opium, durch alle Brechmittel etc.? Ziehen sich das Herz, die Arterien, die Muskeln nicht während des Schlafs, wie während des Wachens zusammen? Leistet die Lunge nicht den Dienst eines beständig in Bewegung gesetzten Blasebalges? Sind nicht alle Schließmuskeln der Blase, des Mastdarmes etc. maschinenmäßig in Thätigkeit? Zieht sich das Herz nicht stärker zusammen als jeder andere Muskel? Erheben die aufrichtenden Muskeln das männliche Glied nicht beim Menschen, wie bei den Thieren, welche sich damit auf den Bauch schlagen, und selbst beim Kinde, dessen Glied, wenn es gereizt ist, der Aufrichtung fällig wird? Es beweist dies – nebenher gesagt – eine eigenthümliche Schnellkraft dieses Körpertheils, welche noch wenig gekannt ist und deren Wirkungen, trotz aller anatomischer Einsicht, noch nicht recht erklärt sind.

Ich werde mich nicht weiter über jene kleinen untergeordneten von Jedermann gekannten Triebwerke verbreiten. Es giebt aber ein anderes, feineres, und wunderbares, welches sie alle belebt; es ist die Quelle aller unserer Gefühle, aller unserer Vergnügungen, aller unserer Leidenschaften, aller unserer Gedanken; denn das Gehirn hat seine Muskeln um zu denken, wie die Beine die ihrigen um zu gehen. Ich meine jenes anregende und ungestüme, von Hippocrates enormôn (die Seele) genannte Princip. Dieses Princip ist vorhanden, und es hat seinen Sitz im Gehirne am Ursprunge der Nerven, durch welche es seine Herrschaft auf den ganzen übrigen Theil des Körpers ausübt. Hierdurch erklärt sich Alles, was erklärt werden kann, sogar die überraschenden Wirkungen der Krankheiten des Vorstellungsvermögens.

Aber damit der Leser nicht durch übermäßige Fülle und falsch angebrachte Ausführlichkeit gequält werde, muß ich mich auf eine kleine Anzahl von Fragen und Betrachtungen beschränken:

Warum erzeugen der Anblick, oder die einfache Vorstellung von einer schönen Frau sonderbare Regungen und Wünsche in uns? Kommt das, was dann in gewissen Organen vorgeht, von der bloßen Natur dieser Organe? Keineswegs; sondern von den Beziehungen und einer Art Sympathie dieser Muskeln mit dem Vorstellungsvermögen. Wir haben hier nur als ersten Antrieb das bene placitum der Alten, oder das Bild der Schönheit, welches ein anderes gleichartiges erregt, das in tiefem Schlummer lag, als die Vorstellungskraft es erweckte; und wie sollte dies anders zu Wege gebracht werden, als durch die Hast und das Geräusch des Blutes und der Geister, welche mit außerordentlicher Schnelligkeit galoppiren und die cavernösen Körper zum Schwellen bringen?

Weil es deutliche Vereinigungswege zwischen Mutter und Kind giebt, Wenigstens durch die Gefäße. Ist es sicher, daß es solche nicht auch vermittelst der Nerven giebt? und weil die Verleugnung der von Tulpius und anderen ebenso glaubwürdigen Schriftstellern (es giebt keine, die es mehr wären), berichteten Thatsachen eine Härte wäre, so werden wir glauben, daß der Fötus auf demselben Wege den Ungestüm der mütterlichen Vorstellung empfindet, wie ein weiches Stück Wachs allerhand Eindrücke empfängt; wir werden glauben, daß dieselben Zeichen oder Maale der Mutter sich an dem Fötus abdrucken können, so unbegreiflich dies ist, was auch Blondel und alle seine Anhänger darüber sagen mögen. Hierdurch geben wir Mallebranche eine Ehrenerklärung, da er wegen seiner Leichtgläubigkeit viel zu sehr von Schriftstellern verspottet wurde, welche die Natur nicht genügend beobachtet und ihn zu ihrer Meinung haben bekehren wollen.

Wir wollen uns einmal das Bildniß jenes berühmten Pope, der wenigstens der Voltaire der Engländer war, ansehen. Die Anstrengungen, die Nerven seines Geistes malen sich in seinen Gesichtszügen; sie sind ganz in Zuckungen; seine Augen verlassen die Augenhöhle, seine Augenbrauen erheben sich mit den Stirnmuskeln. Warum? Weil der Ursprung der Nerven sich einer Anstrengung unterzieht und weil der ganze Körper gewissermaaßen eine mühsame Entbindung mitempfinden soll. Gäbe es nicht innerlich einen Strick, der solchergestalt an den äußeren zöge, woher sollten alle diese Erscheinungen kommen? Zu ihrer Erklärung erst die Annahme einer Seele zulassen, das hieße zur Thätigkeit des heiligen Geistes seine Zuflucht nehmen.

In der That, wenn das, was in meinem Gehirne denkt, nicht ein Theil desselben und folglich des ganzen Körpers ist, warum erhitzt sich, wenn ich ruhig in meinem Bette den Plan zu einem Werke fasse, oder wenn ich einem abstracten Gedanken nachhänge, mein Blut? Warum geht das Fieber meines Geistes in meine Adern über? Fragt nur die Männer von Phantasie, die großen Dichter, diejenigen, welche ein gut ausgedrücktes Gefühl entzückt, welche ein auserlesener Geschmack, die Reize der Natur, der Wahrheit oder der Tugend in Wonne versetzen! Durch ihren Enthusiasmus, aus der Schilderung ihrer Empfindungen, werdet ihr über die Ursache aus der Wirkung euch ein Urtheil bilden; durch jene Harmonie, welche Borelli, welche ein einziger Anatom besser als alle Leibnitzianer erkannt hat, werdet ihr die materielle Einheit des Menschen erkennen. Denn kurz und gut, wenn die Dehnung der Nerven, welche Schmerz erzeugt, das Fieber verursacht, von welchem der Geist in Verwirrung und Willenlosigkeit versetzt wird, und wenn wiederum der allzu angegriffene Geist den Körper in Unordnung und jenes verzehrende Feuer zu Wege bringt, welches einen Bayle schon in seinem Mannesalter dahingerafft hat; wenn mancher Kitzel mich begehren läßt, mit glühendem Verlangen mich zu wünschen zwingt, worum ich mich in keiner Weise den Augenblick vorher kümmerte; wenn gewisse Gehirneindrücke ihrerseits dasselbe Prickeln und dieselben Wünsche erregen, – wozu in etwas Zwiefaches verwandeln, was augenscheinlich nur eins ist? – Man beruft sich vergeblich auf die Herrschaft des Willens. Für einen Befehl, den er ertheilt, fügt er sich hundertmal unter das Joch. Und was ist es für ein Wunder, daß der Körper im gesunden Zustande gehorcht, weil ein Strom von Blut und von Geistern ihn dazu zwingt, da dem Willen eine unsichtbare Legion von flüssigen Elementen, welche lebhafter als der Blitz und immer bereit ihm zu dienen sind, zur Seite stehen. Aber da seine Macht vermittelst der Nerven geübt wird, so wird er auch durch diese gehemmt. Wird der beste Wille eines erschöpften Liebhabers, wird die heftigste Begierde ihm seine verlorene Kraft wiedergeben? Ach! nein; und er wird dafür zuerst bestraft werden, weil, unter gewissen Umständen, es nicht in seiner Macht liegt, kein Vergnügen zu wollen. Was ich oben von der Lähmung etc. gesagt habe, kommt hier wieder zur Anwendung.

Die Gelbsucht überrascht Euch! Wisset Ihr nicht, daß die Farbe der Körper von der der Gläser, durch welche man sie betrachtet, abhängig ist? Wisset Ihr nicht, daß wie die Färbung der Feuchtigkeiten, so auch die der Gegenstände ist, wenigstens mit Rücksicht auf uns, die wir das eitle Spielwerk von tausend Täuschungen sind? Aber entfernt aus dem Auge diese Färbung der wäßrigen Feuchtigkeit, lasset die Galle durch ihr natürliches Sieb fließen, dann wird die Seele, weil sie andere Augen haben wird, nicht mehr gelb sehen. Giebt man nicht ferner durch Niederdrückung des grauen Staars, durch Einspritzung in den Eustachischen Canal, den Blinden das Gesicht, den Tauben das Gehör wieder? Wie vielen Leuten, welche vielleicht nur geschickte Charlatane in den Jahrhunderten der Unwissenheit waren, hat man große Wunderthaten zugeschrieben! O über die schöne Seele und den mächtigen Willen, der nur in soweit zu handeln vermag, als die Körperverhältnisse es ihm erlauben und dessen Geschmack mit dem Alter und dem Fieber sich verändert! Darf man denn erstaunen, daß die Philosophen immer die Gesundheit des Körpers vor Augen gehabt haben, um die Gesundheit der Seele zu erhalten? Wenn Pythagoras mit eben solcher Sorgfalt Diät verordnet, als Plato Wein verboten hat? Ein maaßvolles diätetisches Verhalten, welches dem Körper wohlthut, ist immer dasjenige, mit welchem vernünftige Ärzte den Anfang zu machen rathen, wenn es sich um die Bildung des Geistes, um die Erhebung desselben zur Erkenntniß der Wahrheit und Tugend handelt. Vergebliche Stimmen während verwirrender Krankheit und erregter Sinnesthätigkeit! Ohne die Vorschriften der Gesundheitspflege predigen Epictet, Socrates, Plato, etc. vergebens; jede Moral ist unfruchtbar für die Unmäßigen; die Mäßigkeit ist die Quelle aller Tugenden, wie die Unmäßigkeit diejenige aller Laster ist.

Bedarf es noch mehr, (und wozu soll ich mich in die Geschichte der Leidenschaften verlieren, welche alle durch das Hippocratische enormôn sich erklären?) um zu erweisen, daß der Mensch nur ein Thier ist, oder eine Vereinigung von Triebfedern, welche sich durch gegenseitigen Einfluß verstärken, ohne daß man sagen kann, auf welchem Punkte des menschlichen Kreises die Natur angefangen hat. Wenn diese Triebfedern von einander abweichen, so geschieht dies nur nach Maaßgabe der Körperstelle und vermöge einiger Abstufungen ihrer Kraftverhältnisse, und niemals vermöge der Verschiedenheit ihres eigentlichen Wesens; und folglich ist die Seele nur ein Bewegungsprincip, oder ein empfindlicher materieller Theil des Gehirns, den man, ohne einen Irrthum zu fürchten, von dem Gesichtspunkte betrachten darf, daß er eine Haupttriebfeder des ganzen Maschinenwerks ist, welche einen sichtlichen Einfluß auf alle anderen zu üben und sogar zuerst geschaffen worden zu sein scheint; so daß also alle anderen von ihr nur ein Ausfluß wären, wie man aus einigen Beobachtungen, welche ich bringen werde und welche an verschiedenen Embryonen gemacht worden sind, ersehen wird.

Diese Schwingung, welche zur Natur oder Eigenthümlichkeit unserer Maschine gehört und eine Eigenschaft jeder Faser, sowie, so zu sagen, jedes fibrösen Elementes ist, kann, wie dies auch beim Pendel der Fall, nicht beständig währen. Man muß sie erneuern, so oft sie sich verliert; ihr Kräfte geben, wenn sie schwach wird; sie schwach machen, wenn sie durch ein Übermaaß von Stärke und Kraft unterdrückt ist. Hierin allein besteht die wahre Medicin.

Der Körper ist nur eine Uhr, und der frische Chylus der Uhrmacher. Die erste Sorge der Natur, wenn er ins Blut tritt, ist die Erregung einer Art Fieber, welches die Chemiker, welche nur von Öfen träumen, für eine Gährung halten mußten. Dieses Fieber ruft eine größere Klärung der Lebensgeister hervor, die maschinenmäßig die Muskeln und das Herz, als ob sie auf Befehl des Willens zu ihnen geschickt worden wären, beleben.

Das sind also die Ursachen oder die Kräfte des Lebens, welche auf diese Weise während 100 Jahren die beständige Bewegung des Festen und Flüssigen, welche dem einen wie dem andern nothwendig ist, unterhalten. Aber wer kann sagen, ob das Feste zu diesem Spiele, mehr als das Flüssige, und umgekehrt, beiträgt? Alles, was man hierüber weiß, ist, daß die Thätigkeit der festen Bestandtheile bald ohne die Hülfe der flüssigen vernichtet sein würde. Diese Flüssigkeiten erwecken und erhalten die Elasticität der Gefäße, von welcher ihre eigene Circulation abhängt, durch ihren Stoss. Daher kommt es, daß nach dem Tode die natürliche Triebfeder jeder Substanz mehr oder weniger noch stark ist, indem sie auf die letzten Lebensäußerungen folgt und über dieselben hinaus bleibt, um zuletzt zu erlöschen. In solchem Maaße ist es thatsächlich, daß diese Kraft der thierischen Theile – obschon sie sich durch die Macht des Kreislaufs zu erhalten und zu vermehren vermag – von der Circulation unabhängig ist, daß sie auch ohne die Unverletztheit jeglichen Gliedes oder Eingeweides wohl zu bestehen im Stande ist, wie man gesehen.

Mir ist freilich bekannt, daß diese Lehre nicht von allen Gelehrten gut geheißen werden, und daß besonders Stahl sie sehr gemißbilligt hat. Dieser große Chemiker hat uns überzeugen wollen, daß die Seele die einzige Ursache aller unserer Bewegungen sei. Aber das heißt als Fanatiker und nicht als Philosoph reden.

Um die Stahl’sche Hypothese zu vernichten, bedarf es nicht so großer Anstrengungen, als man, wie ich sehe, vor mir gemacht hat. Man braucht nur auf einen Violinspieler sein Augenmerk zu richten. Welche Biegsamkeit, welche Beweglichkeit in den Fingern! Die Bewegungen sind so schnell, daß die Reihenfolge derselben beinahe verschwindet. Demnach bitte ich die Anhänger von Stahl, oder ich glaube vielmehr nicht, daß sie es können, obschon sie so gut wissen, was in der Seele vorgeht, – mir zu sagen, wie es möglich ist, daß diese so rasch alle Bewegungen ausführt, Bewegungen, welche so weit von ihr, und an so verschiedenen Stellen, vorgehen. Das ginge eben so wenig wie bei einem Flötenspieler, welcher glänzende Cadencen auf unendlich vielen Öffnungen, die ihm unbekannt und auf die er nicht einmal den Finger legen könnte, ausführen sollte.

Aber lasset uns mit Hecquet sagen, daß es nicht Jedermann erlaubt ist, nach Corinth zu gehen. Und warum sollte Stahl von der Natur nicht noch mehr begünstigt gewesen sein, denn als Chemiker und Praktiker? Er müßte (o der glückliche Sterbliche!) eine andere Seele als der übrige Theil der Menschen erhalten haben. Eine regierende Seele, welche mit einer Herrschaft über die willkürlichen Muskeln unzufrieden, ohne Mühe die Zügel aller Körperbewegungen an sich hielte, sie nach Belieben aufheben, beschwichtigen, erregen könnte! Mit einer so unumschränkten Herrin, in deren Händen sich gewissermaaßen die Schläge des Herzens und die Gesetze der Circulation befänden, würde es gewiß kein Fieber mehr geben; keinen Schmerz, kein Siechthum; weder beschämende Impotenz, noch betrübenden Priapismus. Die Seele will, und die Triebfedern spielen, sie richten sich auf oder mäßigen ihre Anspannung. Wie konnten die Federn der Stahlseilen Maschine so rasch verderben? Wer einen so großen Arzt bei sich hat, müßte unsterblich sein.

Stahl ist übrigens nicht der einzige, welcher den Grundsatz der Schwingung der organisirten Körper verworfen hat. Größere Geister haben ihn nicht angewandt, wenn sie die Thätigkeit des Herzens, die Aufrichtung der Ruthe haben erklären wollen. Man braucht nur die Institutionen der Medicin von Boerhaave zu lesen, um zu sehen, welche mühsame und verlockende Systeme dieser große Mann sein mächtiges Genie hat schweißtriefend gebären lassen, weil er die an den Körpern haftende so deutlich erkennbare Kraft nicht zugelassen hat.

Willis und Perrault, zwar etwas untergeordnete Geister, aber fleißige Beobachter der Natur, welche der berühmte Professor in Leyden nur durch Andere gekannt und – so zu sagen – nur aus zweiterk Hand gehabt hat, scheinen lieber eine im Körper allgemein verbreitete Seele, als das Princip, von dem wir sprachen, gewollt zu haben. Aber in dieser Hypothese, welche schon Virgil, sowie alle Epikuräer hatten, und welche anfänglich durch die Geschichte des Polypen etwas für sich zu haben scheint, kommen die den Organismus, welchem sie anhaften, überlebenden Bewegungen von einem Seelenüberrest, den die sich zusammenziehenden Körpertheile noch behalten, ohne ferner durch das Blut und die Lebensgeister gereizt zu werden. Man sieht hieraus, daß diese Schriftsteller, deren tüchtige Werke leicht alle philosophischen Fabeln verdunkeln, sich nur in Betreff der Form dessen, was der Materie die Fähigkeit zu denken gegeben, getäuscht haben, ich meine, weil sie sich schlecht ausgedrückt haben, in dunkeln und nichtssagenden Worten. In der That, was ist das „Seelen-Überrest“, wenn es nicht die bewegende Kraft der Leibnitzianer bedeuten soll, die schlecht durch einen solchen Ausdruck wiedergegeben wird, die jedoch besonders Perrault wirklich erblickt hat. (Siehe seine Abhandlung über die Mechanik der Thiere.)

Nunmehr, da klar gegen die Cartesianer, die Stahlianer, die Malebranchisten und die hier mit aufzustellen wenig würdigen Theologen bewiesen ist, daß die Materie sich von selbst bewegt, nicht allein wenn sie z. B. So, wie in einem ganzen Herzen, gestaltet ist, sondern selbst dann, wenn eine solche Gestaltung vernichtet ist, – so möchte die menschliche Neugierde gern erfahren, wie denn ein Körper, eben dadurch, daß er von seinem Entstehen an mit einem Lebenshauch begabt ist, sich demzufolge mit der Fälligkeit zu empfinden und endlich mit derjenigen zu denken ausgestattet findet. Und um mit dieser Sache zu einem Ergebniß zu gelangen, haben gewisse Philosophen sich – bei Gott – wer weiß wie angestrengt! Und wie geduldig habe ich über diesen Gegenstand so manches Gewäsch gelesen!

Alles, was die Erfahrung uns lehrt, ist, daß, so lange die Bewegung bestellt – so gering sie auch in einer oder mehreren Fasern sei – man diese nur zu reizen braucht, um eine derartige beinahe erloschene Bewegung zu erwecken, zu beleben, wie man dies in jener Menge, von Erfahrungen, mit denen ich die Systeme bewältigen wollte, gesehen hat. Es ist also bekannt, daß die Bewegung und das Gefühl sich wechselseitig erregen, sowohl bei den Körpern, wenn sie noch ganz, als auch bei denselben Körpern, wenn ihr Bau zerstört ist; gewisser Pflanzen nicht zu gedenken, welche uns dieselben Phänomene der Vereinigung des Gefühls und der Bewegung darzubieten scheinen.

Aber mehr noch, wie viel ausgezeichnete Philosophen haben bewiesen, daß der Gedanke nur eine Eigenschaft des Empfindungsvermögens ist; und daß die vernünftige Seele nur die empfindende Seele sei, welche zur Betrachtung von Ideen und zum Überlegen verwendet worden. Hierdurch allein wäre bewiesen, daß, wenn die Empfindung erloschen, der Gedanke es nicht minder ist, wie dies in der Apoplexie, der Lethargie, der Catalepsie etc. der Fall ist. Denn diejenigen, welche angenommen haben, daß die Seele nicht weniger in den soporösen Krankheiten gedacht hätte wenn sie sich auch nicht der gehabten Gedanken zu erinnern vermöchte, haben etwas Lächerliches behauptet.

Es wäre eine Thorheit über die Aufsuchung eines Mechanismus in Betreff der hier obwaltenden Entwicklungsgesetze die Zeit zu verlieren. Das Wesen der Bewegung ist uns ebenso unbekannt, als das der Materie. Das Mittel zu entdecken, auf welche Weise jene sich in derselben erzeugt, ist, mit dem Verfasser der Geschichte der Seele die alte und unverständliche Lehre der „wesentlichen Formen“ wiederzuerwecken. Ich bin demnach ganz ebenso ruhig, darüber in Unkenntniß zu sein, wie die unwirksame und einfache Materie, thätig und zur Zusammensetzung von Organen verwendet wird, als über die Unmöglichkeit ohne rothes Glas in die Sonne sehen zu können; und ich bin ebenso zu einem gütlichen Vergleich rücksichtlich der anderen unfaßbaren Wunder der Natur, der Entstellung des Gefühls und des Gedankens in einem Wesen, welches ehemals unseren beschränkten Augen nur ein Stückchen Koth erschien, bereit.

Man gestehe mir nur zu, daß mit der organischen Materie ein Bewegungsprincip verbunden ist, welches sie allein von dem nicht organisirten Stoffe unterscheitet (dies wird man der unwiderleglichsten Beobachtung nicht versagen?) und daß Alles in den Thieren von der Verschiedenheit dieser Organisation, wie ich es genügend dargelegt habe, abhängt; das ist genug, um das Räthsel der Dinge und des Menschen zu lösen. Man sieht, daß es überhaupt nur eins im Weltall giebt, und daß der Mensch das vollkommenste ist. Er ist im Vergleich zum Affen, zu den klügsten Thieren, was Huygens’s Planetenuhr im Vergleich zu einer Uhr des Königs Julianus ist. Wenn man mehr Werkzeuge, mehr Räder, mehr Federn zur Bezeichnung der Planetenbewegungen bedurfte, als zur Bezeichnung der Wiederholung der Stunden; wenn Vaucanson größere Kunst anwenden mußte, seinen Flötenspieler zu machen als für seine Ente, so hätte er noch bei Weitem bedeutendere Kunst zeigen müssen, um ein sprechendes Gebilde hervorzurufen, was – besonders unter den Händen eines modernen Prometheus – nicht mehr als unmöglich erachtet werden kann. So war es denn ebenso nöthig, daß die Natur mehr Kunst und Aufwand zur Erschaffung und Unterhaltung einer Maschine, die während eines ganzen Jahrhunderts alle Schläge des Herzens und des Geistes angeben konnte, verwandte; denn wenn man daran auch nicht die Stunden nach dem Pulse zählen kann, so kann man wenigstens nach dem Barometer der Hitze und Lebhaftigkeit über die Natur der Seele ein Urtheil gewinnen. Ich täusche mich nicht, der menschliche Körper ist eine Uhr, aber eine erstaunliche, und mit so viel Kunst und Geschicklichkeit verfertigt, daß, wenn das Rad, welches zur Angabe der Sekunden dient, zum Stillstehen kommt, das für die Minuten sich weiter dreht und seinen Schritt weiter geht, sowie auch das Viertelstundenrad seine Bewegung fortsetzt, und ebenso die anderen Bäder, wenn die ersten verrostet oder aus irgend welcher Ursache verdorben, ihren Gang unterbrochen haben.

Ist die Verstopfung einiger Gefäße nicht in eben derselben Weise ungenügend zur Zerstörung oder Unterbrechung des Hauptsitzes der Bewegungen, welcher im Herzen, das gleichsam den für die Eröffnung der Maschine bestimmten Theil bildet, sich befindet; weil ja im Gegentheil die Flüssigkeiten, deren Umfang vermindert ist, einen kürzeren Weg zu machen haben, und ihn um so rascher, wie von einem neuen Strome fortgerissen, durchlaufen, als sich die Kraft des Herzens wegen des Widerstandes, den es am Ende der Gefäße findet, vermehrt? Wenn der Sehnerv allein, durch einen auf ihm lastenden Druck, das Bild der Gegenstände nicht mehr durchläßt, ist es denn da nicht klar, daß die Beraubung des Gesichts eben so wenig den Gebrauch des Gehörs hindert, als die Beraubung dieses Sinnes, wenn die Functionen der Portio mollis aufgehoben sind, nicht zugleich die des andern voraussetzt? Ist es denn nicht ferner Thatsache, daß der Eine hört, ohne sagen zu können, daß es geschieht, (außer nach dem Krankheitsanfalle) und daß der Andere, welcher nichts hört, aber dessen Zungennerven im Gehirn frei sind, maschinenmäßig alle durch den Kopf schießenden Träumereien hererzählt? Solche Erscheinungen können helldenkende Ärzte nicht überraschen. Sie wissen, wie sie die Natur des Menschen aufzufassen haben; und – um es im Vorübergehen zu sagen – von zwei Ärzten ist meines Erachtens immer derjenige der bessere, der am meisten Vertrauen verdienende, welcher am meisten in der Naturlehre oder der Mechanik des menschlichen Körpers bewandert ist, der sich um die Seele und um alle die Besorgnisse, welche diese Chimäre den Thoren und Unwissenden einflößt, nicht kümmert, und der bloß wesentlich sich mit dem reinen Naturalismus beschäftigt.

Mag also ein gewisser Charp sich immerhin über die Philosophen, welche die Thiere als Maschine betrachtet haben, lustig machen. Wie verschieden von ihm denke ich! Ich glaube daß Descartes ein in jeder Beziehung achtungswerther Mann wäre, wenn er, in einem nicht aufklärungsbedürftigen Jahrhundert geboren, den Werth der Erfahrung und Beobachtung und die Gefahr sich von ihnen zu entfernen, gekannt hätte. Aber es ist nicht weniger gerecht, daß ich diesem großen Manne eine autentische Ehrenerklärung angedeihen lasse, um aller jener kleinen Philosophen mit ihren schlechten Witzen und ihrer übel gelungenen Nachäffung von Locke willen, welche statt unverschämt dem Descartes ins Gesicht zu lachen, besser thäten sich zu überzeugen, daß ohne ihn das Feld der Philosophie, wie dasjenige des gesunden Verstandes ohne Newton, vielleicht noch unbebaut wäre.

Es ist wahr, daß dieser berühmte Philosoph sich vielfach getäuscht hat und Niemand stellt es in Abrede. Aber bei alledem hat er doch die thierische Natur gekannt; er hat zuerst völlig bewiesen, daß die Thiere reine Maschinen seien. Wohlan denn, soll man nach einer Entdeckung von solcher Wichtigkeit, von so viel dazu erforderlichem Scharfsinn, ihm nicht – um gerecht zu sein – alle seine Irrthümer zu Gute halten!

Sie sind in meinen Augen durch dieses große Bekenntniß alle wieder gut gemacht. Denn kurz, man merkt, obschon er sich über die Unterscheidung der beiden Wesenheiten ausläßt, daß dies nur ein Kunstgriff, eine stylistische List ist, um die Theologen, unter dem Anschein einer jedermann auffallenden und nur von ihnen allein nicht wahrgenommenen Ähnlichkeit, ein verborgenes Gift schlucken zu lassen. Denn diese starke Ähnlichkeit eben zwingt alle Gelehrte und wahrhaft Urtheilsfähige einzugestehen, daß jene stolzen und eiteln Wesen, welche mehr durch ihren Hochmuth als durch den Namen von Menschen sich hervorthun – wie groß auch ihre Lust ist sich zu erheben – im Grunde genommen nur senkrecht in die Höhe gereckte Thiere und Maschinen sind. Sie haben alle jenen merkwürdigen Instinct, aus welchem die Erziehung Geist macht und der immer seinen Sitz im Gehirn, und – an seiner Stelle – z. B. wenn es fehlt oder verknöchert ist, im verlängerten Marke, und niemals in dem kleinen Gehirne hat. Denn ich habe es beträchtlich verwundet gesehen, und Andere Haller in den Transact. philosoph. haben es krebsig entartet gefunden, ohne daß die Seele ihre Vorrichtungen zu üben aufgehört hätte.

Eine Maschine sein, fühlen, denken, das Gute vom Bösen unterscheiden können wie das Blaue vom Gelben, mit einem Worte mit Erkenntnißvermögen und einem sicheren Triebe geboren sein und doch nichts als ein Thier sein, das sind also einander nicht mehr widersprechende Dinge, als ein Affe oder ein Papagei sein, und es verstehen sich der Lust hinzugeben. Denn weil die Gelegenheit sich einmal darbietet es zu sagen, wer hätte jemals a priori errathen, daß ein Tropfen von der Flüssigkeit, welche sich bei der Begattung ergießt, mit himmlischem Vergnügen verbunden ist, und daß aus ihm ein kleines Geschöpf hervorgehen würde, welchem einst, wenn gewisse gesetzmäßige Bedingungen nicht fehlen, derselbe Genuß zu Theil werden könnte? Ich halte den Gedanken so wenig unverträglich mit der organisirten Materie, daß er vielmehr eine Eigenthümlichkeit derselben grade so wie die Elektricität, die Bewegungskraft, die Undurchdringlichkeit, die Ausdehnung etc. zu sein scheint.

Will man noch neue Beobachtungen haben, so fehlt es mir nicht an solchen, welche keinen Einwurf gestatten und beweisen, daß der Ursprung des Menschen vollkommen demjenigen der Thiere gleiche, wie dies mit alle dem, was wir bereits zur Vergleichung der letzteren mit den ersteren für wesentlich gehalten haben, der Fall ist.

Ich berufe mich dabei auf die Glaubwürdigkeit unserer Beobachter. Sie mögen uns sagen, ob es nicht wahr ist, daß der Mensch nach seinem Ursprünge nur ein Wurm ist, aus dem ein Mensch wird, wie aus der Raupe der Schmetterling. Die gewichtigsten Boerhaave Inst. Med. und so viele Andere. Autoren haben uns gelehrt, wie man zu verfahren habe, um dieses Thierchen zu sehen. Alle Neugierigen haben es gesehen, z. B. Hartsoeker, und zwar im Samen des Mannes und nicht in dem der Frau; nur die Thoren haben über dasselbe sich Skrupel gemacht. Obgleich jeder Tropfen Samen eine unendliche Menge dieser kleinen Würmer enthält, so besitzt, wenn dieselben in den Eierstock geschleudert werden, doch nur der geschickteste oder stärkste die Kraft in das von der Frau gelieferte Ei, welches ihm alsdann seine erste Nahrung giebt, einzudringen und sich darin einzupflanzen. Dieses Ei, welches man manchmal in den Fallopischen Trompeten auffindet, wird durch diese Canäle in die Gebärmutter gebracht, wo es Wurzel faßt, wie ein Getreidekorn in der Erde. Aber obgleich es daselbst durch sein Wachsthum von 9 Monaten sehr groß wird, unterscheidet es sich nicht von den Eiern der anderen Thiere weiblichen Geschlechts, außer das seine Haut (das Amnios) sich niemals verhärtet und sich ungeheuer erweitert, wie man dies zu ersehen im Stande ist, wenn man den Fötus im Augenblick, wo er das Ei zu verlassen im Begriff steht, (was ich zu meinem Vergnügen bei einer Frau, die einen Augenblick vor ihrer Niederkunft gestorben war, beobachtet habe) mit anderen kleinen ihrem Ursprung sehr nahen Embryonen vergleicht, denn alsdann ist es immer das Ei in seiner Schale und das Thier im Ei, welches, in seinen Bewegungen gehindert, sich maschinenmäßig ans Licht zu bringen sucht, und zu diesem Behufe zerbricht es zunächst mit dem Kopfe diese Membran, aus der es ausschlüpft, wie das Huhn, der Vogel etc. aus der ihrigen. Ich werde eine Beobachtung hinzufügen, welche ich nirgends finde; nehmlich daß das Amnios darum nicht dünner ist, weil es sich außerordentlich ausgedehnt hat; indem es hierin der Gebärmutter ähnlich ist, welche durch in ihre Substanz infiltrirte Säfte sich aufbläht, unabhängig von der Anfüllung und Entfaltung aller ihrer Gefäßbiegungen.

Betrachten wir den Menschen in und außer seiner Schale, prüfen wir mit einem Mikroskope die jüngsten Embryonen von 4, von 6, von 8 oder 14 Tagen; nach dieser Zeit genügen dazu die bloßen Augen. Was sieht man? den Kopf allein; ein kleines rundes Ei mit zwei schwarzen Punkten, welche die Augen bezeichnen. Vor dieser Zeit ist Alles unförmlich, man bemerkt nur eine markige Masse, welche das Gehirn ist, in welchem sich zuerst der Ursprung der Nerven, oder der Anfang der Empfindung und das Herz, welches schon von selbst in dieser Masse die Fähigkeit zu schlagen hat, ausprägt; letzteres ist das Punctum saliens von Malpighi, welches vielleicht schon einen Theil seiner Lebhaftigkeit dem Einflusse der Nerven verdankt. Hierauf sieht man nach und nach den Kopf den Hals verlängern, der durch Erweiterung zunächst den Brustkorb bildet, in welchen das Herz schon hinabgestiegen ist, um sich daselbst zu befestigen, woran sich der durch eine Scheidewand (das Zwerchfell) getrennte Unterleib anschließt.

Diese Erweiterungen ergeben dann einerseits die Arme, die Hände, die Finger, die Nägel und die Haare; andrerseits die Schenkel, die Beine, die Füße etc. mit dem bekannten Unterschiede in der Lage, vermöge deren der Körper sich stützt und im Gleichgewicht hält. Überall eine auffallende Vegetation. Hier sind es die Haare, welche den Scheitel unserer Köpfe bedecken, dort sind es Blätter und Blumen. Überall leuchtet dieselbe Verschwendung der Natur hervor, und endlich ist auch der Geist, der in den Pflanzen herrscht, an dem Orte, an welchem wir unsere Seele, diese andere beste Kraft des Menschen, haben.

Man fängt an, die Einheit der Natur zu fühlen, ebenso die Ähnlichkeit des animalischen und Pflanzenreichs, wie auch die des Menschen mit der Pflanze. Vielleicht sogar giebt es animalische Pflanzen, welche nehmlich während ihres Wachsthums sich entweder wie Polypen schlagen, oder andere den Thieren ähnliche Inductionen verrichten.

Das ist beinahe Alles, was man über die Zeugung weiß. Daß die Theile, die sich anziehen, welche zur Vereinigung und um die oder jene Stelle einzunehmen geschaffen sind sich alle ihrer Natur gemäß verbinden, und daß sich auf diese Weise die Augen, das Herz, der Magen und endlich der ganze Körper bilden, wie es große Männer in ihren Schriften gesagt haben, ist wohl möglich. Aber da die Erfahrung uns mitten in diesen Feinheiten verläßt, werde ich keine Vermuthungen aufstellen und betrachte Alles, was meinen Sinnen nicht auffällt, als ein undurchdringliches Geheimniß. Es ist so selten, daß beiderlei Samen sich bei geschlechtlicher Zusammenkunft begegnet, daß ich versucht bin zu glauben, der Same der Frau sei zur Erzeugung unnöthig.

Aber wie soll man die Erscheinungen ohne dieses bequeme Verhältniß der Theile, welches so gute Rechenschaft über die Ähnlichkeit der Kinder zu geben vermöchte, warum sie bald dem Vater, bald der Mutter ähnlich sind, erklären? Und soll denn andrerseits der Umstand, daß man um eine Erklärung verlegen ist, eine Thatsache aufwiegen? Mir scheint, das männliche Geschlecht macht Alles, mag die Frau dabei schlafen oder noch so wollüstig erregt sein. Die Anordnung der Theile würde also von jeher auf dem Keime oder gar auf dem Wurme des Mannes beruhen. Aber das geht ja Alles über den Horizont der ausgezeichnetsten Beobachter. Denn da ihnen hierin nichts Greifbares zu Gebote steht, können sie über den Mechanismus der Bildung und der Entwickelung des Körpers nicht besser urtheilen, als ein Maulwurf über den Weg, den ein Hirsch zu durchlaufen vermag.

Wir sind wahre Maulwürfe auf dem Gebiete der Natur; wir machen auf demselben durchaus keinen andern Weg als dieses Thier, und nur unser Hochmuth begrenzt die Dinge, die keine Grenzen darbieten. Wir befinden uns in dem Falle einer Uhr, welche sagen würde; (ein Fabel-Schmidt würde daraus eine Person von Wichtigkeit in einem werthlosen Werke machen) „Was, jener thörichte Handwerker hat mich gemacht, mich, die die Zeit eintheilt, mich, die so genau den Lauf der Sonne bezeichnet, mich, die laut die Stunden, die ich angebe, wiederholt!“ Nein, das ist unmöglich. Wir verschmähen ebenso, undankbar wie wir sind, diese gemeinschaftliche Mutter aller Herrschaften, wie die Chemiker sagen. Einer Ursache, die höher steht als diese, sind – wie wir uns vorstellen oder vielmehr vermuthen – wir für Alles dankbar verpflichtet, einer Ursache, welche wirklich Alles auf unfaßbare Art gemacht hat. Nein, die Materie hat nur in Augen, welche aus Mangel an Scharfsichtigkeit sie in ihren glänzendsten Werken verkennen, etwas Niedriges, und die Natur ist keine beschränkte Werkmeisterin. Sie bringt Millionen Menschen mit mehr Leichtigkeit und Vergnügen hervor, als ein Uhrmacher bei der Anfertigung der zusammengesetztesten Uhr Mühe hat. Ihre Macht giebt sich in gleicher Weise bei der Erzeugung des niedrigsten Insectes, als bei Hervorbringung des herrlichsten Menschen kund; das Thierreich kostet ihr nicht mehr Mühe als das Pflanzenreich, das prächtigste Genie nicht mehr als eine Getreideähre. Urtheilen wir also nach dem, was wir sehen, über das, was sich der Neugierde unserer Augen und unserer Nachforschungen entzieht, und gehen hierüber mit unseren Vorstellungen nicht hinaus. Verfolgen wir den Affen, den Biber, den Elephanten etc. in ihren Verrichtungen. Wenn es einleuchtend ist, daß sie ohne Verstand nichts auszuführen vermögen, warum ihn diesen Thieren absprechen? Und wenn Ihr ihnen eine Seele zusprechet, Ihr Fanatiker, so seid Ihr verloren; Ihr möget künftig erklären, so viel Ihr wollt, daß Ihr über die Natur derselben zu keiner Entscheidung gekommen, während Ihr mit dieser doch die Unsterblichkeit für unverträglich haltet. Wer sieht nicht, daß dies eine ungegründete Behauptung ist? wer sieht nicht ein, daß die Seele entweder sterblich oder unsterblich wie die unsrige sein muß, mit der sie das gleiche Schicksal, welches es auch sein mag, zu theilen hat, und daß man also in die Scilla hineinfällt, will man die Charybdis vermeiden?

Brechet die Kette Eurer Vorurtheile, bewaffnet Euch mit der Fackel der Erfahrung und Ihr werdet der Natur die verdiente Ehre erweisen, statt aus der Unkenntniß, in welcher sie Euch gelassen, Schlüsse zu ihrem Nachtheile zu ziehen. Öffnet nur die Augen und lasset das für Euch Unbegreifliche auf sich beruhen; Ihr werdet dann sehen, daß jener Ackersmann, dessen Geist und Einsicht sich nicht über die Grenzen seiner Furche erstreckt, nicht wesentlich von dem größten Geiste abweicht, wie die Zerschneidung der Gehirne von Descartes und Newton es bewiesen hätte; Ihr werdet überzeugt sein, daß der Schwachsinnige oder der Dumme Thiere mit menschlicher Gestalt sind, wie der Affe mit seiner Fülle von Verstand ein kleiner Mensch unter einer anderen Gestalt ist, und kurz daß, da Alles durchaus von der Verschiedenheit der Organisation abhängt, ein gut gebautes Thier, welchem man die Astronomie gelehrt hat, eine Finsterniß voraussagen kann, so gut wie die Heilung oder den Tod, wenn es einige Zeit Geist und Scharfsicht für die Schule des Hippocrates und auf das Krankenbett verwandt hat. Durch diesen Faden von Beobachtungen und Wahrheiten gelangt man dahin, mit der Materie die wunderbare Eigenthümlichkeit des Denkvermögens zu verknüpfen, ohne daß man das verknüpfende Band zu sehen vermag, weil die Ursache dieser Eigenschaft uns in ihrem Wesen unbekannt ist.

Wir wollen nicht sagen, daß jede Maschine, oder jedes Thier gänzlich untergeht oder eine andere Form nach dem Tode annimmt, denn wir wissen davon durchaus nichts. Aber wenn man versichern wollte, daß eine unsterbliche Maschine ein Hirngespinnst sei, oder ein Wesen mit Vernunft, so wäre dies ein eben so ungereimter Gedanke, als den z. B. Raupen haben würden, welche beim Anblick der abgefallenen Hüllen Ihresgleichen das Schicksal ihrer Gattung, als ob dieselbe der Vernichtung anheimfiele, bitter beklagten. Die Seele dieser Insecten (denn jedes Thier hat die seinige) ist zu beschränkt, um die Verwandlungen der Natur zu begreifen. Niemals hätte ein einziges unter den Klügsten von ihnen sich vorgestellt, daß es zum Schmetterling werden sollte. Dasselbe gilt von uns. Was wissen wir mehr von unserer Bestimmung als von unserem Entstehen? Unterwerfen wir uns also einer unüberwindlichen Unkenntniß, von welcher unser Glück abhängt.

Wer also denkt, wird klug, gerecht, ruhig über sein Schicksal, und folglich glücklich sein. Er wird den Tod erwarten, ohne ihn zu fürchten oder zu wünschen, und mit der Liebe zum Leben begreift er kaum, wie in dieser freudenvollen Welt das Gefühl der Unlust ein Herz verderben könne. Voll Achtung für die Natur, voll Dankbarkeit, Anhänglichkeit, Zärtlichkeit, nach Maaßgabe des Gefühls und der Wohlthaten, welche sie ihm verliehen, endlich auch glücklich darüber, daß er sie empfindet und bei dem reizenden Schauspiele des Weltalls gegenwärtig ist, wird er die Natur gewiß niemals weder in sich, noch in Anderen zerstören. Was sage ich! Voller Menschlichkeit wird er ihren Charakter sogar in seinen Feinden lieben. Man urtheile, wie er die Anderen behandeln wird. Er wird die Lasterhaften beklagen, ohne sie zu hassen; in seinen Augen werden dies nur mißgestaltete Menschen sein. Aber er wird, wenn er auch die Fehler der Geistes- und Körperbildung mit Nachsicht zu beurtheilen hat, nicht Weniger ihre Schönheiten und ihre Tugenden bewundern. Diejenigen, welche die Natur begünstigt, werden ihm mehr Rücksichten zu verdienen scheinen, als diejenigen, welche sie stiefmütterlich behandelt haben wird. So hat man also die Überzeugung gewinnen können, daß die Gaben der Natur, die Quelle von Allem, was zu erlangen möglich, in dem Munde und dem Herzen des Materialisten, sich der Anerkennung erfreuen, welche jeder Andere ihnen ungerechterweise versagt. Da schließlich der Materialist, so sehr seine eigene Eitelkeit sich dagegen auflehnt, überzeugt ist, daß er nur eine Maschine, oder ein Thier ist, so wird er seines Gleichen nicht übel behandeln; ist er ja allzusehr über das Wesen dieser Handlungen, deren Unmenschlichkeit immer im Verhältnisse zu der vorhin dargelegten Ähnlichkeitsstufe steht, belehrt und mit einem Worte nicht Willens dem allen Thieren verliehenen Naturgesetze gemäß, an Anderen zu verüben, was er an sich nicht verübt sehen möchte.

Behaupten wir also dreist, daß der Mensch eine Maschine ist und daß es in der ganzen Welt nur eine einzige verschieden geartete Wesenheit giebt. Das ist ja keine durch Fragen und Vermuthungen zu Wege gebrachte Hypothese, es ist dies weder ein Werk des Vorurtheils, noch sogar meiner Vernunft allein; ich hätte einen Führer, welcher mir so wenig für sicher gilt, verschmäht, wenn meine Sinne, so zu sagen mit einer Fackel versehen, mir nicht Veranlassung gegeben hätten, mit ihrer Leuchte jener zu folgen. Die Erfahrung also sprach bei mir für die Vernunft; so habe ich sie beide mit einander vereint.

Aber man hat wohl auch nicht außer Acht gelassen, daß ich mir das stärkste und ganz unmittelbar auf das Ziel losgehende Urtheil erst nach vielfachen physikalischen Beobachtungen, welche kein Gelehrter widerlegen wird, gestattet habe; und so erkenne ich auch nur die Gelehrten als Richter über meine Schlußfolgerungen an, – und weise jeden Menschen mit Vorurtheilen, jeden, der weder Anatom noch mit der einzigen hier zulässigen Philosophie, derjenigen des menschlichen Körpers, bekannt ist, zurück. Was vermöchte gegen eine so feste und dichte Eiche jenes schwache Rohr der Theologie, der Metaphysik und der Schulen; kindische Waffen, ähnlich den Rappieren auf unseren Fechtböden, die wohl das Vergnügen der Fechtkunst gewähren, aber niemals ihrem Gegner erheblichen Schaden zufügen. Brauche ich erst zu sagen, daß ich von jenen hohlen und trivialen Ideen rede, von jenen gestürzten und erbärmlichen Ansichten, welche man über die vermeintliche Unverträglichkeit von zwei sich unaufhörlich berührenden und bewegenden Substanzen äußern wird, so lange der Schatten des Vorurtheils oder des Aberglaubens auf der Erde bleibt? Das ist mein System, oder vielmehr die Wahrheit, wenn ich mich nicht sehr irre. Sie ist kurz und einfach. Streite jetzt, wer da will!

Übersetzt von Adolf Ritter.
Leipzig: Erich Koschny, 1875.
 

 

L’Homme Plante

In frondem crines; in ramos bracchia crescunt.
Ovid. Metam. L. I. v. 550.

Préface

L’Homme est ici métamorphosé en plante, mais ne croyez pas que ce soit une fiction dans le goût de celle d’Ovide. La seule analogie du regne végétal & du regne animal m’a fait découvrir dans l’un, les principales parties qui se trouvent dans l’autre. Si mon imagination joue ici quelquefois, c’est, pour ainsi dire, sur la table de la vérité ; mon champ de bataille est celui de la nature, dont il n’a tenu qu’à moi d’être assez peu singulier, pour en dissimuler les variétés.
 

Chapitre premier

Nous commençons à entrevoir l’uniformité de la nature : ces rayons de lumiere encore foibles sont dûs à l’étude de l’histoire naturelle ; mais jusqu’à quel point va cette uniformité ?

Prenons garde d’outrer la nature, elle n’est pas si uniforme, qu’elle ne s’écarte souvent de ses loix les plus favorites : tâchons de ne voir que ce qui est, sans nous flatter de tout voir : tout est piege ou écueil, pour un esprit vain & peu circonspect.

Pour juger de l’analogie qui se trouve entre les deux principaux regnes, il faut comparer les parties des plantes avec celles de l’homme, & ce que je dis de l’homme, l’appliquer aux animaux.

Il y a dans notre espece, comme dans les végétaux, une racine principale & des racines capillaires. Le réservoir des lombes & le canal thoracique, forment l’une, & les veines lactées sont les autres. Mêmes usages, mêmes fonctions par-tout. Par ces racines, la nourriture est portée dans toute l’étendue du corps organisé.

L’homme n’est donc point un arbre renversé, dont le cerveau seroit la racine, puisqu’elle résulte du seul concours des vaisseaux abdominaux qui sont les premiers formés ; du moins le sont-ils avant les tégumens qui les couvrent, & forment l’écorce[1] de l’homme. Dans le germe de la plante, une des premieres choses qu’on apperçoit, c’est sa petite racine, ensuite sa tige ; l’une descend, l’autre monte.

Les poumons sont nos feuilles. Elles suppléent à ce viscere dans les végétaux, comme il remplace chez nous les feuilles qui nous manquent. Si ces poumons des plantes ont des branches, c’est pour multiplier leur étendue, & qu’en conséquence il y entre plus d’air : ce qui fait que les végétaux, & sur-tout les arbres en respirent en quelque sorte plus à l’aise. Qu’avions-nous besoin de feuilles & de rameaux ? La quantité de nos vaisseaux & de nos vésicules pulmonaires, est si bien proportionnée à la masse de notre corps, à l’étroite circonférence qu’elle occupe, qu’elle nous suffit. C’est un grand plaisir d’observer ces vaisseaux & la circulation qui s’y fait principalement dans les amphibies.

Mais quoi de plus ressemblant que ceux qui ont été découverts & décrits par les Harvées de la botanique ! Ruisch, Boerhaave, &c. ont trouvé dans l’homme la même nombreuse suite de vaisseaux que Malpighi, Leuvvenhœk, van Royen[2], dans les plantes ? Le cœur bat-il dans tous les animaux ? enfle-t-il leurs veines de ces ruisseaux de sang, qui portent dans toute la machine le sentiment & la vie ? La chaleur, cet autre cœur de la nature, ce feu de la terre & du soleil, qui semble avoir passé dans l’imagination des poëtes, qui l’ont peint ; ce feu, dis-je, fait également circuler les sucs dans les tuyaux des plantes, qui transpirent[3] comme nous. Quelle autre cause en effet pourroit faire tout germer, croître, fleurir & multiplier dans l’univers ?

L’air paroît produire dans les végétaux les mêmes effets qu’on attribue avec raison dans l’homme, à cette subtile liqueur des nerfs, dont l’existence est prouvée par mille expériences.

C’est cet élément, qui par son irritation & son ressort fait quelquefois élever les plantes[4] au-dessus de la surface des eaux, s’ouvrir & se fermer, comme on ouvre & ferme la main : phénomene dont la considération a peut-être donné lieu à l’occasion de ceux[5] qui ont fait entrer l’éther dans les esprits animaux, auxquels il seroit mêlé dans les nerfs.

Si les fleurs ont leurs feuilles, ou pétales, nous pouvons regarder nos bras & nos jambes comme de pareilles parties. Le nectarium, qui est le réservoir du miel dans certaines fleurs telles que la tulippe, la rose, &c. est celui du lait dans la plante femelle de notre espece, lorsque la mâle le fait venir. Il est double, & a son siege à la base latérale de chaque pétale, immédiatement sur un muscle considérable, le grand pectoral.

On peut regarder la matrice vierge, ou plutôt non grosse, ou, si l’on veut, l’ovaire, comme un germe qui n’est point encore fécondé. Le stylus de la femme est le vagin ; la vulve, le mont de Vénus avec l’odeur qu’exhalent les glandes de ces parties, répondent au Stigma : & ces choses, la matrice, le vagin & la vulve forment le Pistille[6] ; nom que les botanistes modernes donnent à toutes les parties femelles des plantes.

Je compare le péricarpe à la matrice dans l’état de grossesse, parce qu’elle sert à envelopper le fœtus. Nous avons notre graine comme les plantes, & elle est quelquefois fort abondante. Mauriceau parle d’une femme qui accoucha de 5. enfans ; on demanda à son mari, pourquoi il n'avoit pas fait le sixiéme; il dit que le pié lui avoit glissé dans l’action[7].

Le nectarium sert à distinguer les sexes dans notre espece, quand on veut se contenter du premier coup d’œil, mais les recherches les plus faciles ne sont pas les plus sûres ; il faut joindre le pistille au nectarium, pour avoir l’essence de la femme ; car le premier peut bien se trouver sans le second, mais jamais le second sans le premier, si ce n’est dans des hommes d’un embonpoint considérable, & dont les mamelles imitent d’ailleurs celles de la femme, jusqu’à donner du lait, comme Morgagni[8] & tant d’autres en rapportent l’observation. Toute femme imperforée, si on peut appeler femme, un être qui n’a aucun sexe, telle que celle dont dont parle un auteur[9], n’a point de gorge, c’est le bourgeon de la vigne, sur-tout cultivée.

Je ne parle point du calice, ou plutôt du corole[10], parce qu’il est étranger chez nous, comme je le dirai.

C’en est assez, car je ne veux point aller sur les brisées de Corneille Agrippa[11]. J’ai décrit botaniquement la plus belle plante de notre espece, je veux dire la femme ; si elle est sage, quoique métamorphosée en fleur, elle n’en sera pas plus facile à cueillir.

Pour nous autres hommes, sur lesquels un coup d’œil suffit, fils de Priape, animaux spermatiques, notre étamine est comme roulée en tube cylindrique, c’est la verge, & le sperme est notre poudre fécondante. Semblables à ces plantes, qui n’ont qu’un mâle, nous sommes des Monandria : les femmes font des Monagynia, parce qu’elles n’ont qu’un vagin. Enfin le genre humain, dont le mâle est séparé de la femelle, augmentera la classe des Dieciœ : je me sers des mots dérivés du grec, & imaginés par Linnæus.

J’ai cru devoir exposer d’abord l’analogie qui regne entre la plante & l’homme déjà formés, parce qu’elle est plus sensible & plus facile à saisir. En voici une plus subtile, & que je vais puiser dans la génération des deux regnes.

Les plantes sont mâles & femelles, & se secouent comme l’homme, dans le congrès. Mais en quoi consiste cette importante action qui renouvelle toute la nature ? Les globules infiniment petits, qui sortent des grains de cette poussiere, dont sont couvertes les étamines des fleurs, sont enveloppés dans la coque de ces grains, à-peu-près comme certains œufs, selon Néedham & la vérité. Il me semble que nos gouttes de semence ne répondent pas mal à ces grains, & nos vermisseaux à leurs globules. Les animalcules de l’homme sont véritablement enfermés dans deux liqueurs, dont la plus commune, qui est le suc des prostates, enveloppe la plus précieuse, qui est la semence proprement dire ; & à l’exemple de chaque globule de poudre végétale, ils contiennent vraisemblablement la plante humaine en miniature. Je ne sais pourquoi Néedham s’est avisé de nier ce qu’il est si facile de voir. Comment un physicien scrupuleux, un de ces prétendus sectateurs de seule expérience, sur des observations faites dans une espece, ose-t-il conclure que les mêmes phénomenes doivent se rencontrer dans une autre, qu’il n’a cependant point observée, de son propre aveu ? De telles conclusions tirées pour l’honneur d’une hypothese, dont on ne hait que le nom, fâché que la chose n’ait pas lieu, de telles conclusions, dis-je, en font peu à leur auteur. Un homme du mérite de Néedham avoit encore moins besoin d’exténuer celui de M. Geoffroy, qui, autant que j’en puis juger par son mémoire sur la structure & les principaux usages des fleurs, a plus que conjecturé que les plantes étoient fécondées par la poussiere de leurs étamines. Ceci soit dit en passant.

Le liquide de la plante dissout mieux qu’aucun autre, la matiere qui doit la féconder ; de sorte qu’il n’y a que la partie la plus subtile de cette matiere qui aille frapper le but.

Le plus subtil de la semence de l’homme ne porte-t-il pas de même son ver, ou son petit poisson, jusque dans l’ovaire de la femme ?

Néedham* compare l’action des globules fécondants à celle d’une éolipille violemment échauffé. Elle paroit aussi semblable à une espece de petite bilevesée, tant dans la nature même, ou dans l’observation, que dans la figure que ce jeune & illustre naturaliste Anglois nous a donnée de l’éjaculation des plantes.

Si le suc propre à chaque végétal produit cette action d’une maniere incompréhensible, en agissant sur les grains de poussiere, comme l’eau simple fait d’ailleurs, comprenons-nous mieux comment l’imagination d’un homme qui dort, produit des pollutions, en agissant sur les muscles érecteurs & éjaculateurs, qui, même seuls & sans le secours de l’imagination, occasionnent quelquefois les mêmes accidents ? À moins que les phénomenes qui s’offrent de part & d’autre, ne vinssent d’une même cause, je veux dire d’un principe d’irritation, qui après avoir tendu les ressorts, les feroit se débander. Ainsi l’eau pure, & principalement le liquide de la plante, n’agiroit pas autrement sur les grains de poussiere, que le sang & les esprits sur les muscles & réservoirs de la semence.

L’éjaculation des plantes ne dure qu’une seconde ou deux ; la nôtre dure-t-elle beaucoup plus ? Je ne le crois pas : quoique la continence offre ici des variétés qui dépendent du plus ou moins de sperme amassé dans les vésicules séminales. Comme elle se fait dans l’expiration, il falloit qu’elle fût courte : des plaisirs trop longs eussent été notre tombeau. Faute d’air ou d’inspiration, chaque animal n’eût donné la vie qu’aux dépens de la sienne propre, & fût véritablement mort de plaisir.

Mêmes ovaires, mêmes œufs & même faculté fécondante. La plus petite goutte de sperme, contenant un grand nombre de vermisseaux, peut, comme on l’a vu, porter la vie dans un grand nombre d’œufs.

Même stérilité encore, même impuissance des deux côtés : s’il y a eu de grains qui frappent le but, & soient vraiment féconds, peu d’animalcules percent l’œuf féminin. Mais dès qu’une fois il s’y est implanté, il y est nourri, comme le globule de poudre, & l’un & l’autre forment avec le temps l’être de son espece, un homme & une plante.

Les œufs, ou les graines de la plante, mal-à-propos appelés germes, ne deviennent jamais fœtus, s’ils ne sont fecondés par la poussiere dont il s’agit ; de même une femme ne fait point d’enfant, à moins que l’homme ne lui lance, pour ainsi dire, l’abrégé de lui-même au fond des entrailles.

Faut-il que cette poussiere ait acquis un certain degré de maturité pour être féconde ? La semence de l’homme n’est pas plus propre à la génération dans le jeune âge, peut-être parce que notre petit ver seroit encore alors dans un état de nymphe, comme le traducteur de Néedham l’a conjecturé. La même chose arrive, lorsqu’on est extrêmement épuisé, sans doute parce que les animalcules mal nourris meurent, ou du moins sont trop foibles. On seme en vain de telles graines, soit animales, soit végétales ; elles sont stériles & ne produisent rien. La sagesse est la mere de la fécondité.

L’amnios, le chorion, le cordon ombilical, la matrice, &c. se trouvent dans les deux regnes. Le fœtus humain sort-il enfin par ses propres efforts de la prison maternelle ? Celui des plantes, ou, pour le dire néologiquement, la plante embrionnée, tombe au moindre mouvement, dès qu’elle est mûre : c’est l’accouchement végétal.

Si l’homme n’est pas une production végétale, comme l’arbre de Diane, & les autres, c’est du moins un insecte qui pousse ses racines dans la matrice, comme le germe fécondé des plantes dans la leur. Il n’y auroit cependant rien de surprenant dans cette idée, puisque Néedham observe que les polypes, les bernacles & autres animaux se multiplient par végétation. Ne taille-t-on pas encore, pour ainsi dire, un homme comme un arbre ? Un auteur universellement savant l’a dit avant moi. Cette forêt de beaux hommes qui couvre la Prusse, est due aux soins & aux recherches du feu roi. La générosité réussit encore mieux sur l’esprit ; elle en est l’aiguillon, elle seule peut le tailler, pour ainsi dire, en arbres des jardins de Marli, & qui plus est, en arbres qui, de stériles qu’ils eussent été, porteront les plus beaux fruits. Est-il donc surprenant que les beaux arts prennent aujourd’hui la Prusse pour leur pays natal ? Et l’esprit n’avoit-il pas droit de s’attendre aux avantages les plus flatteurs, de la part d’un prince qui en a tant ?

Il y a encore parmi les plantes des noirs, des mulâtres, des taches où l’imagination n’a point de part, si ce n’est peut-être dans celle de Mr. Colonne. Il y a des panaches singuliers, des montres, des loupes, des goëtres, des queues de singes & d’oiseaux ; & enfin, ce qui forme la plus grande & la plus merveilleuse analogie, c’est que les fœtus des plantes se nourrissent, comme Mr. Monroo l’a prouvé, suivant un mélange du mécanisme des ovipares & des vivipares. C’en est assez sur l’analogie des deux regnes; il seroit tems de passer à la différence qu’ils nous offrent; mais auparavant je suis tenté de suivre une idée singulière qui m’est venuë, c’est de réduire toute cette Doctrine en une Formule, où je décris l’Homme comme si c’etoit une Plante, & celà suivant la Méthode de Linæus.

La voici en Latin, parceque les termes de l’Art n’ont point encore passé dans notre langue, qui dailleurs est fort délicate sur certains objets.

Description Botanique de l’homme.
Class. Dieciæ.
Ord. Monandria, Monogynia.
Gen. Homo.
Nosce te ipsum.
Mas
Fœmina.

Calix. Perianthium [12] imbricatum, campaniforme, multis Cyrrhis, linteis & Ornamentis decorum: deciduum omni nocte.

Coroll. Petala quatuor, Superiora duo & inferiora, longa, rotunda, tribus articulis divisa, ultimo quinquefido.

Nectarium duplex, rotundo-globosum, tenerum, niveum, tactu suavissimum; aliquando fuscum, nauseosum, mole, colore, flacciditate horridum; cylindrulo parvo papilliformi lacteo, areolâ pulchrè rubescente cincto, in medio sui gaudens : ad basin utriusque Petali positum.

Pistill. Germen Pyriforme. Stylus unicus concavus, internè rugosus, membranaceus, quatuor ad sex pollicum latitudinem longus.
Stygma oblongum, in medio fissum, interne subrubellum, externe molle, tenerum, lanugine crispà circumdatum, odorem Hyperici fragrantem exhalans.

Percarp. Capsula ovalis unilocularis.

Semen. unicum, sæpe duplex, raro triplex &c.

Obs. Essentia consistit in Nectario & Pistillo.

Not. Variant Species, prout differt locus natalis[13].
 

Chapitre second

Je passe à la seconde partie de cet ouvrage, ou à la différence des deux regnes.

La plante est enracinée dans la terre qui la nourrit, elle n’a aucuns besoins, elle se féconde elle-même, elle n’a point la faculté de se mouvoir ; enfin on l’a regardée comme un animal immobile, qui cependant manque d’intelligence, & même de sentiment.

Quoique l’animal soit une plante mobile, on peut le considérer comme un être d’une espece bien différente : car non seulement il a la puissance de se mouvoir, & le mouvement lui coûte si peu, qu’il influe sur la saineté des organes dont il dépend ; mais il sent, il pense, il peut satisfaire cette foule de besoins dont il est assiégé.

Les raisons de ces variétés se trouvent dans ces variétés même, avec les loix que je vais dire.

Plus un corps organisé a de besoins, plus la nature lui a donné de moyens pour les satisfaire. Ces moyens sont les divers degrés de cette sagacité, connue sous le nom d’instinct dans les animaux, & d’âme dans l’homme.

Moins un corps organisé a de nécessités, moins il est difficile à nourrir & à élever, plus son partage d’intelligence est mince.

Les êtres sans besoins, sont aussi sans esprit : derniere loi qui s’enfuit des deux autres.

L’enfant collé au téton de sa nourrice qu’il tete sans-cesse, donne une juste idée de la plante. Nourrisson de la terre, elle n’en quitte le sein qu’à la mort. Tant que la vie dure, la plante est identifiée avec la terre ; leurs visceres se confondent, & ne se séparent que par force. Delà point d’embarras, point d’inquiétude pour avoir de quoi vivre ; par conséquent point de besoins de ce côté.

Les plantes font encore l’amour sans peine ; car ou elles portent en soi le double instrument de la génération, & sont les seuls hermaphrodites qui puissent s’engrosser eux-mêmes ; ou si dans[14] chaque fleur les sexes sont séparés, il suffit que les fleurs ne soient pas trop éloignées les unes des autres, pour qu’elles puissent se mêler ensemble. Quelquefois même le congrès se fait, quoique de loin, & même de fort loin. Le palmier de Pontanus n’est pas le seul exemple d’arbres fécondés à une grande distance. On sait depuis long-temps que ce sont les vents, ces messagers de l’amour végétal, qui portent aux plantes femelles le sperme des mâles. Ce n’est point en plein vent que les nôtres courent ordinairement de pareils risques.

La terre n’est pas seulement la nourrice des plantes, elle en est en quelque sorte l’ouvriere ; non contente de les allaiter, elle les habille. Des mêmes sucs qui les nourrissent, elle fait filer des habits qui les enveloppent. C’est le corolle, dont j’ai parlé, & qui est orné des plus belles couleurs. L’homme, & sur-tout la femme, ont le leur en habits, & en divers ornemens, durant le jour ; car la nuit ce sont des fleurs presque sans enveloppe.

Quelle différence des plantes de notre espece, à celles qui couvrent la surface de la terre ! Rivales des astres, elles forment le brillant émail des prairies : mais elles n’ont ni peines, ni plaisirs. Que tout est bien composé ! Elles meurent comme elles vivent, sans le sentir. Il n’étoit pas juste que qui vit sans plaisir, mourût avec peine.

Non-seulement les plantes n’ont point d’ame, mais cette substance leur étoit inutile. N’ayant aucune des nécessités de la vie animale, aucune sorte d’inquiétude, nuls soins, nuls pas à faire, nuls désirs, toute ombre d’intelligence leur eût été aussi superflue, que la lumiere à un aveugle. Au défaut de preuves philosophiques, cette raison jointe à nos sens, dépose donc contre l’âme des végétaux.

L’instinct a été encore plus légitimement refusé à tous les corps fixement attachés aux rochers, aux vaisseaux, ou qui se forment dans les entrailles de la terre.

Peut-être la formation des minéraux se fait-elle suivant les loix de l’attraction ; en sorte que le fer n’attire jamais l’or, ni l’or le fer, que toutes les parties hétérogenes se repoussent, & que les seules homogenes s’unissent, ou font un corps entr’elles. Mais sans rien décider dans une obscurité commune à toutes les générations, parce que j’ignore comment se fabriquent les fossiles, faudra-t-il invoquer, ou plutôt supposer une ame, pour expliquer la formation de ces corps ? Il seroit beau, (sur-tout après en avoir dépouillé des êtres organisés, où se trouvent autant de vaisseaux que dans l’homme) il seroit donc beau, dis-je, d’en vouloir revêtir des corps d’une structure simple, grossiere & compacte !

Imaginations, chimeres antiques, que toutes ces ames prodiguées à tous les regnes ! Et sottises aux modernes qui ont essayé de les rallumer d’un souffle subtil ! Laissons leurs noms & leurs mânes en paix ; le Galien des Allemands, Sennert, seroit trop maltraité.

Je regarde tout ce qu’ils ont dit comme des jeux philosophiques & des bagatelles qui n’ont de mérite que la difficulté, difficiles nugœ. Faut-il avoir recours à une ame pour expliquer la croissance des plantes, infiniment plus prompte que celle des pierres ? Et dans la végétation de tous les corps, depuis le mou jusqu’au plus dur, tout ne dépend-il pas des sucs nourriciers plus ou moins terrestres, & appliqués avec divers degrés de force à des masses plus ou moins dures ? Par-là en effet je vois qu’un rocher doit moins croître en cent ans, qu’une plante en huit jours.

Au reste, il faut pardonner aux anciens leurs ames générales & particulieres. Ils n’étoient point versés dans la structure & l’organisation des corps, faute de physique expérimentale & d’anatomie. Tout devoit être aussi incompréhensible pour eux, que pour ces enfans, ou ces sauvages, qui voyant pour la premiere fois une montre, dont ils ne connoissent pas les ressorts, la croient animée, ou douée d’une ame comme eux, tandis qu’il suffit de jeter les yeux sur l’artifice de cette machine, artifice simple, qui suppose véritablement, non une ame qui lui appartienne en propre, mais celle d’un ouvrier intelligent, sans lequel jamais le hasard n’eût marqué les heures & le cours du soleil.

Nous beaucoup plus éclairés par la physique, qui nous montre qu’il n’y a point d’autre ame du monde que dieu & le mouvement ; d’autre ame des plantes, que la chaleur ; plus éclairés par l’anatomie, dont le scapel s’est aussi heureusement exercé sur elles, que sur nous & les animaux ; enfin plus instruits par les observations microscopiques qui nous ont découvert la génération des plantes, nos yeux ne peuvent s’ouvrir au grand jour de tant de découvertes, sans voir, malgré la grande analogie exposée ci-devant, que l’homme & la plante different peut-être encore plus entr’eux, qu’ils ne se ressemblent. En effet, l’homme est celui de tous les êtres connus jusqu’à présent, qui a le plus d’ame, comme il étoit nécessaire que cela fût ; & la plante celui de tous aussi, si ce n’est les minéraux, qui en a & en devoit avoir le moins. La belle ame après tout, qui ne s’occupant d’aucuns objets, d’aucuns desirs, sans passions, sans vices, sans vertus, sur-tout sans besoins, ne seroit pas même chargée du soin de pourvoir à la nourriture de son corps.

Après les végétaux & les minéraux, corps sans ame, viennent les êtres qui commencent à s’animer, tels sont le polype, & toutes les plantes animales inconnues jusqu’à ce jour, & que d’autres heureux Trembleys découvriront avec le temps.

Plus les corps dont je parle tiendront de la nature végétale, moins ils auront d’instinct, moins leurs opérations supposeront de discernement.

Plus ils participeront de l’animalité, ou feront des fonctions semblables aux nôtres, plus ils seront généreusement pourvus de ce don précieux. Ces êtres mitoyens ou mixtes, que j’appelle ainsi, parce qu’ils sont enfans des deux regnes, auront en un mot d’autant plus d’intelligence, qu’ils seront obligés de se donner de plus grands mouvemens pour trouver leur subsistance.

Le dernier, ou le plus vil des animaux, succede ici à la plus spirituelle des plantes animales ; j’entends celui qui de tous les véritables êtres de cette espece, se donne le moins de mouvement, ou de peine, pour trouver ses alimens & sa femelle, mais toujours un peu plus que la premiere plante animale. Cet animal aura plus d’instinct qu’elle, quand ce surplus de mouvement ne seroit que de l’épaisseur d’un cheveu. Il en est de même de tous les autres, à proportion des inquiétudes qui les tourmentent : car sans cette intelligence relative aux besoins, celui-ci ne pourroit alonger le cou, celui-là ramper, l’autre baisser ou lever la tête, voler, nager, marcher, & cela visiblement exprès pour trouver sa nourriture. Ainsi, faute d’aptitude à réparer les pertes que font sans-cesse les bêtes qui transpirent le moins, chaque individu ne pourroit continuer de vivre : il périroit à mesure qu’il seroit produit, & par conséquent les corps le seroient vainement, si dieu ne leur eût donné à tous, pour ainsi dire, cette portion de lui-même, que Virgile exalte si magnifiquement dans les abeilles.

Chapitre troisième

Rien de plus charmant que cette contemplation, elle a pour objet cette échelle imperceptiblement graduée, qu’on voit la nature exactement passer par tous ses degrés, sans jamais sauter en quelque sorte un seul échelon dans toutes ses productions diverses. Quel tableau nous offre le spectacle de l’univers ! Tout y est parfaitement assorti, rien n’y tranche ; si l’on passe du blanc au noir, c’est par une infinité de nuances, ou de degrés, qui rendent ce passage infiniment agréable.

L’homme & la plante forment le blanc & le noir ; les quadrupedes, les oiseaux, les poissons, les insectes, les amphibies, nous montrent les couleurs intermédiaires qui adoucissent ce frappant contraste. Sans ces couleurs, sans les opérations animales, toutes différentes entr’elles, que je veux désigner sous ce nom ; l’homme, ce superbe animal, fait de boue comme les autres, eût cru être un dieu sur la terre, & n’eut adoré que lui.

Il n’y a point d’animal si chétif & si vil en apparence, dont la vue ne diminue l’amour-propre d’un philosophe. Si le hasard nous a placés au haut de l’échelle, songeons qu’un rien de plus ou de moins dans le cerveau, où est l’ame de tous les hommes, (excepté des Léibnitiens) peut sur le champ nous précipiter au bas, & ne méprisons point des êtres qui ont la même origine que nous. Ils ne sont à la vérité qu’au second rang, mais ils y sont plus stables & plus fermes.

Descendons de l’homme le plus spirituel, au plus vil des végétaux, & même des fossiles : remontons du dernier de ces corps au premier des génies, embrassant ainsi tout le cercle des regnes, nous admirerons par-tout cette uniforme variété de la nature. L’esprit finit-il ici ? Là on le voit prêt à s’éteindre, c’est un feu qui manque d’alimens : ailleurs il se rallume, il brille chez nous, il est le guide des animaux.

Il y auroit à placer ici un curieux morceau d’histoire naturelle, pour démontrer que l’intelligence a été donnée à tous les animaux en raison de leurs besoins : mais à quoi bon tant d’exemples & de faits ? Ils nous surchargeroient sans augmenter nos lumieres, & ces faits d’ailleurs se trouvent dans les livres de ces observateurs infatigables, que j’ose appeler les plus souvent les manœuvres des philosophes.

S’amuse qui voudra à nous ennuyer de toutes les merveilles de la nature : que l’un passe sa vie à observer les insectes ; l’autre à compter les petites osselets de la membrane de l’ouïe de certains poissons ; à mesurer même, si l’on veut, à quelle distance peut sauter une puce, pour passer sous silence tant d’autres misérables objets ; pour moi qui ne suis curieux que de philosophie, qui ne suis fâché que de ne pouvoir étendre les bornes, la nature active sera toujours mon seul point de vue. J’aime à la voir au loin, en grand comme en général, & non en particulier, ou en petits détails, qui quoique nécessaires jusqu’à un certain point dans toutes les sciences, communément sont la marque du peu de génie de ceux qui s’y livrent. C’est par cette seule maniere d’envisager les choses, qu’on peut s’assurer que l’homme non-seulement n’est point entierement une plante, mais n’est pas même un animal comme un autre. Faut-il en répéter la raison ? C’est qu’ayant infiniment plus de besoins, il fallait qu’il eût infiniment plus d’esprit.

Qui eût cru qu’une si triste cause eût produit de si grands effets ? Qui eût cru qu’un aussi fâcheux assujettissement à toutes ces importunes nécessités de la vie, qui nous rappellent à chaque instant la misere de notre origine & de notre condition, qui eût cru, dis-je, qu’un tel principe eût été la source de notre bonheur, & de notre dignité ; disons plus, de la volupté même de l’esprit, si supérieure à celle du corps ? Certainement si nos besoins, comme on n’en peut douter, sont une suite nécessaire de la structure de nos organes, il n’est pas moins évident que notre ame dépend immédiatement de nos besoins, qu’elle est si alerte à satisfaire & à prévenir, que rien ne va devant eux. Il faut que la volonté même leur obéisse. On peut donc dire que notre ame prend de la force & de la sagacité, à proportion de leur multitude ; semblable à un général d’armée qui se montre d’autant plus habile & d’autant plus vaillant, qu’il a plus d’ennemis à combattre.

Je sais que le singe ressemble à l’homme par bien d’autres choses que les dents : l’anatomie comparée en fait foi : quoiqu’elles aient suffi à Linnæus pour mettre l’homme au rang des quadrupedes (à la tête à la vérité). Mais quelle que soit la docilité de cet animal, le plus spirituel d’entr’eux, l’homme montre beaucoup plus de facilité à s’instruire. On a raison de vanter l’excellence des opérations des animaux, elles méritoient d’être rapprochées de celles de l’homme : Descartes leur avait fait tort, & il avoit ses raisons pour cela ; mais quoiqu’on en dise, & quelques prodiges qu’on en raconte, ils ne portent point d’atteinte à la prééminence de notre ame ; elle est bien certainement de la même pâte & de la même fabrique ; mais non, ni à beaucoup près, de la même qualité. C’est par cette qualité si supérieure de l’ame humaine, par ce surplus de lumieres, qui résulte visiblement de l’organisation, que l’homme est le roi des animaux, qu’il est le seul propre à la société, dont son industrie a inventé les langues, & sa sagesse les loix & les mœurs.

Il me reste à prévenir une objection qu’on pourroit me faire. Si votre principe, me dira-t-on, étoit généralement vrai, si les besoins des corps étoient la mesure de leur esprit, pourquoi jusqu’à un certain âge, où l’homme a plus de besoins que jamais, parce qu’il croît d’autant plus, qu’il est plus près de son origine, pourquoi a-t-il alors si peu d’instinct, que sans mille soins continuels, il périroit infailliblement, tandis que les animaux à peine éclos, montrent tant de sagacité, eux qui, dans l’hypothese, & même dans la variété, ont si peu de besoins.

On fera peu de cas de cet argument, si l’on considere que les animaux venant au monde ont déjà passé dans la matrice un long temps de leur courte vie, & de là vient qu’ils sont si formés, qu’un agneau d’un jour, par exemple, court dans les prairies, & broute l’herbe, comme pere & mere.

L’état de l’homme fœtus est proportionnellement moins long ; il ne passe dans la matrice qu’un vingt-cinquieme possible de sa longue vie ; or n’étant pas assez formé, il ne peut penser, il faut que les organes aient eu le temps de se durcir, d’acquérir cette force qui doit produire la lumiere de l’instinct, par la même raison qu’il ne sort point d’étincelle d’un caillou, s’il n’est dur. L’homme né de[15] parens plus nus ; plus nu, plus délicat lui-même que l’animal, il ne peut avoir si vîte son intelligence ; tardive dans l’un, il est juste qu’elle soit précoce dans l’autre ; il n’y perd rien pour attendre ; la nature l’en dédommage avec usure, en lui donnant des organes plus mobiles & plus déliés.

Pour former un discernement, tel que le nôtre, il falloit donc plus de temps que la nature n’en emploie à la fabrique de celui des animaux ; il falloit passer par l’enfance, pour arriver à la raison ; il falloit avoir les désagrémens & les peines de l’animalité, pour en retirer les avantages qui caractérisent l’homme.

Tantæ molis erat humanam condere mentem! *

L’instinct des bêtes donné à l’homme naissant n’eût point suffi à toutes les infirmités qui assiégent son berceau. Toutes leurs ruses succomberoient ici. Donnez réciproquement à l’enfant le seul instinct des animaux qui en ont le plus, il ne pourra seulement pas lier son cordon ombilical, encore moins chercher le teton de sa nourrice. Donnez aux animaux nos premieres incommodités, ils y périront tous.

J’ai envisagé l’ame, comme faisant partie de l’histoire naturelle des corps animés, mais je n’ai garde de donner la différence graduée de l’une à l’autre, pour aussi nouvelle que les raisons de cette gradation. Car combien de philosophes & de théologiens même, ont donné une âme aux animaux ? de sorte que l’ame de l’homme, selon un[16] ministre d’Amsterdam fort éclairé, qui a écrit de nos jours sur ce sujet, n’est à l’ame des bêtes, ce que celle des anges est à celle de l’homme, & dieu aux anges. Tant il est vrai qu’on ne peut se refuser à une vérité, dont la nature nous retrace partout la curieuse image !

 

Fin.
 
Potsdam: Christian Friedrich Voß, [1748].
Die Kapitelaufteilung folgt den Œuvres philosophiques, nouvelle édition, Band II, 1796.