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Pseudo-Aristoteles: Le livre des secrets aux philosophes ou dialogue de Placid et Timéo

Les secrets aux philosophes

Pseudo-Aristoteles:

Le livre des secrets aux philosophes ou dialogue de Placide et Timéo.
 
Incipit: Aristotes dit en son liure des natures au cōmencement du liure le quel liure est appelle le liure de metafusique ...

Nordfrankreich, ca. 1420.

Folio. 270 × 194 mm. [92] Seiten; neuzeitlich foliiert jeweils recto 1 bis 46. – Lagenkollation: [a]15, [b]15, [c]16. Französische Handschrift in brauner Tinte auf Papier. Bastarda; einspaltig zu meist 38 Zeilen. Keine Reklamanten bis auf fol. 15 verso. Einige der Initialspatien mit mehrzeilenhohen Initialen in brauner Tinte gefüllt.

Moderner dunkelblauer Maroquinband mit goldgeprägtem Titel auf dem Vorderdeckel.

„It is not a collection of experiments but rather an encyclopedic discussion of theological and metaphysical as well as natural problems in the form of a dialogue, presumably imaginary, although sometimes represented as a translation, between Placides, the promising son of a petty king, and his master Timeo, who chose him as his pupil in preference to the stupid son of a great emperor. Through this medium is retailed for less learned perusal much of the knowledge and superstition, especially astrological, to be found in the Latin and Arabic learning of the time. Perhaps the resemblance is greater to the ‚Secret of Secrets‘ of the Pseudo-Aristotoles [vide Schmitt/Knox: Pseudo-Aristoteles latinus, n° 81] than to any other treatise that we have considered. The author, very weak and meager on theological and metaphysical matters, shows a much greater interest in natural science and something of the spirit of experimental research. (...) ‚this naive composition ... is superior to many scholastic treatises in Latin which deal purely with abstractions and where modern thought has not its true antecedents‘. In this treatise, on the other hand, ‚the science of reality has taken the upper hand’ and ’the idea of research is born‘“. Thorndike II,791-792; Zitate: Ernest Renan in „Historie Littéraire de la France“, XXX, 576 & 593.
¶ Vorliegende Textversion folgt mit zahlreichen Abweichungen jener, die mit Handschrift 212 der Bibliothèque nationale vorliegt und sich von der anderen (Ms. 19958) und dem Druck mit dem Titel „Le cuer de philosophie“ unterscheidet; cf. Renan p. 567, p. 569 (Incipit) et passim.

Papier etwas gebräunt, im Rand teils schwach fingerfleckig. Einige Blätter im oberen Vorderrand mit Wasserfleck, dadurch auf wenigen Seiten etwas Buchstabenverlust. Gegen Ende in Falz und Rand wasser- bzw. braunfleckig, unten leicht sporfleckig, letzte drei Blatt mit Papierausbrüchen im oberen weißen Rand. Fehlen ein erstes (weißes?) Blatt (?) sowie ein Blatt nach fol. 26; fol. 15 verso mit Papierfalz (eines alten Vorsatzes?). Geprägtes Wappenexlibris aus Papier auf den unteren weißen Rand von fol. 1 montiert.

Modern dark-blue morocco, gilt title on cover.

Die Abbildung stammt aus meinem Angebot zur Liber Berlin 2000, ist bearbeitet und gibt nicht den Originalzustand wieder.

 

Le cœur des secrets de philosophie

Nous possédons ainsi trois textes de l’ouvrage en question : 1° le texte du manuscrit n° 212; 2° le texte du manuscrit n° 19958; 3° le texte des éditions imprimées. Nous allons soumettre ces trois textes à un examen comparatif.

Le n° 212 est un superbe volume ayant fait partie de la bibliothèque de Louis de Bruges, seigneur de La Gruthuyse. Ce volume a été exécuté par les calligrapbes du célèbre bibliophile vers 1480. Il fit partie de la bibliothèque des rois de France depuis Louis XII. Les miniatures de la première page sont d’une rare beauté. Après une table des rubriques, dressée avec un grand soin, vient un prologue ainsi conçu :

Cy commence le livre intitulé Le Secret aux philosophes. Et premièrement le prologue du compillateur.

Aristote dit en son livre de natures, au commencement d’un livre lequel est appelle le livre de Methafisique, que tous hommes naturellement désirèrent et convoitterent a savoir jadis contenant les secretz de nature. Et encoires aujour d’huy vérité est que tous hommes d’entendement et grans clers moult ilz désirent a les comprendre et savoir. Aussi nul fol ou ygnorant jamais ne mettroit son entendement ad ce enquerre; car bien haulte matière et moult soublille est a le bien incorporer et entendre. El pour tant je Jehan Bonnet, prestre, docteur en théologie, natif de Paris, a la requeste d’un mien bon seigneur et amy, ay voulontiers mis dilligence et cure de conqueillier en plus briefs mots que il m’a esté possible, aussi comme tout en une somme, déterminations et conclusions aux anchiens philozophes et leurs diverses oppinions; car aux diversitez des natures jugier ne furent pas de legier les plusieurs philozophes concordants. Ainchois en disputoient et arguoienl moult souvent et aigrement l’un a l’autre.

Cy parle des oeuvres de Platon, le grant philozophe, qui enseigna premièrement le monde a soy gouverner, et comment Aristote, son disciple, l’ensievy.

Celluy qui premièrement plus mist par escript des estas de inventions de philozophie, ce fut Platon, et quy premier [aprist] et enseigna le monde a vivre. Auquel Platon Aristote fut disciple, quy moult grant honneur luy porta en ses livres et aultrement. Et après Platon, Aristote escript toutes les extreminations de nature, et de son dit maistre et d’autres. Et des livres de Platon fut extrait ung livre quy est appelle la Figure du monde, lequel parle bel et courtoisement des ordonnances du monde, comment il est ordonné et par quelle manière. Et y a de tous les livres de nature contenu aulcune chose, combien que ce soit. Aussi est cest livre tout enseigneur et commencement des fais de nature, si comme le a. b. c. est commencement d’aprendre les sciences de clergie. Et pour tant se prende garde celluy quy ce livre parfaittement vouldra entendie que il ne y trespasse riens, car pour trespasser une des lettres de a. b. c. (ung seul mot) pourroit l’on perdre a entendre assez de mots et de sillabes. Moult grant traveil a esté de retraire tous les mots en latin et de l’eslire de entre trestous les livres aux philozophes. Touteffois sans grant traveil et paine l’on ne poeult faire une bonne chose et de grant nom. Et pour tant ne plains je pas le traveil que j’ay employé pour faire et parachicver cest(r)e introduction, et se il plaist a celluy pour quy je l’ay dcrrenierement translaté de latin en franchois, je luy translateray tous les livres dont je luy ay faittes les sommes, pour avoir plus ample introduisement. Lesquels livres contiennent lvi parties, qui tres bien furniroient pour cinq volumes. Et je me offre et mets et ottroy pour tous les jours de ma vie de a mon pouoir faire et accomplir tout son plain commandement. Ne doibt point redoubter de prendre ma peyne, car j’ay grant plaisir de faire son vouloir. Dont je luy faiz a savoir que quiconques lirra bien et ententifvement cestuy present livre, tant qu’il vifve en bon sens et entendement, ne sera heure que il n’en soit plus expert en moult de choses traittans par especial de ceste nostre matière.

Comme nous l’avons déjà dit, le texte présenté par le n° 19958 (Saint-Germain français, n° 2047) est très différent du texte contenu dans le n° 212. La seconde moitié des deux ouvrages n’a presque rien de commun. Dans le n° 19958, il n’y a ni dédicace, ni nom d’auteur; mais il est remarquable que l’œuvre était déjà destinée à être illustrée; ce qui n’apparaît pas dans le n° 212. Les places de quelques-unes des illustrations sont marquées et accompagnées de rubriques. Les dessins du n° 19958 sont d’une extrême grossièreté; ce ne sont que des indications. L’écriture de ce manuscrit paraît être de la première moitié du XIVe siècle. (...)

Entre les deux types que présentent les manuscrits pour le dialogue de Placide et Timéo, le texte imprimé se rattache tout à fait, sauf l’orthographe et les détails de langue, au texte du manuscrit de Saint-Germain. Des gravures sur bois sont insérées aux endroits où le manuscrit de Saint-Germain indiquait par des rubriques la place des illustrations. Ces bois sont souvent choisis avec une négligence singulière, et, surtout dans l’édition de Le Noir, ont peu de rapport avec le texte. La première illustration, « C’est la figure des philosophes qui ne vouloient révéler les secrez de nature », est en blanc dans le manuscrit de Saint-Germain. Dans l’édition de Vérard, elle est représentée par un bois qu’on dirait emprunté à l’édition de quelque livret de Raimond Lulle. (...)

Procédons à l’examen du Dialogue de Placide et Timéo, dans les trois textes qui nous l’ont conservé. Pour les citations des parties communes, nous suivrons le manuscrit de Saint-Germain, qui est le plus ancien:

Si devons savoir que philosophe est amour de sapience; quar philosophe si est grec et est dit de deux nous grecs. Li uns est philos, qui est autant a dire comme amour, et li autre si est sophos, qui vaut autant à dire comme sapience en latin. Donques philosophe est a dire amour de sapience. Ce sont et furent li mestre qui riens n’amerent fors savoir en terre. Et cil furent tiex comme nous vous dirons ci après sans rebriche.

Jadis fut un temps que cil qui premièrement furent saige orent le pris et la seignorie de tout le monde. Quar il ne fut onques nus temps que force vausisl autant commesens en terre, c’est adiré des créatures sous Dieu. Je di sous Dieu; quar li sens Dieu si est force : c’est force droicturiere, et la force si est sens: ne de celle force ne parole je mie, ne des secrez de Dieu; ne nuls fors lui ne s’en doit entremettre. Et pour ce dit Gathon de Romme : Lesse a cnquerre quiés sont li secrez Dieu, et comme tu soies mortiex entremets toi d’enquerre et pren cure des choses qui sont mortiex. Et ja soit ce que autant aucune foiz fut prisiee force par le jugement des hommes, onques autant ne valut; car tous jours voit on fort et foui périr, faible et saige chevir. Donc vaut mieux chevance que destruction, voirs est. Donc vaut mieux sens que force. C’est cier comme or a simplement entendre, si comme nous monsterrons plus appertement ci après; mes qui sens et force pourroit trouver ensemble, tant embeliroit et amenderoit l’un l’autre que contre ces deux choses ne devroil riens valoir. Et pour ce pensoicnt li ancien a avoir l’un et l’autre, et bailloient leur enfanz li hault homme de l’ancienne vie a nourrir aux philosophes, pour aprandre sapience et sens. Et si estoient li philosophe aîné et cremu et prisié et honoré, ja soit ce qu’il ne voidsissent mie descovrir ne révéler aus lais les secrez de nature, pour maintes bonnes raisons que nous dirons ci après, et pour ce mesmes que les plus des secrez aux philosophes sont de natures, et qui diroit a chascun sa nature, tiex y aroit qui pis en vaudroient, et aucun s’en orgueilliroient; pis en vaudroient li foui et li mai complessionné, et li bien complessioné s’en orgueilliroient. Pour ce avint que uns emperieres vost baillier un sien fils pour enseigner a un philosophe qui estoit appeliez Timeo, et cil Timeo ne le voulsit recevoir, pour ce qu’il estoit foux de nature par force de complession. Et uns rois baillia a icellui Timeo un sien fil, bel damoisel et noble et de bonne complession, et li philosophes le retint volentiers et moult ama et mist moult grant paine a lui enseigner, si comme nous vous dirons ci après. Maintes gens se merveillerent pour quoi li philosophes avoit plus tost retenu le filz a un petit roy que le filz a un grant empereur. Mais Timeo ne le dist pas a chacun, mais tant avint que li jouvenciaux filz le roy, qui estoit appeliez Placides, en mist son maistre a raison et li dist :

Mestres, ce dit Placides a Timeo, dittes moy, quar je me merveil pour quoi vostre merci vous me receustes plus volentiers a vostre doctrine que le filz l’empereur. — Pour ce, dist li philosophes, car l’en ne doit pas donner aus pourciaus pierres précieuses, qui ayment l’ordure; et qui dit et enseingne aux fous sapience, il donne aus pourciaus pierres précieuses; quarli foux si semble le coc qui treuvele safir, si le sent dur et n’i peut mordre, et ne le peut user, si ameroit mieux avoir trouvé un pois pourri ou un grain de blé que le bon safir gros, qui vaut grant avoir. Aussi li foux ameroit mieux un fromaige ou un foui dit ou un mouquois que un senz ne que une sapience. Et li filz l’empereur est foux, si ne le vouloie prendre a ma doctrine. — Ha! mestre, ce dist Placides, il me semble que, quant plus est foux, meilleur mestier eust d’enseignement. —Voirs est, ce dist li mestres, que qui plus est foux, plus a mestier d’enseignement; mes vous savez et il est voirs que s’aucuns semé froment ou aucune bonne semence, quant aucuns des grains chiet sus une dure pierre ou roiche ou sus le chemin pavé, li oisel le manjuent ou il pourrist et meurt sans faire fruit et sans mouteploier, et quant il chiet en bonne terre, il mouteploie et frutlefie. Donc ne doit nuls semer en lieu ou la semence soit perdue, mes la ou elle puist mouteploier. Et je vous di que enseignement si est semence de sapience en cuer d’omme ; et li foux si a autel cuer comme la dure pierre sus qui nulle semence ne se peut arraciner ne nourrir, quar en cuer de foui par nature ne puet remeindre semence de sapience. Mes quant aucuns est de cler sens naturel, il est aussi comme la bonne terre fromenteuse, a qui ne faut fors bonne semence, et qui bonne semence y met, si graine et croist et mouteploie. Si doit on en tel lieu semer que la semence soit emploiee, c’est a dire enseigner bien naturelment a ceus qui sont bien natureux, et non mie aux foux natureux. Et le filz l’empereur est foux natureux, et vous saige. Pour ce si veil mieux vous enseigner que lui, quar en lui ne pourroit sens frutlefier, si comme dit vous ay, si n’i pourroie avoir preu ne honeur, mes en vous si pourroie, et pour ceste raison le fis. (...)

Placides, ce dist Timeo, je le vous fais plus aiseement entendre qu’il ne fut fait a moy. J’en ay eu les granz angoisses d’estudier, et en ay despendu quanque j’ay peu avoir ne par héritage ne par conquest, une fois dix mars, une autre vint en une autre année, et quarante en aucune année, ou plus ou moins, si comme je pouoie plus avoir. Et si sachiez que de ceste chose et d’autres vous feray autant sçavoir en ung an et congnoistre comme je peux traire des conseulx aux maistres et aux autres philosophes en dix ans a grant dangier. De tant eut (lisez a) le riche grant avantaige plus que le povre, car il convient, avant que le povre puisse riens sçavoir et par son sens riens conquester, qu’il despende quanque il a pour donnera ses maistres, et se un riche homme donnoit a son maistre a sa vie la dixiesme partie de sa rente ung an, il cuideroit avoir son sens trop achapté, et pour ceste raison est il plus de menues gens bien saiges que de grans seigneurs. Si est grant domaige, car trop est belle chose d’estre saige et riche. C’est a dire les riches embellissent les vertus, et de ce devez vous entendre qui use des richesses si comme il doit, et de ce vous parlerons autreffois, et si sçay je que vous estes de bonne nature et que je ne perdray mie en vous ma paine, et de tant comme vous me guerredonnerez mieulx mapaine elle service que je vous failz, de tant ferez vous plus vostre proufïit et vostre preu. (...)

Nous avons vu, en effet, que le Dialogue de Placide et Timéo n’est nullement l’œuvre d’un moine, qu’il témoigne chez son auteur d’une grande ignorance de la théologie. Nous avons peine à croire qu’il ait été composé par un prêtre; il faudrait de bien fortes preuves extrinsèques pour faire admettre qu’il soit d’un moine voué à l’étude du comput. Or ces preuves extrinsèques n’existent pas ou ne reposent que sur des malentendus.
— Ernest Renan. Histoire Littéraire de la France. Paris: Imprimerie nationale, 1888. Tome XXX, pp. 568-595.